Fond: Simple generous gifts par Devinian

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Vuld 3 322

À propos de la description.

Hi'.
Je me suis doucement remis à lire, et j'ai fini "Elle attend". Et ce n'est pas un mauvais one-shot, mais la première chose qui m'a sauté aux yeux a concerné la description. Je me rappelle que c'était un sujet à discuter alors profitons-en, sans quoi il me faudra attendre encore des mois avant d'y revenir.
Au départ, j'ai cru qu'il me faudrait partir de la "description-liste", vous savez, mettre le texte en pause pour faire l'inventaire exhaustif de ce qu'on voit, la chose à ne pas faire par excellence, et que partant de là j'allais voir tout ce qu'on avait imaginé pour l'éviter.
Mais "Elle attend" montre que, même en maîtrisant tous les moyens d'éviter la description-liste, on a toujours un écueil qui fait que typiquement un critique va dire "c'est des bonnes descriptions mais... eeeeeeeh..." et c'est là-dessus que j'aimerais m'arrêter.
 
0. Okay rapidement
Allez puisque j'en ai parlé, revenons vite sur la description-liste. Typiquement c'est ce qu'on trouve chez Victor Hugo, et ses livres sont formidables mais c'est des pavés imbuvables pour l'enfant de quinze ans que j'ai été. Genre une chambre :
1) Twilight entra dans la chambre. Il y avait une fenêtre et sous la fenêtre un lit au cadre de bois clair avec la couverture défaite et le coussin par terre. Il y avait aussi un évier avec à côté un tabouret. Également une armoire ancienne avec des fioritures qui imitaient l'art de Cloudsdale, et une petite étagère...
La première technique pour l'éviter consistait à mélanger narration et description. Au lieu de tout décrire en un bloc, on éparpillait ça durant l'action :
1a) Twilight entra dans la chambre. Elle avisa sous la fenêtre le lit au cadre de bois clair, avec sa couverture défaite et le coussin par terre. Elle s'en approcha, pass devant une armoire ancienne et s'arrêta, frappée par les fioritures dessus qui imitaient...
Et ainsi de suite. C'est exactement la même chose qu'avant mais le personnage agit, donc il se passe des trucs, donc c'est plus mieux ta gueule. La seconde technique pour l'éviter consistait à ce qu'on a appelé à l'époque la "description dynamique", c'est-à-dire une description qui était une action en soi, qui dirigeait le regard du lecteur :
1b) Twilight entra dans la chambre. La lumière du jour éclairait à travers la fenêtre un lit au cadre de bois clair, illuminait la couverture défaite et jusqu'au coussin par terre, puis le cadre de lumière remontait en bordure de l'évier avec, à côté, un petit tabouret. Le reste était dans l'ombre. Une armoire ancienne plongeait la moitié de la pièce dans ses ténèbres, ...
Idem, exactement la même chose en plus long mais on suit la lumière, on a le regard qui progresse, y a du mouvement donc ça bouge donc c'est plus mieux ta gueule. La troisième technique consistait à suivre Tolstoï, dans "Guerre et paix", qui au lieu de tout décrire se contentait de deux ou trois traits distinctifs :
1c) Twilight entra dans la chambre. Un lit défait, une armoire imitant Cloudsdale, quelques livres épars. Elle eut un pincement au coeur à l'idée que...
Voilà, c'est court, c'est simple et ça dit l'essentiel, on peut imaginer sans peine le reste de la pièce à partir de ce peu-là. Ah oui et ta gueule.
 
1. Une question de détails
Revenons à "Elle attend". Première phrase :
2) Une lanterne posée à côté d'elle éclairait à moins de quinze mètres de diamètre mais elle pouvait compter sur ce bon vieux phare pour voir davantage plus loin grâce à sa forte lumière.
C'est une description-liste ? Nope. Toutes les techniques ci-dessus sont appliquées, la description est bonne. Twilight est "active", il y a un mouvement (de la lanterne à Twilight, de Twilight au phare à travers la lumière) et on se concentre sur l'essentiel.
Maaaaaaais...
Ben moi ce qui me saute aux yeux c'est "à moins de quinze mètres de diamètre" et "davantage plus loin" qui ne passent pas. Donc corrigeons, sans rien expliquer :
2a) Une lanterne posée à côté d'elle éclairait à peu de distance mais elle pouvait compter sur ce bon vieux phare pour voir davantage grâce à sa forte lumière.
Et maintenant ce qui me pose problème est "mais elle pouvait compter sur". Donc à nouveau, on corrige sans discuter.
2b) Une lanterne posée à côté d'elle éclairait à peu de distance, mais elle comptait sur ce bon vieux phare pour voir davantage grâce à sa forte lumière.
Voilà, à présent c'est "ce bon vieux phare" qui okay on corrige.
2c) Une lanterne posée à côté d'elle éclairait à peu de distance, mais elle comptait sur le vieux phare pour voir...
Très bien ! Maintenant c'est "à peu de distance" et "mais" et "forte" qui me posent problème punaise de ta mère le sécateur en bobine de fil à coudre !
2d) La lanterne posée à côté d'elle peignait avec peine ses quelques lueurs jusqu'aux vagues, et dans la nuit noire elle comptait sur les feux du phare pour dévorer cet horizon de ténèbres autour d'elle.
Okay ! Okay ! C'est bon là ?! Il faut que je te fasse quoi, foutu texte, des alexandrins !? Mais le pire c'est que tout ce peaufinage.. peaufinement... tout ce bricolage ne sert à rien. La phrase en (2d) est certes très jolie toute mignonne toussa, c'est toujours... eeeeeeeh...
Alors comment faire pour corriger ? Non, avant même cela, comment faire pour trouver le problème ? Pour cela, avançons un peu dans le texte.
 
2. Le but d'une description
Nous voici donc plus loin dans le texte. On a appris que "elle" c'est Twilight, qu'elle attend un étalon et ah oui il fait nuit, au passage. Voici donc le prochain paragraphe :
3) L'air se rafraîchit un peu au fur et à mesure que la nuit avançait. La licorne frissonna. Elle sortit de son sac une couverture offerte par cet étalon dont elle s'enveloppa puis sortit un sandwich. Elle n'avait pas spécialement faim mais il fallait que sa bouche occupe quelque chose. Elle mâcha donc le pain plutôt sec sans grande conviction mais se surprit elle-même à le manger entièrement. Son ventre gronda, réclamant une nouvelle tournée alors elle obéit à son organisme.
Est-ce qu'il y a de la description ? Si vous me dites non, je vais vous faire un regard blasé du type "vraiment ?" pour que vous vous sentiez mal. Oui, on décrit. On décrit l'air, on décrit la nuit, on décrit Twilight, on décrit le contenu de son sac... veuillez jeter à la poubelle la définition scolaire de la description et concentrons-nous. Et laissez-moi mettre en avant deux passages :
3a) ... dont elle s'enveloppa puis sortit un sandwich.3b) ... réclamant une nouvelle tournée alors elle obéit à son organisme.
Ça. Ça là. Ce truc. C'est aussi de la description. Je sais, d'après la définition scolaire c'est de la narration, on dit ce qu'il se passe, mais la question c'est "comment". La description c'est "comment". Et le comment, en littérature, c'est la moitié du texte.
En l'occurrence "Elle attend" est une romance. On a une jument qui attend son étalon la nuit près d'un phare, et le but du texte est de partager ses émotions : espoir, doute, crainte, joie, dépit...
Le problème alors n'est pas qu'elle sort un sandwich. Elle pourrait très bien aussi vouloir aller au petit coin, et ça resterait une romance. L'important c'est le "comment".
Donc okay elle sort un sandwich. Comme ça, paf. Le rapport avec la romance les émotions et tout et tout ? Zéro. Aucun. Néant. Nada. Zilch. Tout du  moins, à la phrase suivante on fera le lien avec l'attente mais est-ce qu'on pourrait décrire la façon dont elle sort un sandwich question de faire ce lien tout de suite ?
3c) ... dont elle s'enveloppa puis fouillant encore elle trouva un sandwich.3d) ... dont elle s'enveloppa puis de dépit elle sortit un sandwich.
Quasiment rien n'a changé mais, avec quelques mots de plus, on explique sa motivation. Le petit détail qu'on rajoute est là pour faire le lien. Elle prend le sandwich parce qu'elle attend, elle se protège du froid parce qu'elle veut attendre, elle respire pour attendre, elle attend. J'ai précisé qu'elle attend ? Mais on peut aller plus loin :
3e) ... dont elle s'enveloppa avant de fouiller encore un peu le contenu. Elle avisa les deux sandwichs emballés côte à côte. Soupira, hésita, en prit un.
Pareil qu'avant, en plus long. On s'est juste contenté de rajouter un sandwich et, comme pour la couverture, soudain ce sandwich est lié à son histoire d'amour. Même ses petits gestes, comme l'hésitation, ont une signification vis-à-vis de l'attente. Est-ce que, en mangeant déjà, elle n'est pas en train de céder ?
3f) ... Son ventre gronda et elle, pour le faire taire, se força à manger encore.
Tout ce qu'elle fait, tout ce qu'on dit, tout doit graviter autour de cette idée : Elle. Attend. Et tous les détails, et toutes les actions, et tout doit se concentrer sur cette seule vérité absolue de l'instant. Elle. Buckin'. Attend.
 
3. La première phrase
Ce qui nous ramène à la première phrase, que je remets ici en rappel, avec sa version "corrigée" :
2) Une lanterne posée à côté d'elle éclairait à moins de quinze mètres de diamètre mais elle pouvait compter sur ce bon vieux phare pour voir davantage plus loin grâce à sa forte lumière.2d) La lanterne posée à côté d'elle peignait avec peine ses quelques lueurs jusqu'aux vagues, et dans la nuit noire elle comptait sur les feux du phare pour dévorer cet horizon de ténèbres autour d'elle.
Qu'est-ce qui ne va pas ? Simple. La phrase dit que Twilight veut voir dans les ténèbres. Et le titre nous avait déjà dit pourquoi. Elle attend. Quelque chose doit venir. Elle le cherche. Bien.
En termes de description, maintenant : qu'est-ce qui, dans la phrase, est lié à l'attente ? Au fait qu'elle veut voir ?
Le diamètre de lumière n'a aucun rapport, ce pourrait être huit ou vingt-cinq mètres, ça ne risque pas de lui permettre de voir arriver un navire. Même si ce navire a probablement ses propres feux et sa sirène mais passons. Le fait qu'elle connaisse le phare, qu'il soit vieux... n'a rien à voir non plus. Le passage de la lanterne au phare non plus, ce mouvement ne joue aucun rôle. Dans le principe, cette phrase est adaptée : Twilight veut voir, on se concentre donc sur ce qu'elle a à disposition. Mais dans la pratique ça passe mal, et plutôt que s'acharner à corriger, il faudrait tout réécrire avec cet impératif en tête : la description ne dit qu'une et une seule chose. Une seul. Rien que ça. Mais elle le dit. Elle. Attend.
2e) Elle était là, dans la nuit noire, avec le vieux phare pour seul compagnon et sa lumière qui fouillait l'horizon.
Et là, là, enfin, on a une bonne description.
Et une bonne première phrase. Parce qu'on a tout dit. Elle est là parce qu'elle attend. Dans la nuit noire parce qu'elle est là depuis longtemps, parce qu'elle attend. Avec un phare pour tout compagnon parce qu'elle est seule, et c'est pour ça qu'elle attend. Et elle fouille l'horizon parce qu'elle attend. Est-ce que. Tu comprends. Qu'elle attend.
Est-ce qu'on a mélangé narration et description ? Oui. À ce stade vous ne devriez  même plus faire de distinction. On découvre le phare, on fouille l'horizon. Est-ce qu'il y a un mouvement ? Oui, c'est dynamique, on passe de Twily' au phare, du phare à l'horizon. D'ailleurs ce mouvement est écrasant : on passe de la petite jument à l'énorme phare, à l'immensité du monde. Est-ce qu'on se concentre sur l'essentiel ? Définitivement. On reparlera de la lanterne si celle-ci sert à quelque chose mais là, tout de suite, elle. Attend.
C'est aussi l'occasion de comprendre pourquoi la description-liste n'est pas forcément une mauvaise chose. C'est utiliser la description-liste sans avoir la finalité du texte en tête qui est problématique. Un exemple ?
3g) ... dont elle s'enveloppa puis fouilla encore le contenu du sac. Sa longue-vue, ses deux livres, deux sandwichs emballés côte-à-côte. Un petit médaillon. Quelques photographies âgées par le sel marin. Elle soupira, hésita, sortit un sandwich et mordit dedans. Elle n'avait pas spécialement faim...
On a fait une description-liste. Et c'est adapté. Pourquoi ? Parce qu'elle fouille son sac, forcément qu'elle va en faire l'inventaire. Mais surtout, elle prend le temps de le faire, pourquoi ? Parce qu'elle veut être proche de son étalon, qu'elle cherche dans chaque objet la présence de son étalon -- comme pour la couverture -- et tout ça pour quoi ? Pourquoi ? Parce que, une fois encore, une fois de plus, bon sang de bonsoir de bachibouzouk, elle attend.
C'est cela la différence entre une description bien faite et une bonne description.
 
4. tl;dr
La différence entre narration et description est scolaire. Décrire, au final, c'est dire comment sont les choses, et cela vaut pour les actions, pour les pensées, les paroles. Parler de description revient à parler de narration et la même règle s'y applique : pertinence. Le texte a un objet (et un seul) et tout, absolument tout doit s'y rapporter d'une manière ou d'une autre. Tout sera jugé là-dessus.
Sans cela vous pouvez faire les plus belles tournures du monde, vous tournez à vide. C'est très joli. Mais c'est pas le but.
Et dans le cas de "Elle attend", c'est un peu ce qui manque. L'idée est très bien, la fin sympathique mais on a l'impression d'être passé à côté du sujet. Est-ce qu'on a vraiment partagé son vécu ? Est-ce qu'on a pu être anxieux, angoissé, excité, attristé, hésitant ? Tous les événements sont là pour qu'on le soit, une nuit de solitude et de promesses lointaines. Et je suis content que le texte n'essaie pas de me placarder ça au visage, mais il manque toute la série d'indices, de petits détails, de description qui, justement, donnerait sa dimension à l'attente.
Alors oui, on pourrait décortiquer un tas de petites techniques, d'outils et de mécanismes pour peaufiner la description. Mais le but reste le plus important. Pas besoin de faire de belles phrases si ce que vous dites est pertinent.
2f) C'était la nuit. Twilight attendait son étalon.
C'est bon, c'est tout, c'est suffisant. Le reste c'est de l'expérimentation, de la découverte, de la curiosité, pas mal de fainéantise de ma part et beaucoup de passion à soumettre, fanficers,à vos plumes !

Wellen 8 413

La relation de cause à effet ou la notion de présence.

Salut salut, j’ai re-regardé l’intégralité des saisons de mlp cette semaine, et il y a eu quelque qui m’a dérangé. Essayant de mettre la main dessus, je suis allé regarder d’autres trucs et discuter avec mes amis et à ce moment là, j’ai compris ce qui manquait à la série.
Le lien de cause à effet, ou, comme je préfère l’appeler, la notion de présence.
 
Pour ceux qui ne sauraient pas ce que c’est, je vais vous l’expliquer (même si je sais que vous n’êtes pas nombreux, je pense à vous).
Donc, le lien de cause à effet c’est tout simple, tout est dans le titre, c’est cause=effet.
En gros, pour donner un exemple, dans la série, Discord apparaît. Instantanément, le spectateur se dit “Discord est là, ça va être drôle, le chaos va apparaître” etc. Pourquoi? Car la cause du chaos est toujours Discord. Donc cause (Discord) = effet (chaos)
Ce qui m’a gêné dans la série est simple: La présence de certains personnages ou la relation de cause à effet est complètement nul.
 
Commençons par prendre un autre exemple. Dans mon précédent article, Vuld a dit comme quoi un bon antagoniste ne fonctionne qu’au travers des autres, et c’est là que la notion de présence entre en jeu. Si un personnage n’a pas de présence, il n’existe pas. Par exemple, Sombra aurait pu être réussit, mais il n’a pas de présence. Les protagonistes n’ont pas peur de lui, alors que c’est clairement le but du personnage. Ce n’est pas “Oh mon dieu si on se dépêche pas il va tous nous tuer et gagner” c’est plus “Bon, faudrait quand même y aller car sinon il va gagner”
J’exagère peut être un peux, mais ça a été mon ressentis. Bref, je m’éloigne du but d’origine de l’article.
 
Donc, ce qui m’a gêné, c’est que la relation de cause à effet manque dans la série. Reprenons l’exemple de Discord, mais cette fois-ci avec les éléments d’harmonie et en particulier Rainbow Dash.
Les mane six se sont toutes faites corrompre par Discord, leur véritable nature a été changée. C’est le genre de choses qui laisse des séquelles. Ça met le doute aux personnages, qui se posent des questions sur eux, leur caractère, leur vie et tout ça. Mais le plus flagrant reste Rainbow Dash.
Le talent de Dash, c’est de voler. Discord lui à, en premier, retirée ses ailes (donc son talent) puis sa loyauté (donc sa caractéristique principale). Une nouvelle fois, ça laisse des séquelles, même si en perdant l’un elle à retrouvée l’autre.
Et pourtant, les éléments n’en ont… Rien à faire? Elles retrouvent la mémoire et puis basta, c’est bon, on se moque du fait qu’on est devenu le contraire de nous même, on est de nouveau super copines.
C’est le genre de choses qui me déranges. Par contre, dans l’épisode Crusader of the Lost Mark, on a un détail qui peut sembler insignifiant mais qui a son importance. La cour de récré a été détruire par Tirek. Ce détail a été mis pour donner un but à Pips, mais on y retrouve quand même la relation de cause à effet.
Cause: Tirek = Effet: Village en ruine.
Malheureusement c’est l’une des seules relation de cause à effet que l’on retrouve dans la série. Maintenant, plutôt que de citer d’autres exemples où on comprend que la magie des éléments d’harmonie fait aussi psychiatre (on perd notre cutie mark, nos forces, notre magie, tout a été pris par Tirek mais vue qu’on les retrouves c’est pas grave) je vais me lancer dans la relation de cause à effet dans la fanfiction en général.
La relation de cause à effet est très importante dans la fanfiction.
 
Prenez la fiction Oblivion’s King de Toropicana (ceci peut constituer un spoil de la fiction, donc lisez-la avant de continuer ou bien sautez ce passage) le roi Sombra prend le pouvoir. Si tout le monde était là “on va se battre contre lui” ou alors “on vie comme avant” ça ne collerait pas. Dans cette fiction, la relation de cause à effet ou la notion de présence est très bien utilisée, car Sombra terrifie la population, il impose sa marque, on sait que c’est lui le roi et qu’il compte bien changer Equestria pour de bon. La cause? Sombra. L’effet? La terreur de la population.
 
Dans la fanfiction, la relation de cause à effet doit être utilisée à bonne escient. Si vous mettez un personnage amnésique juste après que Discord ait été vaincu, les poneys vont avant toute chose se dire “C’est à cause de Discord” et pas “On sait pas qui c’est, mais c’est pas grave”
Si vous mettez qu’Octavia a disparue alors qu’elle était allée dans l’empire de Cristal, les poneys vont avant toute chose penser à Sombra, vu qu’il a existé et qu’il est apparu en tant qu'ennemis surpuissant, pas que quelqu’un demande une rançon en échange.
La relation de cause à effet est très importante car elle rajoute une notion de passer et d'existence dans un univers.
 
Juste avant de finir, j’aimerais parler de quelque chose qui aurait pu être un exemple si ça n’avait pas été si habilement corrigé dans Cutie Remark.
L’invasion Changeling.
C’est la guerre. Les changeling ont envahis la capitale, ils absorbent l’amour, ils tuent probablement des gardes et ils ont largement eut le temps de faire tout ça avant d’être expulsés.
Et il n’y a aucune séquelle!
On ne parle pas de poneys morts, de poneys qui se sont fait absorber l’amour et tout ça. Certes, Candance et Shining Armor ont tout les deux fait une onde de choc qui a repoussé les changeling, mais même si ça à rendu leur amour aux poneys, ils doivent quand même se poser quelques questions. Et ils n’en font rien, ils vivent leur vie comme si de rien n’était.
Heureusement, dans Cutie Remark on voit l’aspect que les scénaristes voulaient donner à l’épisode des changeling: Des monstres sanguinaires traitant les autres races comme du bétail. (ceci est mon interprétation, elle n’est pas forcément juste)

Acylius 21 761

Pourquoi écrivons-nous des fanfictions mlp ?

Amis du soir, bonsoir.
 
Aujourd’hui, je me risque à faire un peu de philosophie.
Récemment, je me suis penché sur une question qui me taraude depuis quelques temps déjà. Une question importante pour notre petite communauté, et que vous vous êtes sans doute déjà posée. Une question précise, dont tous les mots sont importants : pourquoi écrivons-nous des fanfictions mlp ?
Chaque partie de la question est cruciale. Les gens qui postent leurs textes sur ce site ou sur les forums n’écrivent pas n’importe quoi ; ils écrivent des fanfictions. Et pas des fanfictions sur n’importe quel sujet ; des fanfictions sur une série animée appelée MLP:FiM. J’ai pas mal réfléchi au pourquoi du comment de tout ça, et je pense avoir trouvé au moins une partie de la réponse. En fait, je distingue trois réponses possibles. Certaines se recoupent, et il y en a certainement encore d’autres, mais je pense que ce sont là les trois principales.
 
Raison n°1 : par amour de la série
J’emploie ici le mot amour faute de terme plus approprié. Affection pourrait aussi convenir, mais ce n’est pas ça qui importe. Ce que je désigne ici, c’est l’envie, quand nous regardons cette série que nous aimons, de la développer et de faire vivre à ses personnages de nouvelles aventures. Ce n’est pas compliqué, c’est le moteur de base de tout ficdom, qu’il s’agisse de celui de mlp ou de n'importe quel autre. Pour vous donner une idée de l’ampleur que ça peut avoir, le site Fanfiction.net recense plus de 700 000 fanfictions estampillées Harry Potter et plus de 200 000 étiquetées Twilight (pas la nôtre, l’autre…) On fait même des fanfictions sur des groupes de musique ou des pièces de théâtre, c’est dire. De manière générale, on peut considérer que l’apparition d’un ficdom est une étape normale du développement d’un fandom.
Cette envie de développer le matériel de base peut se décliner sous différentes formes, qui, bien souvent, se recouvrent entre elles de manière plus ou moins importante. D’abord, il y a la simple envie de poursuivre sur papier les aventures des personnages de la série, quand celles vécues à l’écran ne nous suffisent pas et que nous voulons en voir plus. Ensuite, celle d’approfondir ces personnages, de développer davantage leur caractère, leurs relations avec les autres, d’explorer leur passé, de décortiquer leur façon de penser et leur manière de fonctionner. Et enfin, l’envie de développer le monde de la série lui-même, en le complétant, en le complexifiant, voir même en inventant des réalités alternatives ou en spéculant sur son passé ou son futur. Je fais également rentrer dans cette catégorie les choses un peu plus sombres ou matures, qui, d’une certaine manière, ne font qu’étendre et explorer le monde de la série dans des directions moins conventionnelles.
C’est cette envie qui, je pense, a poussé la majorité d’entre nous à prendre pour la première fois la plume et à se lancer dans l’aventure.
 
Raison n°2 : par effet d'imitation
Quelqu’un a dit un jour que l’imitation était la forme la plus sincère de flatterie. Je ne sais pas si c’est vrai, mais ce qui est sûr c’est que les ficdoms que j’ai mentionnés il y a quelque paragraphes n’auraient sans doute pas atteint des tailles pareilles si une partie non négligeable de leurs membres ne s’était pas adonnée à l’imitation. Pas seulement du matériel d’origine, mais aussi des fanfictions déjà écrites par d’autres.
Dans notre petit ficdom, un bon exemple de ça est le HiE (Human in Equestria). Je ne sais pas exactement quand furent écrits les premiers HiE, mais ce qui est sûr c’est que ce genre s’est largement répandu depuis, et cela n’a pu se faire que parce que ceux qui ont écrit ces premiers HiE ont rapidement été imités par d’autres. Attention, par imités, je ne veux pas dire qu’ils ont été plagiés, mais que d’autres gens se sont dit en les lisant que c’était un chouette concept et ça leur a donné envie d’écrire leur propre HiE. Et le même raisonnement peut s’appliquer pour d’autres genres, comme les histoires gores à la Cupcake, par exemple.
A bien y penser, cet effet d’imitation est un important moteur de croissance pour tous les ficdoms. Même s’il y en a beaucoup, le nombre de concepts possibles pour des fics n’est pas infini, et passé une certaine taille critique l’imitation finit même par devenir le moteur principal de la croissance des gros ficdoms. Celui de mlp a-t-il déjà atteint cette taille ? Côté francophone, sans doute pas, mais ce serait intéressant de voir ce qu’il en est côté anglophone.
 
Raison n°3 : par facilité
C’est là le point qui m’a le plus taraudé pendant que je réfléchissais à la question. Écrire des fanfictions, c’est facile. Ça l’est pour deux personnes : l’auteur et le lecteur.
C’est facile pour l’auteur, car ça lui épargne la tâche parfois pénible d’inventer un univers et de le présenter. L’univers est déjà là, c’est celui de la série, il n’a qu’à le prendre tel quel, éventuellement en l’étendant ou le modifiant plus ou moins légèrement selon les besoins de sa fic. S’il met en scène des personnages de la série, il n’a pas besoin de leur inventer un physique ou un caractère ; la série l’a déjà fait pour lui. Quand il parle de Poneyville, il n’a pas besoin de la décrire ; c’est déjà fait aussi. Quand il mentionne que Célestia fait bouger le Soleil, pas besoin d’expliquer comment ni pourquoi ; la série l’a aussi déjà fait. À moins de mettre en scène des OC, de placer l’action dans des lieux ou des époques qu’il a inventés ou de développer un univers alternatif très différent de celui de la série, l’auteur n’a pas besoin d’inventer son propre monde et d’en décrire le fonctionnement. Et ça, ça fait de sérieuses économies.
C’est facile aussi pour le lecteur, et pour quasiment les mêmes raisons. Pas besoin de se farcir la description de lieux ou de personnages, puisqu’on les connait déjà. Vous vous rappelez le début de la Communauté de l’Anneau, où Tolkien passe 50 pages à nous décrire en détails les hobbits, à nous expliquer comment ils vivent et à nous raconter l’histoire de la Comté ? J’en connais plus d’un qui ont abandonné la lecture de ce livre à cause de ça. Mais pas de ça dans une fanfiction, puisqu’on est supposé être en terrain connu. C’est plus confortable.
Mais écrire des fanfictions, c’est aussi facile pour une autre raison : ça nous assure d’office un public. Je ne sais pas vous, mais moi je vais systématiquement lire le synopsis de chaque nouvelle fic validée, même si les tags ne m’intéressent pas. Parce qu’on ne sait jamais, peut-être que ça m’intéressera quand même, et aussi parce que j’ai envie de savoir ce qu’on met sur le site. Et, vu le nombre de vues qu’ont en moyenne les nouvelles fics au bout d’un ou deux jours, je ne suis pas le seul à le faire. Et bien rien que ça, c’est un public que l’auteur de la fic en question n’aurait pas eu si ce texte n’avait pas été déclaré comme fanfiction mlp.
J’ai réalisé ça en me penchant un peu sur la musique brony. A bien y regarder, une partie non négligeable de la production musicale de notre fandom n’a pas vraiment de lien avec mlp. De l’électro instrumentale ou du rock aux paroles vagues... Ça pourrait parfaitement être de la musique "normale", sans rapport avec quelque fandom que ce soit. Mais rajoutez en fond une image de Rainbow Dash fendant les airs ou de Luna contemplant les étoiles la larme à l’œil, expliquez dans la description que ce morceau vous a été inspiré par tel personnage ou tel épisode, affichez-vous en tant que brony sur votre chaîne, et automatiquement votre morceau devient de la musique brony, est repris sur les playlists du fandom, et des milliers de bronies, qui n’auraient sans doute jamais entendu parler de ce morceau s’il n’avait pas été catalogué de cette manière, s’empresseront de l’écouter.
Et bien ça marche aussi avec les fanfictions. Nous pourrions tous, je pense, passer notre temps à écrire de vraies nouvelles ou de vrais romans, mais nous choisissons à la place d’écrire des fanfictions mlp. Pour les raisons déjà mentionnées plus haut, mais aussi pour ça : parce nous savons déjà où poster notre œuvre et que nous savons que, parce que c’est une fanfiction mlp, elle sera lue par les membres du fandom, ou au moins un certain nombre d’entre eux. Écrire des fanfictions nous assure un public d’office : celui des membres du fandom en question.
 
 
 
N’allez cependant pas croire, au ton quelque peu moralisateur que j’ai sans doute employé tout au long de cet article et singulièrement dans la dernière partie, que j’estime qu’écrire des fanfictions est une mauvaise chose, au contraire.
Quand j’étais à l’école, il y avait dans ma classe de français une affiche qui disait : la lecture est une pente qui nous entraine vers le haut. Ce que ça veut dire, c’est que quoi qu’on lise, c’est mieux que de ne rien lire du tout. Quelqu’un qui lit ne peut que devenir un meilleur lecteur. Plus il lit, plus il devient capable de faire la différence entre un bon texte et un moins bon et d’apprécier le premier plus que le second, quel que soit son niveau de départ. C’est un mouvement qui ne peut qu’aller vers le haut ; sauf accident grave, c’est impossible de régresser. Et bien je pense que c’est la même chose avec l’écriture. Quel que soit notre niveau, on apprend toujours quelque chose lorsqu’on essaie d’écrire. A moins de réellement y mettre de la mauvaise volonté, on ne peut que s’améliorer, que l’on soit déjà auteur confirmé ou que l’on écrive comme une patate. Et tout ce qu’on apprend en essayant d’écrire, que ce soit ne pas faire de fautes, construire de belles phrases ou structurer un texte, nous sera utile dans notre vie, vie au cours de laquelle nous sommes en permanence entourés de texte.
Écrire des fanfictions mlp c’est bien, car écrire c’est bien, quoi qu’on écrive. Pour se moquer encore un peu de Twilight, j’ai l’habitude de répondre que si ces films ont pu donner envie à des jeunes de lire, alors ils auront rendu au moins un service à la société. Si Twilight peut servir de porte d’entrée au monde de la lecture, alors remercions-le. Et de même, si les fanfictions peuvent donner le goût de l’écriture à certains, alors vivent les fanfictions.

Wellen 14 1020

L'art d'être un méchant, ou comment créer un bon psychopathe.

 
J'étais avec un ami, sur skype, et on s'est posé une question à la fois idiote et complexe: Comment créer un bon méchant?
Je veux dire, pourquoi adore-t-on Sombra autant qu'on le déteste? Pourquoi on aime la duchesse Ira alors qu'au fond on a qu'une seule envie, c'est de la voir mourir?
C'est ce que nous avons essayés de découvrir, et, avec les quelques points que je vais vous présenter, nous allons découvrir le pourquoi du comment.
 
Attention, cet article contient de légers spoil sur la série et sur Brasier Année Zéro de BroNie, je vous conseil donc de le lire si ça n’est pas déjà fait.
 
Pour commencer, pour ceux qui ont lues le guide de la fanfiction par BroNie, vous devez savoir les erreurs qu’il faut éviter en créant un oc: Ne pas faire un Marye Sue, ne pas lui faire une histoire tragique, ne pas lui mettre des couleurs sombres pour dire “Oh mon dieu il est sombre et mystérieux”
Bah tout ça, vous le mettez à la poubelle.


hop, va rejoindre la bouche à Pinkie.
 
Je m’explique.
Un méchant doit par définition être puissant, puisque votre héros ou héroïne ne doit pas le dégommer en un coup. Le méchant doit surclasser le gentil dès le départ, et pousser notre protagoniste à aller dans ses ultimes ressources pour le vaincre.

Eux, c’est des figurants, pas des méchants.

Ensuite, la motivation. Un méchant n’est pas méchant juste pour être méchant, il doit avoir une raison. Prenons la duchesse Ira. Elle veut être sur le trône pour que sa race soit à une place supérieure dans la société, ce qui est un objectif tout à fait compréhensible. Ce qui la rend “méchante” c’est qu’elle est impitoyable, et qu’elle n’hésite pas à tuer pour atteindre ses objectifs, mais nous y reviendrons plus tard.
 
On est donc au point numéro deux: Le principe du Protagoniste et de l’Antagoniste.
Nous allons reprendre l’exemple de la duchesse Ira et de Celestia
La protagoniste (notre gentille) est une noble qui n’a pas de Cutie Mark. Elle est appelée à devenir une princesse et une future reine à cause de la mort d’un prince, sans laquelle elle n’aurait eu presque aucune chance.
L’antagoniste, quant à elle, est une noble qui n’a pas de Cutie Mark. Elle est appelée à peut être devenir une reine à cause de la mort d’un prince, sans laquelle elle n’aurait eu presque aucune chance.
 
J’aurais limite pu faire du copier coller, mais les faits sont là. Le principe du protagoniste et de l’antagoniste et que sans l’un, l’autre n’existe plus, et qu’ils sont semblables.
Bon, je sais que la duchesse meurt vers la moitié de la fic et que Celestia est toujours là pour en parler, mais c’est parce-que notre ami Discord, après avoir vaincu l’antagoniste, en est devenu un.


Un meilleur exemple?
Une des autres caractéristiques de méchants nous amène au point numéro trois.
Les méchants, ils font quoi de leur temps libre?
C’est ce que, petits, nous nous sommes tous demandés. Eh bien, la réponse est simple.
Un méchant n’a pas de temps libre car être un antagoniste, eh bien c’est un job à plein temps. Il travaille toute sa vie à pourrire la vie au gentil et à essayer d’atteindre son objectif, ce qui le rend généralement furax quand un de ses plans se fait démonter.

Le point quatre, et pas des moindres, consiste en une seule chose.
Le méchant est un salaud.
C’est un connard sans coeur, capable de faire les sales coups les plus tordus juste pour gagner, ce qui peux aller d’une simple lettre pour faire rompre un couple à brûler un village entier et tuer ses habitants en passant par la prise d’otage. Il est prêt à tout, et c’est ce qui fait sa force. Là où le gentil suit un code d’honneur, il est sympa, il évite de tuer les autres. Le méchant, lui, il en a rien à faire, tout ce qu’il veut c’est atteindre son objectif et par tout les moyens.

Ce qui nous amène au point cinq: La motivation
Un méchant, il l’est pas juste pour le fun. Ceux qui se délectent des cris de douleur ne sont généralement pas les méchants “principaux” mais plus des bras droits ou des hommes/poney de main. Le méchant, le vrai, il a un objectif et des raisons pour l’atteindre. Par exemple, Chrysalis veut envahir Canterlot non pas pour en devenir la seule dirigeante, mais bel et bien pour nourrir ses sujets. Discord fait ça pour s’amuser ou, comme dans Brasier Année Zero, pour provoquer assez de chaos pour remonter le temps. Le méchant qui échoue, c’est celui qui n’a pas d’objectif, comme Sombra. Ses motivations sont souvent provoquées par un évènement de son passé.
Ce qui nous amène à notre point six, l’histoire.
Un méchant a une histoire, généralement triste, pour expliquer le pourquoi du comment il devient méchant.

Un jour j’ai mangé des chocapics, puis je suis devenu méchant.

Vous l’aurez compris, un méchant ne se réveille pas un jour en se disant “Oh, tiens, je vais détruire le monde et devenir un enfoiré de première, ouais, ça peux être bien.” Vote méchant a des motivations, et même si elles ne sont pas toujours claires, elles existent.

Le point sept: la supériorité.
Un méchant est supérieur au gentil, du moins au début. Le premier affrontement avec votre méchant doit montrer à quel point il est puissant et fourbe. De plus, il doit être intelligent et avoir un plan pour se protéger ou atteindre son objectif, et il est infaillible. Le seul truc possible est le grain de sable, le protagoniste, qui vient faire son travail et avoir des réactions totalement illogiques ou faire des choses absolument pas prévues. De plus, le méchant ne meurt pas. Si si, un bon méchant, même si il meurt, il sait se sauvegarder et survivre. De plus, il doit surgir là où on ne l’attends pas. D'ailleurs, généralement, le lecteur sait qui est le méchant et il attends avec impatience que le gentille s’en rende compte.
Le point huit et le point final: l’originalité.
Des méchants, il en existe pleins et de tout les types. Le seigneur noire, le savant fou, le politicien, etc. Il y en a à toute les sauces, et on doit toujours plus ou moins rentrer dans un type. Ce qui fait qu’un méchant marche, c’est qu’il a un truc en plus.
 

Il serait pas asthmatique, il serait un seigneur noir comme les autres
 
Le mot de la fin.
Un bon méchant, il est apprécié autant qu’il est haïs, et un il peut parfois rattraper un héros un peux lourd ou mal fait. Le vrais méchant, le bon méchant, c’est quand le lecteur peux, comme le héros, s’identifier à lui.

Vuld 9 415

La première phrase.

Hi'.
Pour l'anecdote, j'ai passé en revue deux fois la liste de mes articles, persuadé que j'étais d'avoir déjà parlé de la "première phrase", tant c'est un sujet qui m'obsède. Pourquoi ? Parce que dans ma vision des choses, la première phrase doit contenir toute l'histoire. Et j'ai bien dit TOUTE l'histoire.
On va faire un bref rappel et on s'y met, d'accord ?
 
0. La pertinence
Ah ça j'en avais déjà parlé. C'est la bonne vieille équation "mot + contexte = sens". Mais on va en avoir besoin pour ce qui suit alors faisons vite.
Si je veux parler d'une voiture, je peux dire "la voiture", "le véhicule", "l'engin", "la machine", "la caisse à savon"... du moment qu'on comprend que je parle d'une voiture, on considère ces mots comme s'équivalant. Par contre, je ne peux pas dire "l'appareil" pour une voiture :
1a) Il monta dans la voiture.1b) Il monta dans la machine.1c) Il monta dans l'appareil.
Par contre, si je parle d'un avion, je peux dire "l'avion", "le véhicule", "l'engin", "la machine"... et "l'appareil" :
2a) Il monta dans l'avion.2b) Il monta dans l'appareil.
Cela ne vous surprend pas ? Je me souviens comment, petit, je n'arrivais pas à comprendre pourquoi on ne pouvait pas dire "il versa du liquide" pour dire "il versa du vin". Le vin c'est du liquide, mince. Et ici, si l'avion est un appareil, et l'avion est une machine de transport... pourquoi la voiture, qui est une machine de transport, ne serait pas un appareil ?
Si un enfant de neuf ans n'arrive pas à le comprendre, c'est que c'est communi- c'est que quelque chose cloche.
L'équation "mot + contexte = sens" signifie que le mot lui-même, tout seul, n'a pas le moindre sens. Il ne signifie rien, nada. C'est l'emploi qu'on en fait qui permet de comprendre ce qu'il veut dire, et c'est pour ça que le mot "appareil" s'appliquerait pour un avion et pas pour une voiture. Ça n'a rien à voir avec la définition du mot dans le dictionnaire.
Ce qui nous importe, pour la suite de cet article, c'est le poids, l'importance, l'influence du contexte sur le mot.
Et qu'est-ce qu'on va appeler "contexte" ? Les mots qu'il y a autour. Le reste du texte. Dans les exemples (1) et (2), le contexte est "il monta dans". Et pour ceux qui veulent vraiment se compliquer la vie, les littéraires ont un mot pour désigner le contexte qui ne porte que sur les autres mots du texte : c'est le "cotexte". Sans le "n". Parce qu'on est des trolls (et parce que ça veut dire le "texte à côté", "co-texte").
On est bon ? Okay.
 
1. Posons le contexte
Vous avez votre histoire, pour le moment on s'en fiche de laquelle, vous êtes devant votre page blanche et vous vous apprêtez à en écrire la première phrase. Quel est le contexte ?
Le contexte, ou "cotexte", est vide.
Pas un seul mot. Tout est encore à faire. On va donc commencer, d'accord ? Écrivons notre première phrase, au pif.
3) "J'aime les tartes aux pommes."
Maintenant, changeons de bottes. Vous avez écrit nawak après cette phrase, puis vous avez envoyé votre texte à votre meilleur pote pour qu'il relise et tandis que vous stressez en boule dans votre coin en attendant sa réaction, lui il pose les yeux sur cette première phrase. Qu'est-ce qui se passe ?
Là, comme ça, nous on sait que la phrase (3) a été écrite au pif. Mais le lecteur s'apprête à lire une histoire, il part donc du principe que ça ça veut dire quelque chose. Et il va lire cette phrase comme une histoire.
Donc "je". L'histoire est à la première personne. "Pommes". Applejack. Non désolé mais juste Applejack. Tu ne peux pas dire "pommes" dans une fanfic' MLP sans qu'aussitôt les gens y pensent, c'est juste ancré dans l'univers. On s'attend donc à un récit à la première personne où il y aura Applejack.
Mes deux hypothèses seraient alors soit un self-insert romance, soit un récit où Applejack est l'héroïne. Quelque chose comme ça.
À partir d'une phrase complètement tirée de nulle part, type "les gants sont dans la boîte à vis", on obtient une interprétation du lecteur sortie du Tartare sur l'histoire. Une histoire qui commence par des gants dans une boîte à vis ? Mh, "gants", humain, "vis", technique, le héros est probablement un ouvrier humain, peut-être sur un chantier. Probablement un HiE. Non sérieusement la phrase pourrait même être "douze" ou "biopolymère". J'ai dû wiki' le mot biopolymère, je ne suis toujours même pas sûr de ce que ça peut bien vouloir dire mais si je lis ça en première phrase d'un texte... Mh, probablement sci-fi.
 
2. Changeons les mots
Si vous avez compris qu'il y a ce moteur qui tourne dans la tête de votre lecteur, pour donner du sens à vos phrases (et la même machine dans votre tête, pour donner des mots à vos idées), alors il est temps de jouer avec.
Je vais vous proposer une première phrase anodine :
4) "C'était le matin."
Premier prix de jépudidée ! C'est générique, c'est passe-partout, ça pourrait être collé au pif à un bazillion d'histoires différentes et... et pourtant... et pourtant ça pourrait être, au contraire, très, très unique.
Pour s'en rendre compte, commençons par nous demander ce que le lecteur y a vu.
Alors on peut jouer les analystes et là la première chose à dire c'est à quel point cette phrase est courte. Trois mots. Ou quatre, suivant comment tu comptes. Pas d'adjectif, pas de rien du tout, juste un constat balancé là comme une brique. On peut s'attendre à une narration sobre, taillée au scalpel, sans concession. Juste la réalité, quelle qu'elle soit. J'y reviendrai plus tard.
Pas besoin de jouer les analystes, cependant. On peut aussi paraphraser : la phrase nous dit que c'était le matin. Le mot "matin" est donc la seule information dont on dispose, et on peut penser qu'elle est sans importance. Mais ça, on peut le tester. Et on peut le tester en la remplaçant.
4a) "C'était le soir."
Même phrase, même cotexte "c'était le", même analyse foireuse mais le mot a changé. Et qu'est-ce que ça change ? Une fois encore, mettez-vous dans les bottes du lecteur. Le lecteur est en train de construire (avec vous) une histoire.
Déjà, le matin, le personnage commence sa journée -- comme nous on commence l'histoire. Tandis que le soir, il la termine. "C'était la fin de l'après-midi" le dit mieux : "fin". On a loupé, en tant que lecteur, une journée entière où il a pu se passer un tas de choses. Ou si ce n'est toujours pas clair :
4b) "Applejack revenait de la bataille."
Vala' c'est clair là ? Quelle bataille, comment ça, qui que d'où ? Le soir peut provoquer, à son échelle, le même effet. Et le soir est aussi, dans les histoires -- et dans FiM -- ce moment de mystère, de danger et d'interdit. C'est l'ombre, c'est la nuit, c'est que des trucs pas cool arrivent. Une histoire qui commence le soir en général s'apprête à être sombre, à parler de choses pas mignonnes.  Ou alors on va parler de Luna. Parce que soir. Luna. Ouais.
En un mot, on a changé le programme.
Cela ne signifie pas que cette phrase en est moins générique. On peut la faire suivre de n'importe quoi. Le soir peut être le moment où Twilight va aller voir allez je sais pas Flash Sentry pour roucouler innocemment ensemble. Le matin peut être le moment où votre personnage dépressif se rappelle qu'il est en prison pour tentative de meurtre. Mais, du simple fait que c'est une histoire, et du simple fait que cette phrase est la première, simplement en passant du matin au soir, on a changé radicalement la vision (potentielle) du lecteur.
 
3. Annonçons l'histoire
Jusqu'à présent on a donc vu comment des phrases tirées au hasard pouvaient impacter la vision du lecteur. Maintenant j'aimerais passer à la vitesse supérieure. Laissons tomber le hasard. Prenons une "vraie" histoire.
Pour les besoins de la cause, on va dire que l'histoire c'est Spike qui doit sauver Owloviscious de... de... oh je sais, Owloviscious est appelé par un artefact de Starswirl et Spike part à sa rescousse. Vala'. On a notre histoire, on part freestyle, allez première phrase !
5) "Spike vit qu'Owloviscious était appelée par un artefact de Starswirl et parti-
Bordel de-dslvk j'ai pas dit de spoiler l'histoire ! Bon okay blague à part.
6) "Un matin Spike vit qu'Owloviscious n'était plus là."
Voilà, typiquement le genre de phrase qu'on pourrait faire pour démarrer l'histoire. Tout y est. On a nos deux personnages principaux, on a le problème ("plus là"), c'est bon il ne manque rien. Tout ce qui est nécessaire est là. On peut partir à l'aventure.
Parce que votre histoire sera cela : un récit d'aventure, rien de plus. C'est juste "Spike va sauver Owloviscious" et vous y collerez des trucs en cours de route, méthode patchwork pour le drama avec cette révélation que waaaaah en fait Owloviscious c'est la compagne millénaire de Starswirl et toussa...
C'est vraiment ça, votre histoire ? Si c'est le cas, okay cool. Allez-y. Ce genre d'histoire est divertissant, léger, je peux m'y plonger avec plaisir.
Et c'est ce que me promet votre première phrase : un récit simple, sans prise de tête, on va sauver Owly' et viens pas me compliquer la vie. C'est bon j'adhère.
Mais et si vous vouliez aller plus loin ?
Par exemple, disons que vous êtes fan de Spike, que vous en avez marre de le voir humilié à chaque fois qu'il a un épisode et donc vous voulez le glorifier dans votre fic'. Vous voulez le montrer faible, mais persévérant, et capable, surprenamment capable quand il se dévoue à quelque chose. Votre fanfic' n'est plus "Spike va sauver Owlol" mais "Spike y te poutre tes basques discute même pas". C'est de ça dont votre texte va parler pendant deux cents pages. Et c'est ça que doit... devrait dire votre première phrase.
7) "Spike il est tellement fort il mange les spaghettis bolo' sans jamais tacher ses écailles."
Bon okay c'est pas subtil mais là c'est clair. Le texte sera comique mais le texte est là pour glorifier Spike. Le lecteur, dès la première phrase, sait exactement à quoi s'attendre.
Mais est-ce qu'on peut être subtil ? En fait, oui.
Vous vous rappelez les phrases aléatoires plus haut dans l'article ? On va les reprendre, et on va les modifier pour intégrer combien Spike il poutre.
3a) "J'aime les sols propres."4c) "C'était un autre jour bien rempli."4d) "Encore un jour bien rempli au service de Twilight."
À nouveau, remettons-nous dans les bottes du lecteur.
En (3a), qu'est-ce qu'il voit ? Le personnage lui parle et parle de sols nettoyés. Qui nettoie les sols ? Spike. À quoi Spike est bon ? À nettoyer les sols. Il est bon à quelque chose. Mais en général on pense qu'il n'est bon qu'à nettoyer les sols. Et là tu as tout dit. TOUT. Comment Spike est déconsidéré par les autres, alors même qu'il montre, chaque jour, à quel point il est fiable. Et son dévouement : il aime ce qu'il fait. Il ne se plaint pas. Toute ta fic', toute sa problématique, ta raison même d'aligner les mots en quoi, cinq mots ? Quatre, suivant comment tu comptes. Le lecteur ne s'en sera jamais rendu compte, il est resté au stade du "ça doit être Spike" voire même pas, mais tout est déjà là.
En (4c), que voit le lecteur hypothétique ? Euh, pas grand-chose. On a un personnage actif, qui remplit bien ses journées et qui a l'air satisfait. Okay donc... Applejack ? Rarity ? Bon pas Dash elle fout rien, pas Twilight c'est une flemmar- oui, déjà à ce stade et sans même s'en rendre compte, le lecteur est déjà en train d'essayer de savoir de qui on parle. Il est en train de construire l'histoire (avec vous), il construit le personnage également.
Mais (4c) n'est pas terrible. (4d) va plus loin. Le "service de Twilight" dit clairement que c'est Spike. Et on voit aussi, au passage, comment "un autre jour" a été reformulé en "encore un jour". Par contre, difficile de savoir si le personnage est satisfait, content de sa situation. On sait, en tant que fan, que Spike est content, mais le texte peut décider que mince, Spike en a marre d'être exploité. Si ça se trouve on veut glorifier Spike en le faisant se rebeller. Donc (4c) et (4d), en fait, ne disent pas vraiment ce qu'on veut...
4e) "La journée n'avait pas commencé, les sols étaient déjà propres."
On mélange donc (3a) et (4c-d) et paf. Le texte n'a même pas commencé que le personnage a déjà tout nettoyé de fond en comble. En fait là le lecteur est plus dans les sabots de Twilight, à découvrir une biblioth- pardon un château récuré à la perfection. On joue sur le moment pour renforcer l'idée que Spike poutre -- et son dévouement, punaise, il s'est levé à quelle heure pour réussir cet exploit ?
 
4. Et maintenant, le style
La première phrase n'est donc pas un gros spoil. On n'a même pas mentionné Owloviscious. On a, par contre, mentionné le "core" du texte, son concept, sa raison d'être. Oui je sais je suis lourd à le répéter sans arrêt mais c'est ça : ce texte est là pour glorifier Spike et on vous le dit d'entrée de jeu.
De façon plus ou moins subtile.
Mais et si on ne voulait pas glorifier Spike ? Et si on s'intéressait plutôt à la relation entre Spike et Owloviscious ? On n'a jamais vraiment enterré la hache de guerre entre les deux, un texte serait l'occasion de relancer ça... et si Spike apportait autant à Orly que la chouette a apporté à Spike ? Et si, alors même que l'histoire montrait combien Owloviscious est en fait mystique et liée à Starswirl, on montrait que Spike, qui n'a ici pas le moindre passé mystérieux, est en fait plus héroïque, plus fascinant encore ? Comment ils se complètent. Cette amitié qu'on ne leur soupçonnait pas. Ou au contraire, cette haine qu'ils ne s'avouaient plus.
On va donc réécrire notre première phrase avec pour projet qu'Owloviscious a besoin de Spike :
8) Il y avait des plumes partout dans la bibliothèque.
Scène de crime potentielle à part, en supposant qu'un oiseau perde ses plumes comme un chat ses poils, arrêtez de rire et concentrons-nous. Les plumes dans la bibliothèque, c'est Owloviscious. Qui d'autre ? Mais, en même temps, ces plumes devront être nettoyées, et qui s'en charge ? Spike. On ne l'a même pas nommé et on le voit déjà s'énerver contre Oily. Autrement dit, sans nommer un seul des deux personnages, on les a mis en avant et en interaction.
Tout le texte est là. Tout le texte n'est qu'une excuse, cette histoire d'artefact, tout ça, une vaste excuse pour pousser leur relation à ses limites. Et si le lecteur ne s'en rend pas compte, ce n'est pas grave : vous l'avez dit, c'est dans le texte et quand il s'en rendra compte, il n'en sera pas surpris. On l'avait averti.
Mais est-ce que Spike et Owloviscious s'entendent bien ? Ou s'entendent mal ? Guerre ? Ou paix ?
Modifions la phrase (8) pour le décider, et modifions le moins possible pour y arriver.
8a) Des plumes partout dans la bibliothèque.8b) Il y avait des plumes plein partout dans la bibliothèque.
La différence ? Rappelez-vous notre analyse en herbe de "c'était le matin". La phrase (8a) fait pareil : on fait court, on fait froid, on constate. Je vous avais dit qu'on y reviendrait. Imaginez Spike, avec son balai, devant le désordre. Les yeux froncés. Ça ne le fait pas rire. Du tout. Mais ça le fait rire en (8b) et pourquoi ? Parce que "plein partout" est une tournure plus enfantine, plus moqueuse, plus expressive. Il est plus en mode "t'es sérieuse ?!" un peu comme quand Twilight fait nawak avec ses livres. Sûr, ils vont se disputer, mais au final ils sont bons amis.
Et tout cela n'a été dit qu'à travers le style.
Texte froid. Narration brève, sans détour. Le texte va être rempli de conflits. Texte enjoué. Narration longue, exagérée, insouciante. Le texte prend les choses à la légère. Le lecteur qui débute le texte ne s'en rend pas compte, mais les fondements de la relation entre Spike et Owloviscious sont là, sous ses yeux. Et tout le texte va suivre le même "ton", la même "atmosphère", parce que cette relation sera la même tout du long.
Cette relation évoluera, en surface, mais à moins qu'elle ne change fondamentalement, alors le style, fondamentalement, ne changera pas. Texte moqueur et joyeux parce que ces personnages veulent être ensemble. Triste quand ils se séparent.
Et si l'histoire était sur l'insignifiance ? Deux personnages minuscules, écrasés par une destinée qui les dépasse. Emportés par cette machination universelle où ils ne sont que de simples rouages ? Comment le dire, quels mots choisir ?
9a) Balayer, frotter, lustrer, répéter.9b) Une chouette sur la tête et un balai dans les pattes rendait Spike heureux.9c) Owloviscious ferma les yeux au passage du plumeau.
Tellement de variantes différentes possibles, tellement de fois où le lecteur ne se rendra pas compte que tout ce qu'on lui dira jamais à travers toutes les pages est là, juste devant son nez, contenu en quelques (dizaines parfois de) mots.
Et parlant de mots, une fois encore, on peut tester leur impact en les changeant. Pourquoi "balayer" plutôt que "récurer" ? Pourquoi "heureux" plutôt que "enjoué" ? Pourquoi "ferma les yeux" plutôt que "frémit" ? Quelle différence entre "fermer les yeux" et "frémir" quand le sujet est l'insignifiance face au monde ? La manière dont on le subit. Et, potentiellement, l'aveuglement d'Owloviscious quand elle partira trouver cet artefact.
 
5. tl;dr
Ah ben voilà ! Je savais que j'avais dû en parler quelque part. La première phrase n'a pas l'impact que je lui donne, mais il est vraiment possible, au pire en un ou deux paragraphes, de montrer au lecteur l'ensemble du texte. Que ce soit ce dont il va parler ou la manière dont il en parlera.
On ne spoile pas l'intrigue. On annonce le concept, dans la forme et dans le fond, sans que le lecteur n'ait à s'en rendre compte, simplement pour qu'intuitivement il "sente" ce qui se prépare.
Pour moi c'est là, bien plus que dans la description de la fic', dans l'image ou dans les tags, que je passe mon contrat avec le lecteur. C'est dans la première phrase que je lui dis "voilà ce que je vais faire". Et, plus personnellement encore, c'est la première phrase qui, quand j'écris un texte, me permet de me rappeler, même des semaines après, la raison même qui me poussait à le faire.
Si, en reprenant un brouillon, la première phrase ne me parle pas, ce n'était même pas la peine de continuer. Je recommence de zéro.
Inversement, une fois la première phrase cimentée, peu importe ce qui arrive, je sais exactement où je vais.
 
Reste à voir comment cela s'applique, fanficers,à vos plumes !

Vuld 5 434

Parler au lecteur.

Hi'.
Vers juin-juillet, alors que je me préparais à expliquer ma vision de l'écriture loin loin loin de chez moi, je me suis dit okay, la conception c'est le fondement de la linguistique, ça se résume à "l'histoire a un et un seul objet", pas de problème. Le développement c'est l'histoire de pertinence, mon éternelle équation "texte + contexte = sens". Tout cela est carré, (pseudo-)scientifique et très purrrrrr... et puis il y avait ma troisième partie, planification, et là j'ai bloqué.
En fait, comme un abruti, je me suis rendu compte que je n'avais jamais réfléchi au plan, au-delà d'un simple "j'ordonne (et subordonne) mes éléments".
Ma théorie du plan date de quand j'avais quinze ans et qu'on parlait de "fil rouge", avec l'idée qu'il y avait en gros une quête principale, des quêtes secondaires et des événements accessoires, et blablabla... théorie à peine retouchée quand on m'a appris à faire des plans à l'uni', avec par exemple l'idée que chaque partie doit faire à peu près la même taille. Tout ça c'est bien joli mais c'est du niveau de Cro-Magnon.
Du coup je me suis mis à réfléchir à la théorie linguistique qui pourrait s'appliquer au plan.
Et soudain, je me suis fichu une claque.
 
1. L'interactionnisme
La linguistique est la science du langage. La sociolinguistique est une science du langage qui considère le langage comme une activité humaine et, pour simplifier, regarde l'influence de l'élément humain (social) sur cette activité. Par exemple tu dis "tu" à telle personne et "vous" à telle autre, ou encore les djeunes y parlent pas comme que les vieux. Tavu. Ouais on a progressé un peu depuis Labov quand même.
Au sein de la sociolinguistique existe l'interactionnisme, qui dit en gros que quand tu parles tu interagis avec quelqu'un, et du coup ton activité va devoir prendre ce quelqu'un en compte. La communication sert toujours à transmettre un contenu (genre "on t'a volé tes bottes") mais sert aussi à négocier la communication elle-même (genre "me tape pas dessus mais..."). En termes moins commerciaux, même quand une seule personne parle, tout le monde coopère pour rendre la communication possible.
Tout le monde est actif, ou ça échoue.
Et cela, quand on y pense, va à l'encontre de notre représentation la plus basique de la lecture (et donc, de l'écriture). L'écriture est décrite comme une activité passive : le seul effort qui nous est demandé est de débrancher notre cerveau le temps d'une escapade dans l'improbable, et ah oui de tourner la page une fois arrivé en bas. Il en va de même pour les autres arts, et on ne pense vraiment à l'activité que si le spectateur se met à parler ou presser sur un bouton. En tant qu'auteur, on s'imagine complètement coupé du lecteur.

Difficile de nier cette idée. On ne peut pas répondre à l'auteur. On ne peut pas empêcher le héros de monter ce fichu escalier. On n'a clairement pas une manette en main et la possibilité de tuer des hordes de pajenti(tm). Cela dit, la conséquence de cette vision est d'écrire en supposant que le lecteur connaît son boulot et que ça passe ou ça casse. Parler au lecteur, c'est briser le quatrième mur genre "mais toi et moi, lecteur, savons qu'en fait elle est toutdous(tm)". Dans un texte normal, on ne parle pas au lecteur. Enfin si mais uniquement pour lui raconter l'histoire.
On n'imagine pas un seul instant avoir à coopérer avec lui pour dire "comment" on va la raconter.
La plupart d'entre nous ont entendu parler du "contrat de lecture", que perso' je sais toujours pas bien ce que c'est mais qui est en gros l'accord tacite passé entre l'auteur et le lecteur au moment où ce dernier commence à lire. Ça dit en gros "ouais je sais les poneys existent pas fais semblant et lâche-moi les basques" ou encore "ça va parler de bisous et du dessous des sabots, t'es prévenu". Mais pour la majorité d'entre nous, ce contrat est assez général et comparable à des clauses d'utilisations que tu lis pas quand tu installes ta nouvelle app. Et ça correspond aux tags, au pitch, à ce genre de choses. L'appliquer à l'intérieur du texte... inimaginable.
Cela dit, j'avais déjà une autre notion, quoique assez vague, pour cela. "Préparer" ou "annoncer" quelque chose dans le texte. Par exemple, l'héroïne pète les plombs mais le lecteur n'est censé le savoir que d'ici deux chapitres. Si on ne fait rien et que dans deux chapitres on découvre qu'elle était folle, ça va sembler tomber du ciel. Si on déballe tout dès le départ, ben tout l'intérêt, toute la tension, tout ça part dans le caniveau. L'idée est alors de simplement donner des indices, des signaux que "y a un truc" et que "ça pourrait être ça". Genre elle se met à collectionner les crayons, ou bien elle coupe toutes les conversations au beau milieu comme sur un coup de tête. Elle n'arrive plus à coiffer sa crinière. Des détails tout bêtes mais qui, une fois arrivé à la révélation, prennent tout leur sens et permettent au lecteur de faire "aaaah c'était donc ça" ou "JE LE SAVAIS ! (bang)".
Sans le savoir, ce système d'annonce au travers de détails, de "signaux" comme je dirais maintenant, est une forme de coopération avec le lecteur.
Et sans le savoir, on peut aller beaucoup, beaucoup plus dans la coopération.
 
2. Les paires adjacentes
L'interactionnisme dispose d'une grille d'analyse quand il s'agit d'étudier une conversation. Le principe est simple. Le langage est une activité entre plusieurs sujets parlants. Une activité implique des actions. Chaque action implique une réaction. Donc dès qu'une personne dit quelque chose, ce qu'il dit est une action qui va demander une réaction de la part de l'autre personne.
Ces paires "action - réaction" fonctionnent très bien pour les dialogues, par exemple les discussions au téléphone où, basiquement, l'autre répond. Mais, et c'était là une petite découverte du temps où j'étais bachelier, les personnes qui monologuent utilisent la même structure. J'avais vu un politicien argumenter avec un interlocuteur fictif, fabriqué de toutes pièces par son discours. Et nos textes eux-mêmes, qu'on en soit conscient ou non, utilisent aussi cette structure.
Ce qui signifie que c'est aussi la structure minimale d'un plan.
Ce sont des paires "action-réaction", entendu (on n'a pas encore vu d'exemple), mais pourquoi adjacentes ? Parce qu'elles se suivent, bien sûr. Et pas seulement parce qu'il y aurait des suites de paires genre "action-réaction" - "action-réaction" - "action-réaction"... mais parce qu'une réaction est, fondamentalement, également une action. Ce qui signifie qu'elle aussi demande une réaction. Un peu comme une escalade de la violence, où chacun dit "mais c'est lui qu'a commencé", sauf que là c'est pour demander à quelqu'un s'il veut négocier.

On parle alors de "paires imbriquées" et, une fois encore, c'est facile à voir quand vous causez avec quelqu'un. L'exemple typique est la paire "question-réponse" où la réponse demande en général une confirmation, mode "j'ai bien répondu ?" Discuter est une activité, on veut savoir comment cette activité se passe.
Maintenant, la question en or : est-ce qu'on peut appliquer tout ça à nos textes ? (Et surtout, à quoi ça nous sert ?)
La réponse est oui.
Et pas seulement pour les moments où nos personnages conversent, pour expliquer comment rendre leurs répliques plus cinglantes. Mais oui, on peut commencer par là.
Déjà, ça nous explique pourquoi on va se passer de tous les "bonjour-salu-sava" vu qu'on n'a pas besoin de négocier l'ouverture du dialogue. On ne conserve que les paires qui nous intéressent, et comme le début est une réaction, ça nous permet de faire "exister" ce qu'on a coupé. Type "Rarity salua Twilight et après avoir causé un peu : 'mais au fait, tu n'as pas vu blablabla...' dit la diva." Ce "mais au fait" indique un changement de sujet, on a l'illusion qu'elles ont pu se dire des tas de choses sans importance avant.
Ensuite, ça nous dit comment les faire réagir. Alors oui je sais, ça dépend énormément du personnage (et de nos propres compétences sociales), mais la tension d'un dialogue, son intérêt, ne se trouve pas seulement dans l'information transmise, type "Twilight, qu'est-ce qui se passe ?! - C'est horrible, Dash ! Spike est mort !" L'intérêt du dialogue se trouve aussi dans la manière dont les personnages coopèrent, négocient ou même se battent pour diriger la conversation. "Parlons du contrat. - Parlons de ma récompense." En deux répliques on a créé le conflit, et dit en gros : "bouffe-le ton contrat je ferai plus rien pour ta tronche avant d'avoir vu mon argent !" Si le premier ne veut/peut pas payer, il va tenter de parler du contrat (et de l'argent futur). Si le second en a marre de se faire avoir/ n'a plus confiance, il va revenir sans cesse à l'argent. Ils n'ont jamais besoin de le dire explicitement : chacun va parler de ce qui l'intéresse, et créer ces fameux "dialogues de sourds" jusqu'à ce que l'un d'eux cède et s'aligne sur l'autre.
Mais ce qui doit nous intéresser ici et maintenant, c'est qu'on peut appliquer les paires adjacentes à la narration.
 
3. Narration
Quand l'auteur écrit son texte, il monologue. Et le narrateur, en narrant l'histoire, fait exactement de même. Personne ne risque de les interrompre, ils peuvent continuer aussi longtemps qu'ils veulent. Par contre, ils doivent retenir l'attention du lecteur et pour cela, ils ont besoin que le lecteur coopère. Yup, il y a interaction.
"Carrot Top revenait des champs, la bêche à l'épaule, à trois pattes par le sentier qui serpentait la colline. L'air chaud d'été cuisait doucement les blés alentours. Entre les bosquets d'arbres, oasis d'ombres sous leurs feuillages, elle pouvait s'arrêter un instant et retirer la sueur qui lui coulait du front.
En bas du chemin, seul dans les champs, il y avait Big Macintosh."
Comment argumenter qu'ici il y a interaction ? Où sont les paires ? On peut, pour se simplifier la vie, décréter qu'à la place des répliques d'un dialogue, ici on a les phrases du texte. Première phrase ? Carrot Top revient des champs. Seconde phrase ? Il fait chaud. Troisième phrase ? Euh... arbres oasis sueur je sais pas moi. Quatrième phrase, y a Big Mac. C'est de la paraphrase et on n'a pas de quoi faire des paires, encore moins les imbriquer.
Mais rappelez-vous l'équation "texte + contexte = sens". Ici, on a seulement le discours du narrateur. Et si on rajoutait le discours d'un lecteur fictif ?
"Carrot Top revenait des champs (elle foutait quoi là-bas ?), la bêche à l'épaule, (ah d'accord), à trois pattes (wat) par le sentier qui serpentait (ranafiche) la colline. L'air chaud d'été (tu t'fous d'moi) cuisait doucement les blés alentours (c'est quoi ce ton mièvre ?). Entre les bosquets d'arbres, oasis d'ombres (t'es sérieux ?) sous leurs feuillages, elle pouvait s'arrêter un instant et retirer la sueur (il est sérieux) qui lui coulait du front.
En bas du chemin, seul dans les champs, il y avait Big Macintosh (okay romance)."
Bien sûr que le lecteur réagit au texte, il le lit, ce serait inquiétant qu'il n'en pense rien. Se mettre à la place du lecteur permet d'essayer de deviner ce qu'il va "dire", et donc d'y répondre par avance. Tout le texte est la simulation d'un dialogue avec un lecteur fictif posant ses questions de phrase en phrase et forçant le narrateur à développer tel ou tel point. Si je dis juste :
"Carrot Top revenait des champs par le sentier qui serpentait la colline. L'air chaud d'été..."
On peut se demandait ce qu'on fichait aux champs. Avec AJ c'est facile, c'est une fermière, mais même si certains peuvent se dire que Carrot Top cultive les carottes, ce n'est pas évident pour tout le monde. Donc on rajoute la bêche, et là c'est clair. Pourquoi à trois pattes ? Parce que ça m'amusait, mais aussi pour recentrer la conversation : ce qui nous intéresse, c'est Carrot Top, pas ce qu'elle fait. Quand on reprend le texte et qu'on parle du décor, ce qu'on garde de Carrot Top ce n'est pas sa bêche, c'est la jument.
De même, quand on finit par "la colline", une question légitime est : elle ressemble à quoi, cette colline ? Si on ne dit rien, une fois encore, le lecteur va remplir les trous pour nous, et ce n'est pas (toujours) un mal, mais le texte peut lui répondre en développant la description et, une fois encore, c'est l'occasion de recentrer la discussion : tout il va bien il est beau les petits oiseaux le facteur ta femme le canapé. Et si on pense que le lecteur n'aime pas les bucoliques ?
"L'air chaud d'été cuisait doucement les blés alentours. Il y avait de la routine dans ces paysages, mais la jument aimait à s'y perdre après le travail. Entre les bosquets d'arbres..."
Non, la jument en a ranafiche, la jument n'existe pas. Ce que cette phrase en plus dit en vérité c'est "toi, lecteur, tu peux trouver ça barbant, mais tu vas me faire le plaisir de t'y intéresser j'ai passé des nuits blanches sur ce texte bordel fais un effort !" Pas besoin d'interpeller, on a été subtil et au final le résultat est le même. Le lecteur va s'intéresser au paysage ne serait-ce que pour savoir ce que la jument pense ou ressent et tout le monde est content. Mais ça, le texte a dû le dire. Le texte a dû le négocier. Le narrateur, en pleine narration, a dû faire "okay maintenant on parle de ça" et obtenir l'assentiment du lecteur.
Et si on essayait un texte qui ne coopère pas ? Bon c'est impossible mais qui n'essaie pas de négocier son contenu ?
"Twilight gagna la chambre. Dehors, les calèches passaient à grand bruit, leurs larges roues cahotant sur la grand rue du village. On vendait les légumes par brassées entières aux étals où la monnaie allait de patte en patte sous le couvert des appels des marchands et des badinages. Dans le meuble, une lettre."
Qu'est.lfkasvdlhslk qui s'est passé ?! On arrive dans la chambre, okay, y a quoi dedans ? Dehors, les calèches... okay je suppose que c'est le bruit par la fenêtre... okay roues cahot si tu veux on peut revenir à la cham- j'en ai ranacirer de tes légumes ! Pourquoi qu'on me parle de monnaie, de marchands et de badinage non d'un chien on parlait de Twilight ! Et là soudain, un meuble. Okay. Donc tout ce bordel sur le dehors, le marché de village, ça a servi à quoi ? Texte ? Non ?
Ce n'est pas mal écrit, c'est juste que le texte n'en fait qu'à sa tête et ne coopère pas. Et forcément quand quelqu'un n'écoute pas, en général on n'a pas envie de l'écouter non plus.
 
4. Le plan
Le lecteur n'est donc pas passif. Il faut constamment, partout dans le texte, négocier avec lui du sujet de discussion. Le convaincre de nous laisser encore deux phrases pour décrire telle robe. Accepter de répondre à telle question même si qu'on voulait garder le mystère. Changer de sujet quand il se rend compte que bordel Canterlot et Manehattan c'est minimum plusieurs heures de trajet c'est quoi cette fumiste- ooooh une pouliche comme c'est meugnon !
Ça se passe en narration, de phrase en phrase et même à l'intérieur des phrases, et cela se passe au niveau du plan.
Fondamentalement, une histoire se résume par "problème - solution". Les poneys sont en danger ! Mais après vingt chapitres, la solution c'était l'amour, un Trixshy et au lit. Et s'il n'y a pas de solution, on met le tag sombre et marre. Poser un problème est inévitable, sans ça il n'y a pas de tension, donc pas d'intérêt, pas de texte - il faut un but, un enjeu et bien sûr, un conflit. Offrir une solution est nécessaire, même si cette solution se résume à "y en a pas", pour pouvoir écrire "the end" à la fin. Donc fondamentalement, notre texte est une paire.
On peut ensuite détailler cette paire, et c'est là vraiment que commence la conversation. On ne va pas chercher à savoir "quelles questions le lecteur va se poser", ça on ne le saura jamais. Non, on va chercher à savoir "quelles questions on veut que le lecteur se pose". Bêtement, disons qu'on débute l'histoire avec un personnage amnésique récupéré par le mane6 arrêtez de rire bande de saligauds. Est-ce qu'on a prévu que ce personnage recouvre la mémoire ? Si oui, est-ce qu'on a envie que le lecteur s'intéresse à cette mémoire ? Est-ce qu'on veut que le lecteur passe son temps à se demander "qu'est-ce qu'il savait ?"
Si on le veut, alors le plan va le refléter. On va passer plus de temps sur les événements qui impliquent cette mémoire. On va s'assurer qu'elle revienne à intervalles réguliers. Sinon ? On va réserver la question de la mémoire à des parenthèses assez courtes ici et là.
Le but n'est pas juste de dire la place que ça occupe dans l'histoire. Le but est de dire au lecteur la place que ça doit occuper pour lui.
"Une fois revenu de la fête, après avoir dit bonne nuit à Twilight, après avoir refermé la porte et gagné son lit, l'alicorne passa un moment dans la pénombre à regarder la photographie de toutes ces juments, ses nouvelles amies, qui le cajolaient. Il observa un moment ce mensonge, puis secoua la tête et acheva de s'endormir."
Un mot. Toutes ses préoccupations, tout ce qu'il peut jamais ressentir, en rapport à son amnésie, réduit à un mot. Puis il secoue la tête, limite lui aussi il s'en tape, et direction dodo. En gros là le texte a fait "je sais que t'as pas envie d'en entendre parler donc je glisse juste ça rapidement et on passe à autre chose okay ? On est cool ? On est cool". Le texte dit au lecteur qu'il n'y a pas de problème s'il ne veut pas s'en préoccuper. Ce n'est pas grave, il peut faire sans. Mais, juste... ça existe.
"À peine revenu de la fête, sans même dire bonne nuit à Twilight, l'alicorne s'enferma dans sa chambre pour réfléchir. C'était effrayant. C'était grisant. La pénombre lui rappelait combien la compagnie était douce. Il songeait, dix fois, cent fois, à frapper à la porte de Twilight, demander, comme un poulain, à passer la nuit avec elle. Puis en riait. Puis enrageait. Chaque instant de plus où ces souvenirs nouveaux effaçaient un peu plus de lui-même."
Ah ouais parce que je vous ai pas dit, c'est une romance. Ouais. Sauf que là la romance - mal foutue - passe largement au second plan, et l'alicorne veut juste du réconfort face, une fois encore, à son amnésie. Ce qui d'ailleurs est complètement wtf en soi mais passons. Le texte te met son intrigue dans la gueule et si tu veux pas écouter tant pis pour toi parce que là c'est clair c'est le sujet et rien d'autre. Merci de ne plus se préoccuper que de ça.
"Une fois revenu de la fête, l'alicorne s'attarda encore un peu avec Twilight, à lui dire bonne nuit, à paraître gêné, à s'excuser puis une fois éclipsé dans sa chambre, à se traiter d'imbécile. Son coeur battait. Il s'en voulait d'oublier son ancienne vie. Il suppliait d'en commencer une nouvelle. Et torturé entre ces deux idées il ne pouvait plus dormir."
Roooomaaaaance ! Le texte veut mettre ici sur un pied d'égalité amour et amnésie, on est censé s'intéresser aux deux, se soucier des deux tout comme le personnage s'en soucie (l'identification, c'est magique). Si, comme moi, la romance nous gonfle, on peut s'occuper de l'amnésie : l'amour devient un enjeu secondaire. Si, comme la vaste majorité du monde et de l'univers, on veut voir des petits coeurs flotter au-dessus de leurs crinières, on peut s'occuper de l'amour : l'amnésie devient un enjeu secondaire.
Le texte ne le dit jamais directement, mais au travers de la narration il négocie avec nous ce dont on va parler, constamment, même et y compris quand l'auteur ne s'en rend pas compte.

 
4. Stratégies
Les paires adjacentes nous disent donc que chaque fois qu'on écrit quelque chose, le lecteur y réagit, et ce qu'on écrit ensuite est censé réagir à ce que le lecteur aura "dit". Comme on ne sait pas comment il réagira vraiment, tout ce qu'on peut faire est de lui indiquer comment on aimerait qu'il réagisse. Une sorte de didacticiel, tout au long du texte, pour lui permettre de profiter de l'expérience.
Essentiellement, vu que le texte est déjà fini (à nuancer, et c'est un sujet intéressant, avec les commentaires à chaque chapitre d'une fic'), la négociation se résume à "pense ça - maintenant pense ça - maintenant pense ça - maintenant pense ça..." et forcément si on dit aux gens quoi faire, et que les gens ont pas envie, en général ils vont claquer la porte.
Alors oui, on peut décréter que "de toute manière Vuld il est débile il aime pas la romance il est chelou quand même" et on abandonne les réfractaires en chemin.
Et j'approuve.
Mais on peut aussi décider que mince, ce serait bête de s'arrêter à des préjugés. Après tout le mec chelou a quand même ouvert le livre - ou la page web - c'est donc qu'il a un minimum de curiosité. C'est donc là qu'il va falloir négocier un peu comme avec un pote à qui vous devez deux cents euros. Avec beaucoup, beaucoup de stratégie.
En interactionnisme symbolique, des stratégies il n'y en a que deux :
- L'atténuation- L'évitement
L'atténuation, c'est l'euphémisme, c'est tenter de réduire la gravité du sujet. C'est juste deux cents euros, ça peut attendre, qu'est-ce que c'est comparé à une chouette amitié toussa ? On brosse les gens dans le bon sens du poil, on est poli, etc. L'évitement, c'est le changement de sujet. Si on n'a pas parlé de l'argent alors il n'y a aucune raison de se disputer. "Mon pote a perdu la tête, il s'est disputé avec moi parce que je suis allé au cinéma." Là c'est pas le moment, on est occupé, on va être en retard, on parlera des deux cents francs plus tard, bien au calme. Plus tard.
Ces mécanismes sont aussi bien présents dans nos dialogues. Direct :
"Twilight, qu'est-ce qui se passe ?""Spike est mort ! C'est clair, là ?! MORT !"
Atténué :
"Twilight, qu'est-ce qui se passe ?""C'est Spike ! Il avait les yeux fermés, alors j'ai cru qu'il dormait, mais il ne dormait pas !"
Évité :
"Twilight, qu'est-ce qui se passe ?""Laisse-moi ! Laissez-moi toutes ! Je veux qu'on me laisse seule !"
Dans le premier cas Twilight est en colère (ou alors le texte est comique) et c'est son sabot dans ta face. Dans le second cas Twilight n'a pas encore accepté ce qui s'est passé, elle le refuse - elle veut croire que ça peut encore changer. Dans le troisième cas Twilight l'a accepté et se sent seule, et ouais elle a besoin de le faire savoir. C'est toujours son sabot dans ta face mais cette fois c'est pas contre toi, c'est contre elle.
Et ce qui vaut pour le dialogue vaut pour la narration :
"Spike était mort. Les autres parlaient encore, mais il n'y avait plus rien à faire. Alors Twilight se remit à chercher parmi ses ouvrages, vaillamment, se mit à les empiler puis, plus doucement, puis presque plus, puis elle se rendit compte que les autres ne parlaient plus, puis elle se rendit compte qu'elle pleurait. Elle demanda, d'une petite voix : 'C'est vrai ?' Et elle leur suppliait de répondre."
On commence par être direct, eh, c'est des trucs qui arrivent, passe à autre chose, Twilight le fait bien. Retour à l'intrigue en cours, genre sauver le monde, tout ça. Mais ensuite on commence à négocier. On montre l'impact que ça a eu sur le monde (et sur Twilight) et on fait au lecteur "tu es sûr de ne pas vouloir y passer un moment ?" On a atténué. Et de fait, durant tout ce temps, on est aussi en train d'éviter une question : "comment ?" Ou pourquoi. Quand où qui tout ça quoi. Twilight ne voudra jamais savoir. Les autres n'oseront pas lui dire. L'histoire n'a pas envie d'y répondre.
L'important n'est pas ce que le lecteur aurait voulu penser. Une fois encore, on ne le contrôle pas. L'important est qu'ici on lui dit quoi penser : "pense comme Twilight, essaie d'oublier la mort" puis "pense comme Twilight, sois affecté par la mort" puis "pense comme Twilight, cède".
On dit au lecteur ce qu'on attend de lui. Et le lecteur, lui, passe son temps à n'en faire qu'à sa tête.
 
5. tl;dr
Tout ça, pour être honnête, est très nouveau pour moi.
L'idée que le lecteur soit actif est contre-intuitive. Mais fondamentalement nos textes fonctionnent effectivement, de phrase en phrase, en termes de paires action-réaction où le lecteur réagit à ce qu'on dit, et où ce qu'on dit réagit au lecteur, de sorte à enchaîner la "conversation".
L'idée est que si on se contente de céder constamment au lecteur, en lui donnant uniquement ce qu'on veut, on joue le rôle d'un bête distributeur à bonbons. Le lecteur - ou du moins le vieux grognard - veut être actif et veut avoir l'impression de converser avec le narrateur, de ne pas "subir" un monologue. Le but est donc, quand on planifie le texte, et jusque dans les paragraphes, de toujours voir dans le texte l'histoire et la négociation sur l'histoire.
En somme, tout au long du texte, on discute avec le lecteur de ce dont l'histoire parle.
Cela aussi doit être mis en scène. La conversation entre le narrateur et le lecteur, avec tout ce que le narrateur essaie de dire et de cacher, et tout ce qu'il espère que le lecteur acceptera de faire ou refusera de suivre pour l'impliquer dans l'histoire. Un peu l'exact contraire de ce que je fais dans ces articles, en fait.
Ou alors je ne sais pas, peut-être que cet aspect est depuis longtemps coutumier, fanficers,à vos plumes !

Yoann95 6 396

Confessions

 
Je tiens à m'expliquer pourquoi les chapitres 4 et 5 de Five Nights at Ponies' ont eu du mal à être publiés. A la base, ces chapitres devaient sortir le soir même d'Halloween. Il y a eu juste un gros problème : le chapitre 4. Pour faire simple, ce chapitre a comporté beaucoup trop de référence à Fnaf et pas assez sur MLP, d'où les 4 refus de ce chapitre venant d'un modérateur dont je ne citerai pas son nom. En fait, je tenais surtout à le remercier. Il m'a fait réaliser une chose : dans ma tête, j'avais entrepris un chemin prédestiné pour cette fanfic, passant à côté de nombreux choses que ma mémoire les a effacés. Merci encore à ce modérateur de m'avoir indiqué les problèmes de ce chapitre. Je suis encore désolé de cette longue attente, mais bon on fait avec ! Un grand merci à lui de m'avoir expliqué mes erreurs ! Sans lui, ma fanfic n'aurait pas pris cette direction. Merci à mon correcteur officiel de corriger mes écrits après les avoir finis, et un grand merci à vous tous de les lire, de me laisser vos commentaires vraiment positifs et de continuer à me soutenir dans cette incroyable aventure qu'est Five Nights at Ponies'. Vous êtes, et vous resterez, les meilleurs. Maintenant, une annonce officielle : l'écriture du chapitre 6 est en cours et les chapitres 6 et 7 vont être les plus gros projets que je vais réaliser. Ces chapitres changeront la destinée de tous vos personnages, allant des principaux personnages jusqu'à votre propre OC. Accrochez vous, vous aurez un rôle pour le chapitre 7. Reste plus qu'à savoir qui veut en faire partie. Attendez vous a avoir (j'espère) 20 000 mots pour le chapitre 7 qui sera le point central de ma fanfic.
 
     Très prochainement, l'arrivée d'une troisième fanfiction mais chut, ça reste un petit secret. Un indice pour vous : qu'est-ce que la vie ?

Vuld 4 432

La fanfiction.

Hi'.
J'ai envie de réfléchir à la manière dont la fanfiction est perçue. Y compris par nous.
À la mi-octobre, je me suis remis à écrire. Je suivais alors, chaque nuit vers une heure du matin, un artiste américain dans sa lutte éternelle pour animer des dessins moches, et en bon fanboy j'avais envie de montrer que j'appréciais son travail. J'ai alors, après une plaisanterie sur son chat, décidé d'écrire une fanfiction sur son univers, et après l'avoir finie je lui ai passé le lien.
Et ce mec l'a lue. Devant tout le monde. (Et il l'a aimée.)
Ouais j'étais content.
Mais surtout, à ce moment-là je me suis rappelé pourquoi j'écrivais de la fanfiction. Un bête détail : ses personnages n'ont que des prénoms, mais pour cette fanfic', même si objectivement ça ne rajoutait absolument rien, j'avais voulu leur donner des noms de famille. Et pas juste piochés au hasard, non, j'avais passé une bonne heu- ah ah ah non vingt minutes sur chaque juste pour avoir le plaisir de dire "voilà. Là. Dans mon fanon, ça c'est leur nom de famille."
J'avais envie de rajouter ma pierre à l'édifice. L'impression, fausse certes, de contribuer à une oeuvre que j'appréciais énormément.
 
On a chacun nos raisons d'écrire des fanfics', et ces raisons peuvent même changer de texte en texte, voire de chapitre en chapitre pour ceux pas foutus de tenir leur saga en laisse, et chercher à dire ce qui fait une "bonne" fanfiction serait vain.
Mais, inversement, on connaît tous le sens péjoratif du terme "fanfiction". Et j'ai deux exemples en tête, dans des médias complètement différents, où ce terme s'applique parfaitement.
 
1. Crystal Empire
Rien ne crache "fanfiction" mieux que cette ouverture de la saison 3. Je n'ai aucune idée de ce qui s'est passé réellement mais voilà l'impression.
Lauren Faust se casse en laissant cette petite perle qu'est le wedding (les nouveaux dans le troupeau doivent avoir du mal à comprendre pourquoi certains bavent autant sur cet épisode) et c'est à la nouvelle direction de reprendre les choses en main. On leur donne les clés d'une voiture déjà lancée à pleine vitesse et il leur faut faire leur galop d'essai. Donc les mecs font "okay, qu'est-ce qui fait le succès d'MLP", ils regardent la surface, ils reprennent les éléments à succès et ils te font le Crystal Empire.
Et c'est exactement, exactement ce qui se passe avec une fanfiction.
Le fanficer regarde la série, adore, veut écrire dessus et du coup il se dit "pourquoi j'adore ?" Qu'est-ce qui a fait le succès de la série pour lui, qu'est-ce qu'il va mettre en avant ? S'il adore les personnages, genre un en particulier, alors il mettre en avant ce personnage, et même les traits chez ce personnage qu'il apprécie le plus. Et il va faire un Crystal Empire.
Je ne sais pas combien de fois je l'ai dit, je m'en rappelle comme si c'était il y a oh bien plus de deux ans, lorsque j'ai vu Luna ce jour-là dans cet épisode ma réaction a été "wow, salut Fanfic-Luna".
Pourquoi ? Parce qu'elle était froide, distante, qu'elle balançait des phrases pleines de mystère et ensuite basta, merci d'être passée. Pourquoi elle est froide ? Parce que c'est Luna ! Et tant pis pour la Nightmare Night où on l'a vue toute aussi prête à troller que sa soeur. Et oui, il y en aura pour m'expliquer que "mais non elle est froide parce que passé drama toussa" mais au risque de me répéter, Nightmare Night bon sang. Quand les gens l'ont vue foudroyer Twilight du regard on s'est tous demandé pourquoi qu'elle voulait assassiner l'élève.
Et ce n'est qu'un exemple parmi la foule qu'en comporte cet épisode.
Une mauvaise fanfiction est superficielle. Oublions deux secondes les fanfics qui ne sont qu'une excuse, une histoire avec collé dessus plus ou moins grossièrement l'univers d'Equestria. Je parle d'une fanfiction où l'auteur a honnêtement voulu faire la meilleure histoire possible. Il a pris ce qu'il pensait être le meilleur, il a utilisé ce meilleur et les gens comme moi se sont plaints. Le coup de l'examen est débile, le truc de la foire est foiré, on va pas refaire la liste de tous les griefs. Ce n'est pas que l'auteur n'y a pas mis du coeur et des tas d'efforts.
C'est qu'il est resté à la surface.
Après le miracle du mariage, la série voulait lancer sa saison trois avec classe, en grandes pompes, nous en mettre plein la vue. On va ressusciter un foutu EMPIRE, on va ramener un méchant BADASS aux limites de ce que le 6+ permet, non mais tu le sens le potentiel ?
Alors même que je critiquais cet épisode, je réfléchissais à ce que moi j'aurais fait, et déjà à l'époque je me rendais compte que si je ne ramenais pas le bouclier en début d'épisode deux, euh, ça allait être "compliqué". Ne pas faire tomber le bouclier ? Garder Sombra loin de la cité ? Le défi pour obtenir la même tension sans ensuite tout casser est un casse-tête insoluble. Idem pour le "tu dois le faire seule". Comment rendre cela viable ?
Autrement dit, quand un auteur découvre que sa fanfic' a foiré de façon monumentale, comment il corrige ? Parce que, très souvent, cet auteur n'est pas prêt à abandonner ses idées même si objectivement lesdites idées plombent son texte.
 
En tant que relecteur -- que je ne suis plus, pour rappel -- on est constamment confronté à cette question.
Et parce que dire à quelqu'un "ton idée est nulle" est en général contre-productif, ce qu'un relecteur fait est de dire "eh, essayons de tourner ton idée comme ça". Et on la tourne "comme ça" jusqu'à ce que l'auteur, à force de dire non, en vienne à admettre que peut-être il lui faut abandonner son idée de départ.
D'où l'importance du concept. Dans le Crystal Empire, mettons que ce soit la peur, ou le désespoir. Mettons qu'on veuille corriger le coup de l'examen.
Ma première proposition serait, comme d'habitude, d'inverser la logique : Twilight refuse de faire les choses seules, et ce faisant s'appuie trop sur ses amies. Quand c'est son tour de sauver la situation, que les autres ne sont plus là, elle se sent perdue. Désespoir. Mais outre de devoir réviser l'ensemble du plan de l'épisode, c'est aussi répéter ce qui s'était passé avec Discord. Intérêt plus ou moins zéro.
Ma seconde proposition serait que Twilight ait mal compris Celestia. Cette dernière lui aura dit "tu es la seule à pouvoir le faire" au sens de "je compte sur toi", et sur ce malentendu Twilight va tout foutre en l'air. Cela peut donner une réplique solide quand, à son tour, elle dit à Spike "tu es le seul à pouvoir le faire" et cela impliquerait aussi qu'il y ait un second malentendu en cours de route qui l'empêche d'avancer. J'utiliserais probablement le groboukin de la bibliothèque pour qu'elle fouille le château, mais elle interprète mal le vieux texte et paf, porte kifépeur.
Cela ne résout pas le problème de la foire ou du bouclier ou de Sombra ou... la liste est longue, mais le spectateur sait désormais qu'elle se trompe et que ça va être cause de problèmes. Il ne reste qu'à mettre ces problèmes en scène et on a résolu la moitié des défauts de l'épisode. Woohoo.
Et ce n'est pas la seule option. Une troisième proposition serait d'explorer le passé de Sombra, de découvrir qu'il était solitaire lui aussi, que pour x raison ça lui a permis d'être super puissant et je sais pas pourquoi comment mais en agissant seule aussi, Twilight peut s'opposer à lui. Un peu comme le plan foireux du "tiens cache nos pouvoirs en toi rien ne peut aller de travers". Celestia avait une raison de dire ça : c'est peut-être même le moyen dont elle a usé pour vaincre le greuh, le seul qu'elle connaît. Mais Twilight, à la fin, soit échoue soit réalise que ce faisant elle sacrifie une trop grande part d'elle, et du coup elle agit, vraiment, en "princesse de l'amitié". Et à la fin c'est elle qui, indirectement, donne une leçon à Celestia. Justifiant que celle-ci, plus tard, pose le genou devant elle.
Et pas de "c'est une série pour enfants". Tout cela peut être fait sans que le public ait eu à faire bac +42. Pour la fille de six ans ça reste "Sombra kifépeur" bouh poneys en danger yay on a gagné. Mais les scénaristes n'ont plus six ans, et s'ils peuvent suggérer des parents au travers d'une comète alors faire les trucs ci-dessus est à leur portée.
Toutes ces propositions tournent autour d'un même pilier : le désespoir. On prend l'idée, on cherche le moyen d'exprimer une forme de désespoir au travers.
Pour pouvoir le faire, on ne peut pas rester superficiel. On ne peut pas se contenter de dire que Luna est froide parce que passé torturé snif snif et compagnie. Non. Elle est froide parce que Celestia préfère Twilight à elle. Elle est froide parce qu'elle croyait que Twilight aimait ses nuits. Elle est froide parce que Celestia a refusé qu'elle y aille elle. Il y a tellement de raisons à mettre en scène qu'on peut excuser un débutant, mais pas un scénariste professionnel.
Une réplique, un soupir, un simple détail aurait suffi à donner toute sa profondeur à cette scène, et sa qualité à la fanfiction.
 
2. Sonic Lost World
Jeu vidéo cette fois. Sonic est une franchise maudite et peut-être la seule dans laquelle les fans eux-mêmes crachent plus sur Sonic que quiconque. Après le... truc... en 2006 et un retour quand même pas si mal avec Unleashed, peaufiné avec Colors et le truc assez cool qu'est Generations, désespérant de satisfaire ses fans, le studio a dû se dire "okay punaise y en a marre, tu sais kwa ?! On va prendre une de LEURS histoires et on va faire un de LEURS jeux."
Dixit Lost World.
Non sérieux, si vous avez lu des fanfictions de Sonic, le scénario de Lost World est juste ça. Mais ça. À la lettre. Un exemple parmi d'autres ? À un moment, de nulle part, un truc menace un héros. Là le grand méchant qui pour raison x s'est allié aux héros (tu le sens le truc déjà ?) sauve le héros et les personnages lui demandent "pourquoi t'as fait ça ?" Et il ne donne pas de réponse.
C'est bien de la mer- je veux dire... non non c'est ça c'est fait à la truelle. Quand tu écris ce genre de choses tu te dis que tu es subtil, que tu es en train d'approfondir le personnage... mais non. Non. Tu as juste fait qu'il sauve un héros pour pas de raison et on n'en reparlera plus jamais. Et encore une fois, dans un texte de fanficer sans prétention c'est pas grave, mais là on parle de scénaristes pro' dans une licence à millions !
Je pourrais citer tellement de passages de ce jeu qui sont "fanfic"... Regardez un let's play de ce truc, remplacez juste les méchants secondaires par des OC's genre les quatre saisons ou Ultimessa la marâtre de Celestia et Luna revenue avec toute la petite famille foutre le bronx. Même niveau. Ah oui et vers la fin de la fic' Twilight regarde une orbe où Pinkie en train de tousser lui dit que tout est perdu avant que la magie se brise et que l'héroïne soit seule ? Check. Ouais ouais c'est dans Sonic Lost World.
Sérieusement.
À ce stade on ne me fera pas croire que c'est un accident. Non non. Les scénaristes savaient parfaitement ce qu'ils faisaient. Ils ont littéralement copié le style des fanfictions sur Sonic, à croire qu'ils suivaient un cahier des charges écrit par les fans eux-mêmes (on me dira qu'il n'y avait ni Fang ni Hill Top donc mon argument est invalide mais bref) et cela vaut aussi pour les mécaniques du jeu. De l'innovation partout. Des parcours multiples partout. Des nouvelles capacités partout. Ah ouais et la plainte qu'y avait trop de personnages ? Ça a été le nettoyage au karcher.
En fait je suis tellement persuadé de cette théorie que le jeu suivant, développé par un autre studio, a vraiment dit, noir sur blanc dans une entrevue, "buck you" à la communauté de Sonic. Marre de vouloir leur plaire, on fera le truc comme on l'entend.
 
Le fanficer est confronté à la même chose.
Déjà, il veut faire comme les fics "qui marchent". Parce qu'il a besoin de repères, de modèles. Et c'est pour ça que je râle autant sur certains modèles : parce que je SAIS que le débutant, en les suivant, va droit dans le mur et se fera descendre en flèche, y compris par ceux-là mêmes qui ont écrit lesdits modèles.
Mais le fanficer, même endurci, a aussi envie de faire plaisir à son public. Et du coup il va souvent faire "okay tu veux quoi ?" Et on va leur faire une liste de ce qu'on veut. Et il va le faire. Diligemment. Avec les meilleures intentions du monde. Et quand il a fini, on est comme devant les robes de Rarity en saison un : "mais qu'est-ce qulkasdkvh".
Alors oui, on peut dire "fais comme tu l'entends" mais alors le fanficer risque de faire n'importe quoi, et on va toujours grogner.
Non, à mon sens c'est juste que quand les gens disent ce qu'ils veulent, une fois encore, il restent superficiels. Fondamentalement, ce que veulent les fans de Sonic, c'est que "Sonic court vite". Autrement dit, des contrôles impeccables et des circuits qui mettent ces contrôles à l'épreuve. C'est tout. On s'en fiche qu'Eggman sauve Tails, que Knuckles ait des muscles ou que le Tornado appartienne à un vieux pépé barbu. Sonic kikourvit. Point.
Le fanficer doit approcher son texte de la même manière.
Et une fois encore, tout repose sur le concept. Ou ce que moi j'appelle le "core".
Une mauvaise fanfiction n'a pas de concept. Une fois encore, je ne parle pas des histoires qui prennent comme excuse les poneys. C'est autre chose. Non non, je parle du gars qui a envie d'écrire sur ses poneys préférés et qui commence "Pinkie Pie détestait qu'on se moque de son Pinkie sens. Elle..." okay stop. Donc dans ce texte Pinkie est colérique. Parce que... dans ce texte les poneys se moquent d'elle. Pourquoi ? Depuis quand ? On est avant la S1 ? Non parce qu'Applejack la prend au sérieux, et euh un peu toutes les autres aussi... mais enfin je suis prêt à l'accepter mais tu cherches à faire quoi là ? C'est quoi l'histoire ?
L'histoire c'est que le fanficer adore le personnage de Pinkie, ou de Pinkamena, et a voulu écrire une histoire "sombre/triste/violence(/romance/etc)" sur elle, ou quelque chose du genre. Et non, "une histoire où on se moque de Pinkie Pie" n'est pas un concept. C'est superficiel.
Maintenant creusons. Pinkamena, c'est quoi ? C'est Pinkie Pie dont la vie entière s'effondre. Tout ce qu'elle a fait, tout ce en quoi elle croit, balayé d'un coup de balai. Ouais c'est autre chose que "je suis grognonne". Le Pinkie Sense, à l'origine, c'est quoi ? Une métaphore de la religion, ou à minima des croyances, ou des phénomènes inexplicables. Un relecteur dirait : "additionne les deux". Ma proposition serait : Le Pinkie Sense ne fonctionne plus.
Pourquoi ? Parce que "remise en question". Ça, c'est un concept. Je veux Pinkamena ? Je fais s'effondrer son monde. Ou une toute petite partie de son monde : son Pinkie Sense. Celui-ci ne fonctionne plus, elle a toujours ses tics mais les prédictions ne se réalisent pas. Elle se raccroche à ses idées et avec le temps, on se moque d'elle, au moins gentiment. Mais elle a besoin d'y croire, parce que c'est une partie d'elle.
Avec cette simple idée, je peux avoir mon "Pinkie pas contente", j'ai exactement la même chose qu'avant mais en sus, grâce à mon concept, je peux explorer en profondeur les motivations du personnage. Ses émotions, ses aspirations, tout. J'ai le conflit, avec le monde entier qui lui dit de changer et elle qui refuse.
Mais ce concept ne plaît pas au fanficer. Lui, ce qui l'intéresse, c'est le rejet. J'aurais dit la "cruauté" mais restons-en au rejet. Il veut que Pinkie soit rejetée, donc moquée, et dans le cahier des charges ça doit être lié à son Pinkie sens. Okay. Nouvelle proposition : ce n'est pas lié au Pinkie sens. Rangez ces torches et laissez-moi m'expliquer. Elle a été rejetée du mane6 pour pas d'raison, genre elle a fait un truc impardonnable ou peu importe, et du coup elle se sent moins que rien. Les poneys la rejettent et trouvent, comme toute bonne brute, le plus expédient pour ça : son Pinkie sens. Ce qui était jusqu'alors respecté, voire admiré, devient une cible de choix. Et Pinkie se persuade alors qu'elle n'a pas été rejetée pour la raison x d'avant mais à cause de son Pinkie sens. Voire, ce peut être le Pinkie sens qui a tout fait foirer au départ, et qui l'a exclue du mane6, genre elle a fait bugger la carte ou je sais pas.
Dans les faits, les poneys ont désormais une raison de se moquer d'elle. Une raison de la rejeter, même s'ils ont déjà oublié pourquoi. Et elle a une raison de se braquer, de ne pas juste "passer à autre chose" ou se faire des amies de cette foule hostile. Au fond, c'est elle-même qui se rejette. L'obstacle, c'est elle-même. Et là encore, en une phrase on peut avoir tout exprimé :
"Le matin, Pinkie Pie allait devant son miroir ordonner à ses oreilles de ne pas tiquer, à sa queue de ne pas trembloter, puis satisfaite elle sortait et, une fois dehors, elle rasait les murs."
Tout est là.
Pinkie n'a plus besoin de sauver des héros d'un danger tombé du ciel pour approfondir le personnage. Pinkie n'a plus besoin d'appeler au travers d'une orbe en toussant pour pouvoir faire du drama. Il lui suffit d'avoir une raison.
 
3. tl;dr
J'aurais pu donner un troisième cas de "fanfic" au sens péjoratif avec la dernière extension de Starcraft 2 mais restons-en là.
Dire ce qui fait une "bonne" fanfiction est difficile. Chacun son avis et moi-même je ne sais pas. Je me dis que c'est sans doute cette impression que la fanfiction est, vraiment, une pierre supplémentaire à l'édifice des poneys. Une contribution. Mais ça peut vouloir dire tout et son contraire.
Par contre, la "mauvaise" fanfiction, cas à part du texte avec des poneys collés dessus, est tout de suite visible. Elle est superficielle. Elle veut bien faire en reprenant ce qu'elle pense être le meilleur de l'oeuvre, et ce faisant elle passe à côté du concept, de ce qui fait l'intérêt de cette oeuvre au départ. Elle veut faire plaisir aux gens en oubliant de creuser au coeur de ce que ces gens veulent.
Et là je peux citer Unexpected.
Cette fic' a objectivement tous les défauts du monde, mais elle a un concept. Et parce que cette fic' ne perd jamais de vue ce qu'elle veut raconter, peu importe les OOC's, les wtf et la foison d'autres problèmes. Les personnages vivent vraiment à travers des questions qu'ils ne pensaient jamais se poser. Une petite pierre discrète qui rend hommage à la série et à son atmosphère.
Mais je commence à trop en faire, et je n'en laisse pas assez, fanficers,à vos plumes !

Supernova 11 976

Structure & Personnage

Comme vous devez le savoir, le week-end dernier c’était les Bronydays à Nantes. J’y étais, j’en suis ressorti avec beaucoup trop de porte-clés, des courbatures (à cause du yoga), mais ce qui m’a plu par-dessus tout c’était de rencontrer quelques-uns d’entre vous en personne.
Ce que vous savez peut-être aussi, c’est que si j’étais aux BD c’est parce qu’on m’avait invité à y participer dans le cadre d’un panel sur la fanfiction, aux côtés de Plénitude et Toropicana. À la base, cet article était censé être une “version texte” de ce panel, mais j’ai décide de faire un peu autrement.
La raison à ça, c’est qu’en voulant rédiger un article basé sur notre plan, je me suis rendu compte que ce plan donnait quelque chose de vachement chaotique. Pour le panel, ça n’était pas un problème, puisque l’objectif était plus de discuter autour d’un thème que de présenter un petit exposé bien scolaire. Trois auteurs différents parlent trois langues différentes en écriture…
Bref, à la place j’ai décidé de prendre un seul des points qu’on a décidé d’aborder, celui qui me tient le plus à cœur, et de lui dédier l’article en entier. Le thème du panel était “le personnage” ; notre objectif est de décrire ce qui fait – selon nous – qu’un personnage est bon ou mauvais, de donner peut-être quelques idées pour la caractérisation (la création de personnages), ou encore quelques outils d’analyse pour ceux qui voudraient mieux comprendre ce qu’ils lisent. Dans cet article, je vais aborder ce thème sous l’angle de la structure de l’histoire, concept aussi fondamental que peu débattu, et auquel je me suis pas mal intéressé dernièrement.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, je souhaite préciser qu’aucune fic ne sera spoilée dans tout l’article. Cependant, je serai amené à évoquer des points de scénario ; je ferai simplement en sorte de ne rien révéler qui puisse gâcher le plaisir de la première lecture. Je me permettrai d’enfreindre la règle pour My Little Dashie seulement, que j’estime suffisamment connue.
I) Le Schéma dramatique
La veille de la convention, je discutais avec Plénitude, qui m’a dit à un moment quelque chose comme “raconter une histoire, c’est naturel”.
Je n’en suis pas convaincu. Quand j’ai voulu me mettre à écrire des fictions, j’ai au contraire eu l’impression de me lancer dans l’exercice le plus bizarre qui soit. Je ne savais pas comment écrire quelque chose qui “se lit”. Je n’avais aucune idée de la marche à suivre. Résultat, je n’étais jamais content du résultat.
Ma frustration ne s’est pas apaisée de sitôt, car on parle très peu de structure par ici. Tous les auteurs veulent savoir comment faire de jolies phrases, comment décrire, comment écrire des dialogues, comment écrire l’horreur, la romance, la comédie… mais rares sont ceux qui posent les questions fondamentales, comme par exemple, “comment créer une bonne histoire ?”
J’ai au moins deux explications à ça. La première, ce serait que les auteurs ont peur des règles – pour ma part, je les adore. La seconde, ce serait que les auteurs ne soupçonnent même pas l’existence de ces règles, comme c’était mon cas il n’y a pas si longtemps. Il m’a fallu découvrir par hasard le travail de quelques célèbres consultants du scénario pour trouver des réponses aux questions exactes qui m’empêchaient d’avancer.
À ceux qui auraient peur des règles, j’aimerais juste dire qu’il est heureusement toujours possible de les briser. Ça se produit même couramment, sinon raconter des histoires ne serait naturel pour personne… Il est cependant toujours mieux de maîtriser les règles avant de chercher à les briser. C’est ce qui fait la différence entre un auteur chanceux et un auteur de talent.
Ce que j’ai appelé “schéma dramatique” en intitulé est la formule suivante, celle qu’est censée respecter toute forme d’histoire :
“Un personnage part à la poursuite d’un objectif, ce qui génère du conflit dans sa vie.”
Je vous demande de me faire confiance sur ce coup. C’est grosso-modo la formule que n’importe quel théoricien vous sortira, au choix des mots près.
Objectif
L’objectif est l’élément de structure qui guide le personnage dans une direction particulière. Il donne sa raison d’être à l’histoire, sans lui on obtiendrait ce que j’appelle une situation : les personnages évoluent dans un ou plusieurs lieux donnés, il peut se produire des événements, mais tout sentiment de progression est absent. Remarquez qu’il n’est pas interdit d’écrire ce genre de chose ; Les Tréfonds de l’infâmie le fait, mais l’auteur a l’honnêteté d’admettre que son histoire n’en est pas vraiment une.
Beaucoup préfèrent le mot “désir” pour décrire cet élément. Je pense moi aussi qu’il est meilleur, pour une raison très simple : le personnage doit vouloir atteindre son objectif. En d’autres termes, il lui faut une motivation. Un personnage qui met de la mauvaise volonté dans son histoire ne donne pas envie de s’intéresser à lui ; j’ai déjà vu quelques fictions échouer à cause de ça, et c’est notamment pour cette raison que je méfie des histoires qui s’intéressent à des personnages dépressifs… Dans My Little Dashie, le protagoniste décide de s’occuper de Rainbow parce qu’elle lui rappelle les peintures de sa mère défunte (l’auteur a le bon goût de ne pas en rester à “parce que c’est son poney préféré”). La motivation peut n’être absolument pas liée à l’histoire, elle peut même être cachée et faire l’objet d’une révélation. Gardez cependant à l’esprit que cacher des choses sur votre protagoniste met un peu de distance entre lui et vos lecteurs.
Un autre mot que j’aime bien est “quête”. L’information intéressante que celui-là apporte est que le protagoniste doit être actif. Autrement dit, c’est à lui de prendre la série d’actions nécessaires à la poursuite de son objectif. Quand un problème est résolu par un autre personnage, ou par coïncidence, le lecteur apprécie moyennement cette solution de facilité de la part de l’auteur. Lorsque c’est particulièrement criminel, lors du dénouement par exemple, on appelle ça un “Deus Ex Machina”. L’activité peut être très discrète ; dans Background Pony, Lyra est victime d’une malédiction qui condamne tous les poneys qu’elle rencontre à oublier son existence après quelques minutes. Son problème semble quasiment insoluble ; pourtant, Lyra fait des recherches, se rend chez Twilight pour lui parler, conçoit des contre-sorts de plus en plus puissants, explore des pans de sa réalité de plus en plus secrets… Bref, on ne s’ennuie pas. Je reproche quand même à cette fic de faire plus long et lent que nécessaire (le récit entier fait 430.000 mots), personnellement j’ai beaucoup de mal à accrocher pour de vrai.
Précision importante : l’objectif est le plus souvent unique. On parle alors d’unité d’action. Cette règle semble moins vraie en littérature qu’au théâtre ou au cinéma par exemple, mais quand une œuvre se permet de violer l’unité d’action c’est parce qu’elle est très longue en général. À l’échelle d’un personnage et sur une durée assez courte, difficile de se permettre plusieurs quêtes différentes.
Cependant ! pour peu que l’histoire soit assez complexe, l’objectif se divise toujours en sous-objectifs. Eux-mêmes se divisent en sous-sous-objectifs, et ainsi de suite. Les théoriciens ont inventé des mots comme “acte”, “scène” ou encore “arc” pour distinguer les étapes, mais je vais m’en passer. Gardez simplement à l’esprit que ce qui est vrai à l’échelle de l’histoire entière, l’est aussi à l’échelle d’une seule scène par exemple. Autrement dit, chaque partie de l’histoire est une histoire en elle-même.
Conflit
Le conflit est une notion également essentielle, mais aussi plus abstraite. Il m’est plus facile d’en parler en passant par l’élément qui la lie à l’objectif : l’obstacle.
L’obstacle est ce qui se met en travers du chemin du protagoniste dans sa quête. Une grande partie du travail de structure consiste à choisir quels obstacles placer sur la route du protagoniste (la deuxième consiste à décider comment il les surmontera, mais j’y reviendrai.) Il existe toutes sortes d’obstacles, qu’on sépare parfois en externes et internes. Je ne vais pas essayer d’en dresser la liste, il y en a des tonnes, et je pense que tout le monde est capable de reconnaître un obstacle lorsqu’il en voit un, mais il y en a deux types que je pense intéressants par rapport au personnage.
Le premier est l’antagoniste. L’intérêt de l’antagoniste est évident : c’est un personnage ! L’antagoniste a son propre objectif (qui l’amène à s’opposer au protagoniste), ses propres motivations, ses propres obstacles. Bien sûr, il est tout à fait possible de confiner l’antagoniste au rôle du “méchant”, si on ne s’intéresse pas à ses obstacles, mais les histoires qui développent leurs antagonistes marquent les esprits. L’antagoniste n’a absolument pas besoin d’être antipathique ; dans une romance, les deux personnages flirtant ensemble sont typiquement protagoniste et antagoniste l’un de l’autre. En fait, tout personnage, pour peu qu’il s’oppose d’une façon ou d’une autre au protagoniste, devient antagoniste.
L’autre type d’obstacle est la faiblesse. La faiblesse limite le personnage dans ses moyens, elle est donc nécessaire à l’efficacité des obstacles externes. Une autre façon de le voir est : la faiblesse génère de nouveaux obstacles. Des actions aussi banales que parler et sortir ne sont pas des obstacles en soi, mais pour un personnage timide comme Fluttershy, ils deviennent de vrais cauchemars. On dit souvent qu’un personnage doit posséder des faiblesses. C’est vrai, mais ce n’est pas une question d’équilibre comme on a tendance à le croire ; l’important est que la faiblesse freine la quête.
Étant donné ces notions, on peut définir le conflit comme le produit du choc entre le personnage se dirigeant vers son objectif et un obstacle quelconque.
Conflit = Objectif + Obstacle
Voilà comment on crée du conflit. Pour peu que l’objectif soit bien défini et l’obstacle lié à ce dernier, on confond volontiers conflit et obstacle. Avant de passer à la suite, je vais me contenter d’insister sur l’importance du conflit.
Premièrement, le conflit est ce qui maintient l’intérêt du lecteur. Sans lui, l’histoire est ennuyeuse, c’est aussi simple que ça. Beaucoup d’histoires échouent à cette étape, car leurs auteurs ne réalisent pas qu’il faut exploiter les conflits, au maximum. Certains, par facilité, préfèrent même désamorcer leurs conflits ! À moins d’avoir de bonnes raisons (“maîtriser les règles”), c’est bien sûr à éviter.
Deuxièmement, le conflit permet l’identification et l’attachement aux personnages, par le biais de l’empathie ; il joue donc un rôle dans la création de l’émotion. On pourrait croire que l’identification n’est possible qu’avec des personnages moraux et sympathiques. En vérité, il suffit que le personnage semble assez humain pour que le lecteur puisse s’y reconnaître. Et pour ce faire, rien n’est plus efficace que le montrer souffrir, c’est-à-dire vivre du conflit. Cette technique est même assez efficace pour faire s’attacher le lecteur à des personnages immoraux et antipathiques.
Enfin, le conflit véhicule du sens. Si on admet que l’art a pour fonction de représenter des trucs (je laisse les vrais philosophes compléter…), on réalise que les histoires sont des représentations de la vie humaine. Or, la vie est conflictuelle de bout en bout. Vivre n’est rien de plus qu’une succession de quêtes toutes plus difficiles les unes que les autres : se nourrir, apprendre à marcher, lire, compter, se faire des amis, trouver un travail, se marier, etc. Les histoires sans conflit suggèrent que vivre est une partie de plaisir, ce qui est absurde. Celles-là ne sont donc pas seulement ennuyeuses ; elles sont impossibles à croire.
II) Exemples !
J’ai connu un professeur qui avait décidé de ne faire son cours que pendant 20 minutes. Dans le temps restant, il l’illustrait avec des exemples. Il affirmait que l’attention des élèves ne passait pas le cap des 20 minutes. Un chic type.
En rédigeant cet article une première fois, j’avais du mal à jongler entre théorie et exemples efficacement, donc j’ai décidé de faire comme lui. Dans cette partie, je décortique les structures (globales) de quelques fics, que j’ai essayé de piocher parmi les plus connues, pour illustrer les notions de base définies plus haut.
Je n’ai pas fini de raconter des trucs pour autant, en fait j’aborde seulement la caractérisation dans la partie suivante. Voyez cette partie comme une sorte de pause. À la rigueur, vous pouvez ignorer ces exemples ou les réserver pour plus tard, si vous le souhaitez.
Je rappelle qu’il n’y aura aucun spoil important. Néanmoins, vous serez avantagés si vous avez lu les fics en question !
Anthropology
Dans Anthropology, Lyra est persuadée de l’existence des humains, obsédée par l’idée d’un grand complot, et en quête de réponses. Dans la première partie du récit, on la voit enquêter, glaner des infos ici et là, élaborer des théories… jusqu’à une révélation cruciale, au milieu de l’histoire. L’histoire est alors propulsée dans une direction différente ; plusieurs choses changent, dont les motivations de Lyra et sa façon de résoudre son problème, mais ce qu’il faut garder en tête c’est que la quête reste la même : trouver des réponses.
C’est la bonne façon de relancer une intrigue. Assez ironiquement, la mauvaise façon est illustrée dans la même histoire ! Je ne vais pas entrer dans les détails non plus, mais à un certain stade du récit Lyra n’a plus rien à apprendre. L’auteur, pour donner un nouveau souffle à son histoire, doit alors sortir un obstacle de son chapeau. Le problème est que cet obstacle paraît complètement à côté de la plaque dans une histoire qui s’annonçait comme un grand mystère à résoudre ; il y a obstacle, mais pas conflit. Mon intérêt pour l’histoire s’est dissipé avant la fin.
My Little Dashie
Quel est l’objectif du protagoniste dans My Little Dashie ? “Prendre soin de Rainbow Dash”. Je pense que cette simple donnée explique en bonne partie l’efficacité du récit.
La raison à ça est la suivante : cette quête est impossible à terminer. Comment imaginer une situation dans laquelle le protagoniste pourrait estimer qu’il a accompli sa mission ? Comment peut-on finir de “prendre soin de Rainbow Dash” ? Puisque c’est impossible, il ne reste qu’une seule solution pour que l’histoire prenne fin : un abandon de l’objectif, de gré ou de force.
Ce choix de structure autorise l’auteur à briser quelques règles. L’impossibilité d’atteindre l’objectif – la fatalité – est un obstacle en soi, que le lecteur perçoit. Il y a un conflit qui plane sur tout le récit, caché, mais n’attendant que d’éclater. D’une façon ou d’une autre, cela permet à l’auteur de se passer de “vrais” conflits pendant une assez grande partie du récit ; tout va bien dans les premières années, il n’empêche qu’on redoute la suite.
En outre, l’objectif justifie le dénouement, et l’empêche de tomber dans le Deus Ex Machina. L’irruption de Célestia et des ponettes chez le protagoniste peut sembler arbitraire, mais elle est loin d’être imprévisible. Le lecteur savait que ce n’était qu’une question de temps avant que quelque chose vienne tout balancer par la fenêtre, il accepte donc cet événement hasardeux.
La scène finale ne fait qu’exploiter au maximum ce qui a été doucement préparé dans le récit tout entier à travers la structure.
Xenophilia
Je suis vraiment, vraiment navré de mettre cet exemple juste après MLD. J’avais pas envie d’en parler en premier, ni en dernier, donc c’était ça ou juste avant de toute façon.
Bon, bref… Xenophilia a été notre punching-ball préféré au panel (et dans les discussions préliminaires). On pourrait l’attaquer de plein de façons différentes, mais en essence, le seul crime de Xenophilia est de ne pas donner d’obstacles à ses personnages.
J’ai failli dire “pas d’objectif”. Oui et non, disons que l’objectif est atteint si facilement qu’on a cette sensation, mais il y a bien un objectif : “former un couple”, pour Rainbow Dash et Lero. Lero est un humain qui s’est retrouvé à Équestria dans des circonstances dont l’histoire se fiche. Au premier chapitre, Rainbow lui déclare sa flamme, dès lors ils sont en couple, et pour toute la suite rien ne vient remettre en question leur relation.
Je suis encore une fois un peu injuste. Il y a quelques obstacles, mais l’auteur, très soucieux de ne pas trop aller contre ses personnages, les désamorce (Lero soutient Rainbow quand elle croit qu’il la rejette), les résout d’avance (les poneys qui s’en prennent au couple sont montrés comme stupides et méchants, leur intervention nous conforte dans l’idée que Lero et Rainbow ont raison de rester ensemble), ou bien les met complètement à côté de la plaque (Lero a peur des cheveux de Célestia).
The Snow on her Cheek
Les trois fics qui vont suivre sont à la fois très similaires et très différentes. Toutes sont des romances. Toutes ont le même duo de protagonistes : Vinyl et Octavia. Toutes sont construites sur l’objectif “former un couple”. Mais toutes ne sont pas à égalité en termes de qualité de conflit.
La première, The Snow on her Cheek, commet plus ou moins la même erreur que Xenophilia : au début de l’histoire, Vinyl et Octavia se rencontrent, tombent amoureuses, forment un couple… et le restent jusqu’à la fin.
Là où l’analyse se complique, c’est que les personnages sont bombardés d’obstacles pendant tout le récit. Il y a : la corruption, le crime, l’intolérance, la guerre… Hélas, pour que tous ces obstacles soient efficaces (qu’ils créent du conflit), il manque une chose essentielle : un lien avec l’objectif. Les personnages souffrent, mais curieusement leur relation pas du tout. Et les obstacles qui menacent bel et bien la relation sont désamorcés ; je pense par exemple à la famille d’Octavia, hostile à l’homosexualité, qui change subitement de position pour la simple raison que “c’est la famille”.
Allegrezza
Allegrezza s’en sort d’abord mieux puis trébuche. L’histoire est en deux parties. Dans la première, Vinyl et Octavia se rencontrent, et se détestent. Elles se mettent néanmoins à passer du temps ensemble. L’auteur exploite le conflit entre ses deux personnages pour créer de la comédie, ce qui pallie à la lenteur de l’intrigue. Peu importe qu’il ne se passe pas grand-chose pendant presque dix chapitres, tant qu’on se marre.
L’histoire prend une nouvelle direction quand les deux personnages réalisent enfin leurs sentiments, et décident de rester ensemble. À ce stade, l’auteur a besoin de trouver du conflit ailleurs, puisqu’il n’y a plus d’ambiguïté dans la relation. Il se trouve qu’il a à sa disposition un obstacle tout désigné pour relancer l’intrigue, déjà connu du lecteur car préparé dans la première partie, mais… l’auteur préfère désamorcer ce conflit-là. À partir de ce point, les seuls conflits sont très locaux et exploités à travers la comédie. Résultat : on commence à s’ennuyer avant la fin.
University Days
University Days est l’exemple à suivre en termes de structure. Vinyl et Octavia sont deux étudiantes que tout sépare ; il leur faut du temps pour accepter leurs sentiments, entrer dans une relation… et une fois cela fait, la relation est menacée par la mère tyrannique d’Octavia. L’auteur a eu l’intelligence de garder cet obstacle dans sa manche pour le brandir à la toute fin, ce qui lui permet de conclure en beauté avec un final digne de ce nom. J’ai été bien plus marqué par University Days que les deux histoires précédentes, bien qu’elle ne soit ni la plus originale, ni la mieux écrite des trois.
Quand on examine l’ensemble des exemples, on se rend compte que l’erreur la plus courante des auteurs est de faciliter la vie de ses personnages – ce que j’ai appelé “désamorcer le conflit” à plusieurs reprises. On a vu que le conflit est essentiel aux histoires ; quand un auteur n’exploite pas les conflits, le lecteur le perçoit comme une manipulation de sa part, une facilité. Le résultat paraît faux et artificiel.
III) L’Activité est au centre de la caractérisation
J’ai été très, très, très théorique jusque-là. Certains se demandent peut-être en quoi ces notions peuvent leur servir à créer de bons personnages. La réponse tient en un mot : activité.
Comment s’y prend la série pour nous expliquer rapidement et efficacement que Twilight n’est pas sociale ? Le temps d’une scène d’à peine dix secondes, elle lui donne un objectif (étudier), un conflit (trois de ses amies veulent la traîner à l’anniversaire de Moondancer), et la fait prendre une action qui démontre sa personnalité : “Désolée les filles, j’ai du travail”, puis de prendre la fuite au galop. La fonction de cette petite scène est rendue claire par le commentaire de Twinkle Shine : “Je pense qu’elle préfère les livres aux amies”. Mais on s’en serait très bien passé en vérité.
Le grand principe de la caractérisation, qui indique au passage quel est le piège dans lequel tombent beaucoup d’auteurs débutants, peut se résumer en une phrase, que j’ai odieusement volée à Plénitude et modifiée pour cacher les preuves :
La valeur d’un personnage ne se mesure pas à qui il est, mais à ce qu’il fait.
Inspirant, non ? La raison pour laquelle il est important d’assimiler ce principe, c’est que la majorité des auteurs pensent la caractérisation comme une accumulation de traits qui définissent le personnage.
C’est peut-être l’influence des jeux de rôle, c’est peut-être la popularité des fanarts dans notre cas. Or, on ne peut pas réduire le personnage à une liste de traits de personnalité figés, ni à une apparence originale – ce dernier élément est superficiel en fiction, l’écriture n’est pas un art visuel. Toutes ces choses sont utiles, certes, mais pas essentielles en fiction, où les personnages sont définis en action.
En fait, on pourrait résumer la caractérisation en trois questions. Je ne veux pas avoir l’air d’offrir une méthode magique de création, en fait je vous conseille de ne pas la suivre. Au lieu de ça, inspirez-en-vous. Je construis mes méthodes en piochant des bouts d’autres méthodes, mais aussi en en rejetant d’autres. Si vous ne voulez pas de méthode, contentez-vous d’assimiler la théorie, on peut très bien s’en sortir comme ça. Bref, voici les trois questions.
1) Que veut mon personnage ?
Il s’agit de définir l’objectif du personnage. La réponse peut être très simple. Mais se la poser est aussi l’occasion de penser déjà son personnage en profondeur. Mon personnage a-t-il des désirs cachés ? contradictoires ? A-t-il une motivation ? A-t-il des rêves ? De quoi a-t-il peur ?
2) Quels obstacles rencontre-t-il ?
La question est plutôt explicite, mais gardez en tête que les obstacles doivent gêner le personnage dans sa quête pour être pertinentes et créer du conflit. Là aussi, il y a moyen de fouiller le personnage : a-t-il des faiblesses ? un ou plusieurs antagonistes ? Envisagez peut-être de développer ces antagonistes à leur tour.
3) Comment les surmonte-t-il ?
C’est là qu’a lieu le gros de la caractérisation. Deux personnages différents résolvent le même problème de deux façons différentes ; si les actions du vôtre sont trop génériques, c’est qu’il est lui-même générique.
Si la question 1 est assez facile à fixer au début de la conception, tout le reste du travail de structuration consiste à alterner entre les questions 2 et 3. Pour donner une vision assez simpliste, ce qu’on appelle l’événement déclencheur est souvent le premier obstacle (2) ; pour le résoudre, le personnage est amené à prendre une première action (3), qui va déclencher un nouvel obstacle (2), et ainsi de suite. L’absence de lien entre obstacle et action est une solution de facilité ; le lecteur peut la tolérer, mais sa patience a des limites.
En conclusion, si vous parvenez à répondre aux trois questions de façon logique et originale, vous n’aurez pas seulement un bon personnage, vous aurez une histoire qui le met en valeur. (Ou l’inverse, un personnage qui met l’histoire en valeur, c’est mutuel !)
IV) Le Cas du self-insert
Pour l’anectode, j’ai commencé à m’intéresser à la structure à cause d’un film : Adaptation, sorti en 2002. Adaptation est l’histoire de Charlie Kaufman, un scénariste qui a perdu toute estime de lui-même et qui se voit confier la tâche d’adapter un roman en film. Le scénario est de… Charlie Kaufman.
Pourquoi consacrer toute une partie au self-insert ? Parce que le self-insert propose d’utiliser un personnage pré-conçu – l’auteur lui-même –, ce qui amène une question menaçant de réfuter en bloc tout ce que j’ai pu raconter au cours de cet article. À savoir : peut-on se passer de caractérisation ?
Cela dépend de quoi on parle. Qu’on le veuille ou non, les bonnes histoires contiennent du conflit, donc des personnages frustrés de ne pas obtenir ce qu’ils veulent facilement. Mais il ne s’agit pas là de caractérisation, il s’agit de structure. La question est de savoir si on peut utiliser des personnages “tout faits” pour raconter de bonnes histoires.
Il se trouve que la réponse est oui. C’est ce que fait la fanfiction à la base, puisqu’elle utilise les personnages canons pour raconter de nouvelles histoires. Où est donc le problème avec le self-insert ?
Une première chose importante à souligner, c’est que le lecteur connaît déjà les personnages canons, à la différence des self-insert. On peut en déduire que les auteurs de self-insert ont bel et bien un travail supplémentaire à fournir : communiquer au lecteur les informations sur son personnage, de préférence avec l’activité.
NB : On n’est pas dispensé de faire ce travail pour les personnages canons également. Si je n’ai pas l’impression d’avoir affaire aux personnages que je connais, je pourrai me plaindre, et j’aurai raison. Je ne fais que souligner le fait que les exigences sont différentes dans les deux cas.
Ma conclusion est donc la suivante : le self-insert n’est pas interdit, mais il ne doit pas être une excuse pour ne pas travailler son personnage.
J’ai même tendance à penser que le self-insert, s’il doit être bien fait, est plus difficile à réaliser, car il suppose que l’auteur se connaît bien lui-même. Et il est facile de croire qu’on se connaît bien soi-même !
Au-delà de ça, en aucun cas le self-insert ne doit vous dispenser de mettre du conflit dans la vie de votre personnage. Dans Adaptation, Charlie Kaufman n’est pas tendre avec lui-même. Il est lâche, dépressif, asocial, pervers, il collectionne les névroses, il ne sait pas s’exprimer… Je n’ai pas encore vu en fanfiction d’auteur de self-insert prêt à se montrer aussi faible. C’est même la tendance contraire qu’on observe : il faut que le lecteur aime mon personnage, donc il faut que ce dernier ait des valeurs positives. Or, on sait que l’empathie ne fonctionne pas comme ça.
V) Conclusion
Je n’ai pas peur de me répéter : faire des histoires et des personnages sera toujours naturel pour certains. Ces petits veinards se passeront peut-être très bien d’articles comme celui-là, et c’est tant mieux pour eux.
J’ai essayé d’aborder des notions qui mériteraient peut-être chacune un article tout entier. Comme j’ai conscience que c’est beaucoup à avaler, je vais tenter de résumer l’ensemble en un seul paragraphe.
Toute histoire est l’histoire d’un personnage auquel on a donné un objectif. Dans sa quête, ce personnage est amené à vivre des conflits, et c’est à travers le conflit que le lecteur s’intéresse et s’identifie au personnage. Pour bien représenter ce personnage, il faut le représenter en action, c’est-à-dire mettre en avant les moyens qu’il déploie pour résoudre ses problèmes.
C’est le schéma dramatique. Heureusement, il en existe une infinité de variations en pratique. À vous de voir quand il est bon de suivre les règles et quand il est possible d’innover. Questionnez ce modèle, cherchez où il s’applique, voyez dans quel mesure on peut le déformer sans se planter, mais quoi qu’il arrive posez-vous des questions, c’est le meilleur moyen de ne pas dire des bêtises.

Toropicana 8 585

Comment faire une Clopfic ?

 AVERTISSEMENT
Vu la nature du sujet qui sera abordé, et malgré la tentative de faire un article soft au possible, je conseil aux personnes qui ne sont pas à l'aise avec ce genre de littérature de vous passer de cette article.
 
Salut à tous, et voici ce qui va être l’article le plus difficile à faire. Expliquer à des gens comment écrire du porno sans être trop sale, c’est chaud. Pourquoi je fais cet article alors ? Et bien parce que trop souvent, je vois des fics NSFW très mal écrites, avec une volonté de vouloir faire quelque chose de bien, mais qui n’y parvienne pas.
Car oui, écrire des histoires de cul, c’est tout un art, si si.
 
C’est comme toute chose, on ne fait pas les choses n’importe comment. Et même si ici il s’agit juste de rentrer un machin rond dans un rond, et bien apporter quelques gravures à tout ça peut faire de votre torchon un truc qui rendra beaucoup de gens... contents :)
 
Donc, ici, nous ne parlerons pas de scénario, mais bel et bien de savoir dorer le mille-feuille comme il faut, faire pleurer Popole avec majesté, et dans certains cas, faire tondre le gazon à Ginette et Martinne comme une pelouse d’un stade de foot.
 
Il y a des règles très strictes à respecter, pas forcément applicables à la lettre, mais qui dans tous les cas, vous aideront à mieux écrire des parties de sabots ou/et de jambes en l’air.
 
1 - Si c’est la première fois que vous écrivez, ne faites pas de clopfic.
 
C’est peut-être brusque, mais c’est la vérité. Si c’est votre toute première histoire (fanfic ou non), ne commencez jamais par quelques choses de NSFW car dans pratiquement tous les cas, ce sera mauvais. Si on écrit ce genre de chose sans connaître les subtilités d’un scénario et sa forme en fonction du contexte, on risque très souvent d’avoir beaucoup de faux raccord. C’est un peu comme sa toute première fois, ça va vite, c’est maladroit, et si on ne s’est pas renseigné avant et même entraîné (pas besoin de dessin putain !), bah on se rate.
Donc si vous voulez faire une histoire d’amour, rien ne vous empêche de la faire sans la moindre partie NSFW. Plus de gens pourront la lire, et c’est même parce qu’il n’y a pas de scène de ce genre que parfois, c’est bien mieux, très souvent.
Donc avant, faites d'autres fic, plusieurs, puis lisez-en d'autres, et si possible des bonnes clopfic.
 
2 - Se mettre en tête que “Faire du porno avec un dessin animé fait à l’origine pour les gamines, c’est mal.”
 
Alors je sais que ça va à l’encontre du R34 et tout ce qui va avec, mais il faut toujours avoir un pied sur terre lorsque l’ont fait ça. C’est drôle à faire oui, ça attire beaucoup de gens, mais c’est dangereux.
 
Déjà pour votre vie sociale. Je vais faire une généralité en prenant une famille lambda avec Papa qui bosse au bureau et qui rentre pour regarder le foot, Maman qui va au travail aussi et le ou la grande soeur qui va en boîte tous les week-ends et ne va pas plus loin que Facebook une fois sur internet. À votre avis, comment ils réagiraient si jamais ils apprenaient que leur fils/fille passe son temps à écrire des histoires de cul avec des poneys colorés et tout ronds ? Bah vous n’aimeriez pas savoir, et pas la peine de me répondre sur un ton humoristique que “Yolo” parce qu’il est arrivé à des gens d’avouer leurs amours pour MLP, ils se sont retrouvés à la rue. Bref, vous pourrez me balancer tout ce que vous voulez comme excuse, c’est comme ça c’est tout. Donc, rester discret, quoi qu’il arrive.
 
(Je dis ça, mais ce n’est pas mon cas, ma Maman a lu toutes mes clopfic mais juste avant elle s’est bouffée tous les volumes de 50 nuances de Grey...)
 
Si se dire que ce n’est pas saint de faire ça, c’est une façon aussi de se protéger soit même pour ne pas, à force d’en écrire, de se dire qu’au bout d’un moment bah du porno sur des poneys c’est mieux que la vie réelle. Parce que oui, les clichés venant des USA du bronie ultra forever alone qui passe son temps à s’astiquer la nouille sur des croupes au point de se persuader que c’est mieux de copuler avec des animaux jusqu’à le prôner, ça existe.
 
Je sais que chacun fait comme il veut, liberté et toussa, mais regardez un peu par la fenêtre puis ensuite venez me dire le contraire. On vit encore dans un monde cruel ou la moindre extravagance sera très mal vue. Donc voilà, faites ça, mais avec la tête sur les épaules.
 
3 - Votre scène d’amour doit être semblable au contexte.
 
C’est comme tout, votre personnage évoluera en fonction du décor qui l’entoure, le vocabulaire aussi : un milieu luxueux ? Il n’y aura que des mots raffinés aux plus poussés que possible. Une discussion dans le quartier le plus dégueulasse de New York ? Faut que ce soit à l’image des murs qui entoure les deux personnes. Et bien ici c’est pareil, ça va se refléter sur le décor, mais avant tout sur le type de relation :
 
Passionnelle/Sulfureuse/ “Je décrocherais la lune pour toi...”
Ce seront deux personnages très amoureux l’un de l’autre, donc pas de mot sale, ni même une partie anatomique d’une partie intime ne doit être cité. L’acte ne devra être décrit en lui même que par des figures de style, des métaphores les plus belles possible, tout en décrivant avant tout ce que l’un ressent pour l’autre. La définition de s’aimer si fort qu’ils ne veulent faire plus qu’un.
 
C’est extrêmement difficile à faire.
 
Romance basique/Hasard chanceux/ “T’as de la pulpe sur le coin de la bouche...”
 
C’est à 90% le genre de clopfic que l’on retrouve dans le fandom. En gros, ça peut être deux personnages qui s’aime, mais pas autant l’exemple cité en haut, et qui “expérimente”. Là, on peut citer des mots un peu plus gras, mais sans non plus descendre trop bas. Essayez encore d’utiliser des figures de style pour les actions, les plus douces que vous pouvez. Décrivez ce que chacun ressent, essayez d’être réaliste (le “ça a duré des heures et des heures” c’est des conneries) et bref. Une scène trop longue, ça peut devenir lassant, car même bien écrite, on aura au bout d’un moment l’impression de lire l’histoire d’un bébé apprenant à différencier les formes en faisant entrer un bâton rond dans un trou à répétition. Les meilleures choses le sont encore plus quand elles sont rares.
 
Plus facile que le premier exemple, mais qui demande un minimum d’adresse et de connaissance.
 
Ivrogne/Nanardesque/ “Tu veux mon zizi ?”
 
Là, c’est quand on veut faire le genre d’histoire un peu crasseuse, mais qui aura pour but de faire rire. Pas de figure de style, décrivez les parties du corps, mais sans trop être anatomique, mais avec des expressions grasses du genre “Il continua à lui lubrifier le vérin blablabla” ou d’autre idée de ce genre. Employez des mots grossiers aussi, même celui-là :
 

 
Oui, j’ai réussi à mettre ce mot dans un article à but pédagogique, et je suis fier de moi. Faut aussi que le contexte soit approprié, par exemple que ça se passe dans un bar entre deux personnes complètement ivres ou autre. J’ai vu beaucoup de fics se voulant être simples sur le scénario, comme l’exemple cité juste avant, on a un couple assez mignon puis soudain un a une description grotesque avec une musique d’accordéon derrière. C’est juste affreux.
 
Un peu plus dur que le deuxième exemple, mais moins que le premier.
 
Viole/Brutale/”Allons derrière cette poubelle...”
 
Bon là c’est simple, votre but sera de dégoûter le lecteur. Pas de figure de style, pas de jeux de mots rigolo, pas le moindre vocabulaire mélioratif. Vous n’utiliserez que des mots anatomiques sans être grossier pour autant, mais de manière que cela soit glaçant. Une seule personne ne devra ressentir que du plaisir, pendant que l’autre ne fait que souffrir.
 
Aussi difficile à faire que le premier exemple, c’est dur de faire gerber quelqu’un juste avec des mots.
 
 
4 - L’originalité
 
Je vais parler de l’acte et pas du scénario encore une fois, et ce qui est bien avec le porno, c’est que c’est la chose la plus facile à faire. J’ai vu plein de porno, rares sont ceux qui se ressemble.
 
Et bien ici c’est pareil, mais à une exception, c’est que l’on se retrouve souvent avec le “listing”. Dans la plupart des clopfic, on a le droit au même schéma :
-Bisoux bisous
-Préliminaire buccale
-Jean Louis au chaud chez Giselle
-La scène du film “Le jour d’après” quand la vague envahit les rues de New York.
 
Bref, c’est le type base de scène que l’on retrouve pratiquement tout le temps, et ceux, même dans une histoire où deux personnages ne se connaissaient pas avant 24 heures. Rien ne vous empêche de le faire, mais dans ce cas, soyez imaginatif et si possible de faire en sorte que cela se fasse avec un couple se connaissant déjà depuis un petit temps. Essayez de faire agir votre romance déjà parce qu’elle est, puis de les faire passer à l’action en fonction du décor et des circonstances qui les ont poussés à se retrouver l’un sur l’autre. Ce n’est pas difficile à faire, et en plus, cela rendra votre texte unique.
 
Bonus : picoler
 
... Non en faite c’est pas bien. Boire c’est mal. Mais dans mon cas, je n’aurais jamais réussi à faire en sorte d’accoupler un pote humain avec une jument. L’alcool libère un peu l’esprit et peu même vous conduire à prendre des tournures auxquelles vous n’auriez jamais pensés. C’est comme ceux qui veulent écrire des trucs super badesque et violent, ils ne vont pas fermer les yeux pendant 3 jours tout en bouffant de la viande crue. Ou Rimbaud qui a bu de l’absinthe pour faire les textes que l’on connaît tous aujourd’hui.
 
 
Alors je ne vous demande pas de picoler, de vous droguer et de manger n’importe quoi, mais juste de vous mettre en condition pour oser écrire ce que vous n’auriez jamais osé imaginer, et dans le cas de faire du porno avec du poney, il faut se détendre et rester réaliste tout en prenant tout ça au second degré.
 
TL;DR
 
Pour résumer... Bah lisez mon article si vous voulez savoir faire des clopfic ou avoir deux trois conseille. Il n’y a pas de phrase magique pour apprendre à écrire du porno. Après si on me demandait IRL et à la va-vite comment faire, je dirais de prendre simplement en compte la nature de la relation et de les faire passer à l’action qui reste dans le même contexte.
 
Voilà voilà, j’espère que ça en aura aidé au moins un seul parce que je suis pas du genre à faire un article pour apprendre à quelqu’un à savoir comment pisser droit, mais en allant le frapper direct sur son texte. Mais dans ce cas de figure, c’est un peu plus délicat (pas besoin de dire pourquoi) et je n’avais pas envie de repasser sur chaque clopfic pour dire à machin comment faire.
Si y'a des question, je suis là.
 
À la prochaine :)
 
 

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