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Yoann95 6 407

Confessions

 
Je tiens à m'expliquer pourquoi les chapitres 4 et 5 de Five Nights at Ponies' ont eu du mal à être publiés. A la base, ces chapitres devaient sortir le soir même d'Halloween. Il y a eu juste un gros problème : le chapitre 4. Pour faire simple, ce chapitre a comporté beaucoup trop de référence à Fnaf et pas assez sur MLP, d'où les 4 refus de ce chapitre venant d'un modérateur dont je ne citerai pas son nom. En fait, je tenais surtout à le remercier. Il m'a fait réaliser une chose : dans ma tête, j'avais entrepris un chemin prédestiné pour cette fanfic, passant à côté de nombreux choses que ma mémoire les a effacés. Merci encore à ce modérateur de m'avoir indiqué les problèmes de ce chapitre. Je suis encore désolé de cette longue attente, mais bon on fait avec ! Un grand merci à lui de m'avoir expliqué mes erreurs ! Sans lui, ma fanfic n'aurait pas pris cette direction. Merci à mon correcteur officiel de corriger mes écrits après les avoir finis, et un grand merci à vous tous de les lire, de me laisser vos commentaires vraiment positifs et de continuer à me soutenir dans cette incroyable aventure qu'est Five Nights at Ponies'. Vous êtes, et vous resterez, les meilleurs. Maintenant, une annonce officielle : l'écriture du chapitre 6 est en cours et les chapitres 6 et 7 vont être les plus gros projets que je vais réaliser. Ces chapitres changeront la destinée de tous vos personnages, allant des principaux personnages jusqu'à votre propre OC. Accrochez vous, vous aurez un rôle pour le chapitre 7. Reste plus qu'à savoir qui veut en faire partie. Attendez vous a avoir (j'espère) 20 000 mots pour le chapitre 7 qui sera le point central de ma fanfic.
 
     Très prochainement, l'arrivée d'une troisième fanfiction mais chut, ça reste un petit secret. Un indice pour vous : qu'est-ce que la vie ?

Vuld 4 440

La fanfiction.

Hi'.
J'ai envie de réfléchir à la manière dont la fanfiction est perçue. Y compris par nous.
À la mi-octobre, je me suis remis à écrire. Je suivais alors, chaque nuit vers une heure du matin, un artiste américain dans sa lutte éternelle pour animer des dessins moches, et en bon fanboy j'avais envie de montrer que j'appréciais son travail. J'ai alors, après une plaisanterie sur son chat, décidé d'écrire une fanfiction sur son univers, et après l'avoir finie je lui ai passé le lien.
Et ce mec l'a lue. Devant tout le monde. (Et il l'a aimée.)
Ouais j'étais content.
Mais surtout, à ce moment-là je me suis rappelé pourquoi j'écrivais de la fanfiction. Un bête détail : ses personnages n'ont que des prénoms, mais pour cette fanfic', même si objectivement ça ne rajoutait absolument rien, j'avais voulu leur donner des noms de famille. Et pas juste piochés au hasard, non, j'avais passé une bonne heu- ah ah ah non vingt minutes sur chaque juste pour avoir le plaisir de dire "voilà. Là. Dans mon fanon, ça c'est leur nom de famille."
J'avais envie de rajouter ma pierre à l'édifice. L'impression, fausse certes, de contribuer à une oeuvre que j'appréciais énormément.
 
On a chacun nos raisons d'écrire des fanfics', et ces raisons peuvent même changer de texte en texte, voire de chapitre en chapitre pour ceux pas foutus de tenir leur saga en laisse, et chercher à dire ce qui fait une "bonne" fanfiction serait vain.
Mais, inversement, on connaît tous le sens péjoratif du terme "fanfiction". Et j'ai deux exemples en tête, dans des médias complètement différents, où ce terme s'applique parfaitement.
 
1. Crystal Empire
Rien ne crache "fanfiction" mieux que cette ouverture de la saison 3. Je n'ai aucune idée de ce qui s'est passé réellement mais voilà l'impression.
Lauren Faust se casse en laissant cette petite perle qu'est le wedding (les nouveaux dans le troupeau doivent avoir du mal à comprendre pourquoi certains bavent autant sur cet épisode) et c'est à la nouvelle direction de reprendre les choses en main. On leur donne les clés d'une voiture déjà lancée à pleine vitesse et il leur faut faire leur galop d'essai. Donc les mecs font "okay, qu'est-ce qui fait le succès d'MLP", ils regardent la surface, ils reprennent les éléments à succès et ils te font le Crystal Empire.
Et c'est exactement, exactement ce qui se passe avec une fanfiction.
Le fanficer regarde la série, adore, veut écrire dessus et du coup il se dit "pourquoi j'adore ?" Qu'est-ce qui a fait le succès de la série pour lui, qu'est-ce qu'il va mettre en avant ? S'il adore les personnages, genre un en particulier, alors il mettre en avant ce personnage, et même les traits chez ce personnage qu'il apprécie le plus. Et il va faire un Crystal Empire.
Je ne sais pas combien de fois je l'ai dit, je m'en rappelle comme si c'était il y a oh bien plus de deux ans, lorsque j'ai vu Luna ce jour-là dans cet épisode ma réaction a été "wow, salut Fanfic-Luna".
Pourquoi ? Parce qu'elle était froide, distante, qu'elle balançait des phrases pleines de mystère et ensuite basta, merci d'être passée. Pourquoi elle est froide ? Parce que c'est Luna ! Et tant pis pour la Nightmare Night où on l'a vue toute aussi prête à troller que sa soeur. Et oui, il y en aura pour m'expliquer que "mais non elle est froide parce que passé drama toussa" mais au risque de me répéter, Nightmare Night bon sang. Quand les gens l'ont vue foudroyer Twilight du regard on s'est tous demandé pourquoi qu'elle voulait assassiner l'élève.
Et ce n'est qu'un exemple parmi la foule qu'en comporte cet épisode.
Une mauvaise fanfiction est superficielle. Oublions deux secondes les fanfics qui ne sont qu'une excuse, une histoire avec collé dessus plus ou moins grossièrement l'univers d'Equestria. Je parle d'une fanfiction où l'auteur a honnêtement voulu faire la meilleure histoire possible. Il a pris ce qu'il pensait être le meilleur, il a utilisé ce meilleur et les gens comme moi se sont plaints. Le coup de l'examen est débile, le truc de la foire est foiré, on va pas refaire la liste de tous les griefs. Ce n'est pas que l'auteur n'y a pas mis du coeur et des tas d'efforts.
C'est qu'il est resté à la surface.
Après le miracle du mariage, la série voulait lancer sa saison trois avec classe, en grandes pompes, nous en mettre plein la vue. On va ressusciter un foutu EMPIRE, on va ramener un méchant BADASS aux limites de ce que le 6+ permet, non mais tu le sens le potentiel ?
Alors même que je critiquais cet épisode, je réfléchissais à ce que moi j'aurais fait, et déjà à l'époque je me rendais compte que si je ne ramenais pas le bouclier en début d'épisode deux, euh, ça allait être "compliqué". Ne pas faire tomber le bouclier ? Garder Sombra loin de la cité ? Le défi pour obtenir la même tension sans ensuite tout casser est un casse-tête insoluble. Idem pour le "tu dois le faire seule". Comment rendre cela viable ?
Autrement dit, quand un auteur découvre que sa fanfic' a foiré de façon monumentale, comment il corrige ? Parce que, très souvent, cet auteur n'est pas prêt à abandonner ses idées même si objectivement lesdites idées plombent son texte.
 
En tant que relecteur -- que je ne suis plus, pour rappel -- on est constamment confronté à cette question.
Et parce que dire à quelqu'un "ton idée est nulle" est en général contre-productif, ce qu'un relecteur fait est de dire "eh, essayons de tourner ton idée comme ça". Et on la tourne "comme ça" jusqu'à ce que l'auteur, à force de dire non, en vienne à admettre que peut-être il lui faut abandonner son idée de départ.
D'où l'importance du concept. Dans le Crystal Empire, mettons que ce soit la peur, ou le désespoir. Mettons qu'on veuille corriger le coup de l'examen.
Ma première proposition serait, comme d'habitude, d'inverser la logique : Twilight refuse de faire les choses seules, et ce faisant s'appuie trop sur ses amies. Quand c'est son tour de sauver la situation, que les autres ne sont plus là, elle se sent perdue. Désespoir. Mais outre de devoir réviser l'ensemble du plan de l'épisode, c'est aussi répéter ce qui s'était passé avec Discord. Intérêt plus ou moins zéro.
Ma seconde proposition serait que Twilight ait mal compris Celestia. Cette dernière lui aura dit "tu es la seule à pouvoir le faire" au sens de "je compte sur toi", et sur ce malentendu Twilight va tout foutre en l'air. Cela peut donner une réplique solide quand, à son tour, elle dit à Spike "tu es le seul à pouvoir le faire" et cela impliquerait aussi qu'il y ait un second malentendu en cours de route qui l'empêche d'avancer. J'utiliserais probablement le groboukin de la bibliothèque pour qu'elle fouille le château, mais elle interprète mal le vieux texte et paf, porte kifépeur.
Cela ne résout pas le problème de la foire ou du bouclier ou de Sombra ou... la liste est longue, mais le spectateur sait désormais qu'elle se trompe et que ça va être cause de problèmes. Il ne reste qu'à mettre ces problèmes en scène et on a résolu la moitié des défauts de l'épisode. Woohoo.
Et ce n'est pas la seule option. Une troisième proposition serait d'explorer le passé de Sombra, de découvrir qu'il était solitaire lui aussi, que pour x raison ça lui a permis d'être super puissant et je sais pas pourquoi comment mais en agissant seule aussi, Twilight peut s'opposer à lui. Un peu comme le plan foireux du "tiens cache nos pouvoirs en toi rien ne peut aller de travers". Celestia avait une raison de dire ça : c'est peut-être même le moyen dont elle a usé pour vaincre le greuh, le seul qu'elle connaît. Mais Twilight, à la fin, soit échoue soit réalise que ce faisant elle sacrifie une trop grande part d'elle, et du coup elle agit, vraiment, en "princesse de l'amitié". Et à la fin c'est elle qui, indirectement, donne une leçon à Celestia. Justifiant que celle-ci, plus tard, pose le genou devant elle.
Et pas de "c'est une série pour enfants". Tout cela peut être fait sans que le public ait eu à faire bac +42. Pour la fille de six ans ça reste "Sombra kifépeur" bouh poneys en danger yay on a gagné. Mais les scénaristes n'ont plus six ans, et s'ils peuvent suggérer des parents au travers d'une comète alors faire les trucs ci-dessus est à leur portée.
Toutes ces propositions tournent autour d'un même pilier : le désespoir. On prend l'idée, on cherche le moyen d'exprimer une forme de désespoir au travers.
Pour pouvoir le faire, on ne peut pas rester superficiel. On ne peut pas se contenter de dire que Luna est froide parce que passé torturé snif snif et compagnie. Non. Elle est froide parce que Celestia préfère Twilight à elle. Elle est froide parce qu'elle croyait que Twilight aimait ses nuits. Elle est froide parce que Celestia a refusé qu'elle y aille elle. Il y a tellement de raisons à mettre en scène qu'on peut excuser un débutant, mais pas un scénariste professionnel.
Une réplique, un soupir, un simple détail aurait suffi à donner toute sa profondeur à cette scène, et sa qualité à la fanfiction.
 
2. Sonic Lost World
Jeu vidéo cette fois. Sonic est une franchise maudite et peut-être la seule dans laquelle les fans eux-mêmes crachent plus sur Sonic que quiconque. Après le... truc... en 2006 et un retour quand même pas si mal avec Unleashed, peaufiné avec Colors et le truc assez cool qu'est Generations, désespérant de satisfaire ses fans, le studio a dû se dire "okay punaise y en a marre, tu sais kwa ?! On va prendre une de LEURS histoires et on va faire un de LEURS jeux."
Dixit Lost World.
Non sérieux, si vous avez lu des fanfictions de Sonic, le scénario de Lost World est juste ça. Mais ça. À la lettre. Un exemple parmi d'autres ? À un moment, de nulle part, un truc menace un héros. Là le grand méchant qui pour raison x s'est allié aux héros (tu le sens le truc déjà ?) sauve le héros et les personnages lui demandent "pourquoi t'as fait ça ?" Et il ne donne pas de réponse.
C'est bien de la mer- je veux dire... non non c'est ça c'est fait à la truelle. Quand tu écris ce genre de choses tu te dis que tu es subtil, que tu es en train d'approfondir le personnage... mais non. Non. Tu as juste fait qu'il sauve un héros pour pas de raison et on n'en reparlera plus jamais. Et encore une fois, dans un texte de fanficer sans prétention c'est pas grave, mais là on parle de scénaristes pro' dans une licence à millions !
Je pourrais citer tellement de passages de ce jeu qui sont "fanfic"... Regardez un let's play de ce truc, remplacez juste les méchants secondaires par des OC's genre les quatre saisons ou Ultimessa la marâtre de Celestia et Luna revenue avec toute la petite famille foutre le bronx. Même niveau. Ah oui et vers la fin de la fic' Twilight regarde une orbe où Pinkie en train de tousser lui dit que tout est perdu avant que la magie se brise et que l'héroïne soit seule ? Check. Ouais ouais c'est dans Sonic Lost World.
Sérieusement.
À ce stade on ne me fera pas croire que c'est un accident. Non non. Les scénaristes savaient parfaitement ce qu'ils faisaient. Ils ont littéralement copié le style des fanfictions sur Sonic, à croire qu'ils suivaient un cahier des charges écrit par les fans eux-mêmes (on me dira qu'il n'y avait ni Fang ni Hill Top donc mon argument est invalide mais bref) et cela vaut aussi pour les mécaniques du jeu. De l'innovation partout. Des parcours multiples partout. Des nouvelles capacités partout. Ah ouais et la plainte qu'y avait trop de personnages ? Ça a été le nettoyage au karcher.
En fait je suis tellement persuadé de cette théorie que le jeu suivant, développé par un autre studio, a vraiment dit, noir sur blanc dans une entrevue, "buck you" à la communauté de Sonic. Marre de vouloir leur plaire, on fera le truc comme on l'entend.
 
Le fanficer est confronté à la même chose.
Déjà, il veut faire comme les fics "qui marchent". Parce qu'il a besoin de repères, de modèles. Et c'est pour ça que je râle autant sur certains modèles : parce que je SAIS que le débutant, en les suivant, va droit dans le mur et se fera descendre en flèche, y compris par ceux-là mêmes qui ont écrit lesdits modèles.
Mais le fanficer, même endurci, a aussi envie de faire plaisir à son public. Et du coup il va souvent faire "okay tu veux quoi ?" Et on va leur faire une liste de ce qu'on veut. Et il va le faire. Diligemment. Avec les meilleures intentions du monde. Et quand il a fini, on est comme devant les robes de Rarity en saison un : "mais qu'est-ce qulkasdkvh".
Alors oui, on peut dire "fais comme tu l'entends" mais alors le fanficer risque de faire n'importe quoi, et on va toujours grogner.
Non, à mon sens c'est juste que quand les gens disent ce qu'ils veulent, une fois encore, il restent superficiels. Fondamentalement, ce que veulent les fans de Sonic, c'est que "Sonic court vite". Autrement dit, des contrôles impeccables et des circuits qui mettent ces contrôles à l'épreuve. C'est tout. On s'en fiche qu'Eggman sauve Tails, que Knuckles ait des muscles ou que le Tornado appartienne à un vieux pépé barbu. Sonic kikourvit. Point.
Le fanficer doit approcher son texte de la même manière.
Et une fois encore, tout repose sur le concept. Ou ce que moi j'appelle le "core".
Une mauvaise fanfiction n'a pas de concept. Une fois encore, je ne parle pas des histoires qui prennent comme excuse les poneys. C'est autre chose. Non non, je parle du gars qui a envie d'écrire sur ses poneys préférés et qui commence "Pinkie Pie détestait qu'on se moque de son Pinkie sens. Elle..." okay stop. Donc dans ce texte Pinkie est colérique. Parce que... dans ce texte les poneys se moquent d'elle. Pourquoi ? Depuis quand ? On est avant la S1 ? Non parce qu'Applejack la prend au sérieux, et euh un peu toutes les autres aussi... mais enfin je suis prêt à l'accepter mais tu cherches à faire quoi là ? C'est quoi l'histoire ?
L'histoire c'est que le fanficer adore le personnage de Pinkie, ou de Pinkamena, et a voulu écrire une histoire "sombre/triste/violence(/romance/etc)" sur elle, ou quelque chose du genre. Et non, "une histoire où on se moque de Pinkie Pie" n'est pas un concept. C'est superficiel.
Maintenant creusons. Pinkamena, c'est quoi ? C'est Pinkie Pie dont la vie entière s'effondre. Tout ce qu'elle a fait, tout ce en quoi elle croit, balayé d'un coup de balai. Ouais c'est autre chose que "je suis grognonne". Le Pinkie Sense, à l'origine, c'est quoi ? Une métaphore de la religion, ou à minima des croyances, ou des phénomènes inexplicables. Un relecteur dirait : "additionne les deux". Ma proposition serait : Le Pinkie Sense ne fonctionne plus.
Pourquoi ? Parce que "remise en question". Ça, c'est un concept. Je veux Pinkamena ? Je fais s'effondrer son monde. Ou une toute petite partie de son monde : son Pinkie Sense. Celui-ci ne fonctionne plus, elle a toujours ses tics mais les prédictions ne se réalisent pas. Elle se raccroche à ses idées et avec le temps, on se moque d'elle, au moins gentiment. Mais elle a besoin d'y croire, parce que c'est une partie d'elle.
Avec cette simple idée, je peux avoir mon "Pinkie pas contente", j'ai exactement la même chose qu'avant mais en sus, grâce à mon concept, je peux explorer en profondeur les motivations du personnage. Ses émotions, ses aspirations, tout. J'ai le conflit, avec le monde entier qui lui dit de changer et elle qui refuse.
Mais ce concept ne plaît pas au fanficer. Lui, ce qui l'intéresse, c'est le rejet. J'aurais dit la "cruauté" mais restons-en au rejet. Il veut que Pinkie soit rejetée, donc moquée, et dans le cahier des charges ça doit être lié à son Pinkie sens. Okay. Nouvelle proposition : ce n'est pas lié au Pinkie sens. Rangez ces torches et laissez-moi m'expliquer. Elle a été rejetée du mane6 pour pas d'raison, genre elle a fait un truc impardonnable ou peu importe, et du coup elle se sent moins que rien. Les poneys la rejettent et trouvent, comme toute bonne brute, le plus expédient pour ça : son Pinkie sens. Ce qui était jusqu'alors respecté, voire admiré, devient une cible de choix. Et Pinkie se persuade alors qu'elle n'a pas été rejetée pour la raison x d'avant mais à cause de son Pinkie sens. Voire, ce peut être le Pinkie sens qui a tout fait foirer au départ, et qui l'a exclue du mane6, genre elle a fait bugger la carte ou je sais pas.
Dans les faits, les poneys ont désormais une raison de se moquer d'elle. Une raison de la rejeter, même s'ils ont déjà oublié pourquoi. Et elle a une raison de se braquer, de ne pas juste "passer à autre chose" ou se faire des amies de cette foule hostile. Au fond, c'est elle-même qui se rejette. L'obstacle, c'est elle-même. Et là encore, en une phrase on peut avoir tout exprimé :
"Le matin, Pinkie Pie allait devant son miroir ordonner à ses oreilles de ne pas tiquer, à sa queue de ne pas trembloter, puis satisfaite elle sortait et, une fois dehors, elle rasait les murs."
Tout est là.
Pinkie n'a plus besoin de sauver des héros d'un danger tombé du ciel pour approfondir le personnage. Pinkie n'a plus besoin d'appeler au travers d'une orbe en toussant pour pouvoir faire du drama. Il lui suffit d'avoir une raison.
 
3. tl;dr
J'aurais pu donner un troisième cas de "fanfic" au sens péjoratif avec la dernière extension de Starcraft 2 mais restons-en là.
Dire ce qui fait une "bonne" fanfiction est difficile. Chacun son avis et moi-même je ne sais pas. Je me dis que c'est sans doute cette impression que la fanfiction est, vraiment, une pierre supplémentaire à l'édifice des poneys. Une contribution. Mais ça peut vouloir dire tout et son contraire.
Par contre, la "mauvaise" fanfiction, cas à part du texte avec des poneys collés dessus, est tout de suite visible. Elle est superficielle. Elle veut bien faire en reprenant ce qu'elle pense être le meilleur de l'oeuvre, et ce faisant elle passe à côté du concept, de ce qui fait l'intérêt de cette oeuvre au départ. Elle veut faire plaisir aux gens en oubliant de creuser au coeur de ce que ces gens veulent.
Et là je peux citer Unexpected.
Cette fic' a objectivement tous les défauts du monde, mais elle a un concept. Et parce que cette fic' ne perd jamais de vue ce qu'elle veut raconter, peu importe les OOC's, les wtf et la foison d'autres problèmes. Les personnages vivent vraiment à travers des questions qu'ils ne pensaient jamais se poser. Une petite pierre discrète qui rend hommage à la série et à son atmosphère.
Mais je commence à trop en faire, et je n'en laisse pas assez, fanficers,à vos plumes !

Supernova 11 1000

Structure & Personnage

Comme vous devez le savoir, le week-end dernier c’était les Bronydays à Nantes. J’y étais, j’en suis ressorti avec beaucoup trop de porte-clés, des courbatures (à cause du yoga), mais ce qui m’a plu par-dessus tout c’était de rencontrer quelques-uns d’entre vous en personne.
Ce que vous savez peut-être aussi, c’est que si j’étais aux BD c’est parce qu’on m’avait invité à y participer dans le cadre d’un panel sur la fanfiction, aux côtés de Plénitude et Toropicana. À la base, cet article était censé être une “version texte” de ce panel, mais j’ai décide de faire un peu autrement.
La raison à ça, c’est qu’en voulant rédiger un article basé sur notre plan, je me suis rendu compte que ce plan donnait quelque chose de vachement chaotique. Pour le panel, ça n’était pas un problème, puisque l’objectif était plus de discuter autour d’un thème que de présenter un petit exposé bien scolaire. Trois auteurs différents parlent trois langues différentes en écriture…
Bref, à la place j’ai décidé de prendre un seul des points qu’on a décidé d’aborder, celui qui me tient le plus à cœur, et de lui dédier l’article en entier. Le thème du panel était “le personnage” ; notre objectif est de décrire ce qui fait – selon nous – qu’un personnage est bon ou mauvais, de donner peut-être quelques idées pour la caractérisation (la création de personnages), ou encore quelques outils d’analyse pour ceux qui voudraient mieux comprendre ce qu’ils lisent. Dans cet article, je vais aborder ce thème sous l’angle de la structure de l’histoire, concept aussi fondamental que peu débattu, et auquel je me suis pas mal intéressé dernièrement.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, je souhaite préciser qu’aucune fic ne sera spoilée dans tout l’article. Cependant, je serai amené à évoquer des points de scénario ; je ferai simplement en sorte de ne rien révéler qui puisse gâcher le plaisir de la première lecture. Je me permettrai d’enfreindre la règle pour My Little Dashie seulement, que j’estime suffisamment connue.
I) Le Schéma dramatique
La veille de la convention, je discutais avec Plénitude, qui m’a dit à un moment quelque chose comme “raconter une histoire, c’est naturel”.
Je n’en suis pas convaincu. Quand j’ai voulu me mettre à écrire des fictions, j’ai au contraire eu l’impression de me lancer dans l’exercice le plus bizarre qui soit. Je ne savais pas comment écrire quelque chose qui “se lit”. Je n’avais aucune idée de la marche à suivre. Résultat, je n’étais jamais content du résultat.
Ma frustration ne s’est pas apaisée de sitôt, car on parle très peu de structure par ici. Tous les auteurs veulent savoir comment faire de jolies phrases, comment décrire, comment écrire des dialogues, comment écrire l’horreur, la romance, la comédie… mais rares sont ceux qui posent les questions fondamentales, comme par exemple, “comment créer une bonne histoire ?”
J’ai au moins deux explications à ça. La première, ce serait que les auteurs ont peur des règles – pour ma part, je les adore. La seconde, ce serait que les auteurs ne soupçonnent même pas l’existence de ces règles, comme c’était mon cas il n’y a pas si longtemps. Il m’a fallu découvrir par hasard le travail de quelques célèbres consultants du scénario pour trouver des réponses aux questions exactes qui m’empêchaient d’avancer.
À ceux qui auraient peur des règles, j’aimerais juste dire qu’il est heureusement toujours possible de les briser. Ça se produit même couramment, sinon raconter des histoires ne serait naturel pour personne… Il est cependant toujours mieux de maîtriser les règles avant de chercher à les briser. C’est ce qui fait la différence entre un auteur chanceux et un auteur de talent.
Ce que j’ai appelé “schéma dramatique” en intitulé est la formule suivante, celle qu’est censée respecter toute forme d’histoire :
“Un personnage part à la poursuite d’un objectif, ce qui génère du conflit dans sa vie.”
Je vous demande de me faire confiance sur ce coup. C’est grosso-modo la formule que n’importe quel théoricien vous sortira, au choix des mots près.
Objectif
L’objectif est l’élément de structure qui guide le personnage dans une direction particulière. Il donne sa raison d’être à l’histoire, sans lui on obtiendrait ce que j’appelle une situation : les personnages évoluent dans un ou plusieurs lieux donnés, il peut se produire des événements, mais tout sentiment de progression est absent. Remarquez qu’il n’est pas interdit d’écrire ce genre de chose ; Les Tréfonds de l’infâmie le fait, mais l’auteur a l’honnêteté d’admettre que son histoire n’en est pas vraiment une.
Beaucoup préfèrent le mot “désir” pour décrire cet élément. Je pense moi aussi qu’il est meilleur, pour une raison très simple : le personnage doit vouloir atteindre son objectif. En d’autres termes, il lui faut une motivation. Un personnage qui met de la mauvaise volonté dans son histoire ne donne pas envie de s’intéresser à lui ; j’ai déjà vu quelques fictions échouer à cause de ça, et c’est notamment pour cette raison que je méfie des histoires qui s’intéressent à des personnages dépressifs… Dans My Little Dashie, le protagoniste décide de s’occuper de Rainbow parce qu’elle lui rappelle les peintures de sa mère défunte (l’auteur a le bon goût de ne pas en rester à “parce que c’est son poney préféré”). La motivation peut n’être absolument pas liée à l’histoire, elle peut même être cachée et faire l’objet d’une révélation. Gardez cependant à l’esprit que cacher des choses sur votre protagoniste met un peu de distance entre lui et vos lecteurs.
Un autre mot que j’aime bien est “quête”. L’information intéressante que celui-là apporte est que le protagoniste doit être actif. Autrement dit, c’est à lui de prendre la série d’actions nécessaires à la poursuite de son objectif. Quand un problème est résolu par un autre personnage, ou par coïncidence, le lecteur apprécie moyennement cette solution de facilité de la part de l’auteur. Lorsque c’est particulièrement criminel, lors du dénouement par exemple, on appelle ça un “Deus Ex Machina”. L’activité peut être très discrète ; dans Background Pony, Lyra est victime d’une malédiction qui condamne tous les poneys qu’elle rencontre à oublier son existence après quelques minutes. Son problème semble quasiment insoluble ; pourtant, Lyra fait des recherches, se rend chez Twilight pour lui parler, conçoit des contre-sorts de plus en plus puissants, explore des pans de sa réalité de plus en plus secrets… Bref, on ne s’ennuie pas. Je reproche quand même à cette fic de faire plus long et lent que nécessaire (le récit entier fait 430.000 mots), personnellement j’ai beaucoup de mal à accrocher pour de vrai.
Précision importante : l’objectif est le plus souvent unique. On parle alors d’unité d’action. Cette règle semble moins vraie en littérature qu’au théâtre ou au cinéma par exemple, mais quand une œuvre se permet de violer l’unité d’action c’est parce qu’elle est très longue en général. À l’échelle d’un personnage et sur une durée assez courte, difficile de se permettre plusieurs quêtes différentes.
Cependant ! pour peu que l’histoire soit assez complexe, l’objectif se divise toujours en sous-objectifs. Eux-mêmes se divisent en sous-sous-objectifs, et ainsi de suite. Les théoriciens ont inventé des mots comme “acte”, “scène” ou encore “arc” pour distinguer les étapes, mais je vais m’en passer. Gardez simplement à l’esprit que ce qui est vrai à l’échelle de l’histoire entière, l’est aussi à l’échelle d’une seule scène par exemple. Autrement dit, chaque partie de l’histoire est une histoire en elle-même.
Conflit
Le conflit est une notion également essentielle, mais aussi plus abstraite. Il m’est plus facile d’en parler en passant par l’élément qui la lie à l’objectif : l’obstacle.
L’obstacle est ce qui se met en travers du chemin du protagoniste dans sa quête. Une grande partie du travail de structure consiste à choisir quels obstacles placer sur la route du protagoniste (la deuxième consiste à décider comment il les surmontera, mais j’y reviendrai.) Il existe toutes sortes d’obstacles, qu’on sépare parfois en externes et internes. Je ne vais pas essayer d’en dresser la liste, il y en a des tonnes, et je pense que tout le monde est capable de reconnaître un obstacle lorsqu’il en voit un, mais il y en a deux types que je pense intéressants par rapport au personnage.
Le premier est l’antagoniste. L’intérêt de l’antagoniste est évident : c’est un personnage ! L’antagoniste a son propre objectif (qui l’amène à s’opposer au protagoniste), ses propres motivations, ses propres obstacles. Bien sûr, il est tout à fait possible de confiner l’antagoniste au rôle du “méchant”, si on ne s’intéresse pas à ses obstacles, mais les histoires qui développent leurs antagonistes marquent les esprits. L’antagoniste n’a absolument pas besoin d’être antipathique ; dans une romance, les deux personnages flirtant ensemble sont typiquement protagoniste et antagoniste l’un de l’autre. En fait, tout personnage, pour peu qu’il s’oppose d’une façon ou d’une autre au protagoniste, devient antagoniste.
L’autre type d’obstacle est la faiblesse. La faiblesse limite le personnage dans ses moyens, elle est donc nécessaire à l’efficacité des obstacles externes. Une autre façon de le voir est : la faiblesse génère de nouveaux obstacles. Des actions aussi banales que parler et sortir ne sont pas des obstacles en soi, mais pour un personnage timide comme Fluttershy, ils deviennent de vrais cauchemars. On dit souvent qu’un personnage doit posséder des faiblesses. C’est vrai, mais ce n’est pas une question d’équilibre comme on a tendance à le croire ; l’important est que la faiblesse freine la quête.
Étant donné ces notions, on peut définir le conflit comme le produit du choc entre le personnage se dirigeant vers son objectif et un obstacle quelconque.
Conflit = Objectif + Obstacle
Voilà comment on crée du conflit. Pour peu que l’objectif soit bien défini et l’obstacle lié à ce dernier, on confond volontiers conflit et obstacle. Avant de passer à la suite, je vais me contenter d’insister sur l’importance du conflit.
Premièrement, le conflit est ce qui maintient l’intérêt du lecteur. Sans lui, l’histoire est ennuyeuse, c’est aussi simple que ça. Beaucoup d’histoires échouent à cette étape, car leurs auteurs ne réalisent pas qu’il faut exploiter les conflits, au maximum. Certains, par facilité, préfèrent même désamorcer leurs conflits ! À moins d’avoir de bonnes raisons (“maîtriser les règles”), c’est bien sûr à éviter.
Deuxièmement, le conflit permet l’identification et l’attachement aux personnages, par le biais de l’empathie ; il joue donc un rôle dans la création de l’émotion. On pourrait croire que l’identification n’est possible qu’avec des personnages moraux et sympathiques. En vérité, il suffit que le personnage semble assez humain pour que le lecteur puisse s’y reconnaître. Et pour ce faire, rien n’est plus efficace que le montrer souffrir, c’est-à-dire vivre du conflit. Cette technique est même assez efficace pour faire s’attacher le lecteur à des personnages immoraux et antipathiques.
Enfin, le conflit véhicule du sens. Si on admet que l’art a pour fonction de représenter des trucs (je laisse les vrais philosophes compléter…), on réalise que les histoires sont des représentations de la vie humaine. Or, la vie est conflictuelle de bout en bout. Vivre n’est rien de plus qu’une succession de quêtes toutes plus difficiles les unes que les autres : se nourrir, apprendre à marcher, lire, compter, se faire des amis, trouver un travail, se marier, etc. Les histoires sans conflit suggèrent que vivre est une partie de plaisir, ce qui est absurde. Celles-là ne sont donc pas seulement ennuyeuses ; elles sont impossibles à croire.
II) Exemples !
J’ai connu un professeur qui avait décidé de ne faire son cours que pendant 20 minutes. Dans le temps restant, il l’illustrait avec des exemples. Il affirmait que l’attention des élèves ne passait pas le cap des 20 minutes. Un chic type.
En rédigeant cet article une première fois, j’avais du mal à jongler entre théorie et exemples efficacement, donc j’ai décidé de faire comme lui. Dans cette partie, je décortique les structures (globales) de quelques fics, que j’ai essayé de piocher parmi les plus connues, pour illustrer les notions de base définies plus haut.
Je n’ai pas fini de raconter des trucs pour autant, en fait j’aborde seulement la caractérisation dans la partie suivante. Voyez cette partie comme une sorte de pause. À la rigueur, vous pouvez ignorer ces exemples ou les réserver pour plus tard, si vous le souhaitez.
Je rappelle qu’il n’y aura aucun spoil important. Néanmoins, vous serez avantagés si vous avez lu les fics en question !
Anthropology
Dans Anthropology, Lyra est persuadée de l’existence des humains, obsédée par l’idée d’un grand complot, et en quête de réponses. Dans la première partie du récit, on la voit enquêter, glaner des infos ici et là, élaborer des théories… jusqu’à une révélation cruciale, au milieu de l’histoire. L’histoire est alors propulsée dans une direction différente ; plusieurs choses changent, dont les motivations de Lyra et sa façon de résoudre son problème, mais ce qu’il faut garder en tête c’est que la quête reste la même : trouver des réponses.
C’est la bonne façon de relancer une intrigue. Assez ironiquement, la mauvaise façon est illustrée dans la même histoire ! Je ne vais pas entrer dans les détails non plus, mais à un certain stade du récit Lyra n’a plus rien à apprendre. L’auteur, pour donner un nouveau souffle à son histoire, doit alors sortir un obstacle de son chapeau. Le problème est que cet obstacle paraît complètement à côté de la plaque dans une histoire qui s’annonçait comme un grand mystère à résoudre ; il y a obstacle, mais pas conflit. Mon intérêt pour l’histoire s’est dissipé avant la fin.
My Little Dashie
Quel est l’objectif du protagoniste dans My Little Dashie ? “Prendre soin de Rainbow Dash”. Je pense que cette simple donnée explique en bonne partie l’efficacité du récit.
La raison à ça est la suivante : cette quête est impossible à terminer. Comment imaginer une situation dans laquelle le protagoniste pourrait estimer qu’il a accompli sa mission ? Comment peut-on finir de “prendre soin de Rainbow Dash” ? Puisque c’est impossible, il ne reste qu’une seule solution pour que l’histoire prenne fin : un abandon de l’objectif, de gré ou de force.
Ce choix de structure autorise l’auteur à briser quelques règles. L’impossibilité d’atteindre l’objectif – la fatalité – est un obstacle en soi, que le lecteur perçoit. Il y a un conflit qui plane sur tout le récit, caché, mais n’attendant que d’éclater. D’une façon ou d’une autre, cela permet à l’auteur de se passer de “vrais” conflits pendant une assez grande partie du récit ; tout va bien dans les premières années, il n’empêche qu’on redoute la suite.
En outre, l’objectif justifie le dénouement, et l’empêche de tomber dans le Deus Ex Machina. L’irruption de Célestia et des ponettes chez le protagoniste peut sembler arbitraire, mais elle est loin d’être imprévisible. Le lecteur savait que ce n’était qu’une question de temps avant que quelque chose vienne tout balancer par la fenêtre, il accepte donc cet événement hasardeux.
La scène finale ne fait qu’exploiter au maximum ce qui a été doucement préparé dans le récit tout entier à travers la structure.
Xenophilia
Je suis vraiment, vraiment navré de mettre cet exemple juste après MLD. J’avais pas envie d’en parler en premier, ni en dernier, donc c’était ça ou juste avant de toute façon.
Bon, bref… Xenophilia a été notre punching-ball préféré au panel (et dans les discussions préliminaires). On pourrait l’attaquer de plein de façons différentes, mais en essence, le seul crime de Xenophilia est de ne pas donner d’obstacles à ses personnages.
J’ai failli dire “pas d’objectif”. Oui et non, disons que l’objectif est atteint si facilement qu’on a cette sensation, mais il y a bien un objectif : “former un couple”, pour Rainbow Dash et Lero. Lero est un humain qui s’est retrouvé à Équestria dans des circonstances dont l’histoire se fiche. Au premier chapitre, Rainbow lui déclare sa flamme, dès lors ils sont en couple, et pour toute la suite rien ne vient remettre en question leur relation.
Je suis encore une fois un peu injuste. Il y a quelques obstacles, mais l’auteur, très soucieux de ne pas trop aller contre ses personnages, les désamorce (Lero soutient Rainbow quand elle croit qu’il la rejette), les résout d’avance (les poneys qui s’en prennent au couple sont montrés comme stupides et méchants, leur intervention nous conforte dans l’idée que Lero et Rainbow ont raison de rester ensemble), ou bien les met complètement à côté de la plaque (Lero a peur des cheveux de Célestia).
The Snow on her Cheek
Les trois fics qui vont suivre sont à la fois très similaires et très différentes. Toutes sont des romances. Toutes ont le même duo de protagonistes : Vinyl et Octavia. Toutes sont construites sur l’objectif “former un couple”. Mais toutes ne sont pas à égalité en termes de qualité de conflit.
La première, The Snow on her Cheek, commet plus ou moins la même erreur que Xenophilia : au début de l’histoire, Vinyl et Octavia se rencontrent, tombent amoureuses, forment un couple… et le restent jusqu’à la fin.
Là où l’analyse se complique, c’est que les personnages sont bombardés d’obstacles pendant tout le récit. Il y a : la corruption, le crime, l’intolérance, la guerre… Hélas, pour que tous ces obstacles soient efficaces (qu’ils créent du conflit), il manque une chose essentielle : un lien avec l’objectif. Les personnages souffrent, mais curieusement leur relation pas du tout. Et les obstacles qui menacent bel et bien la relation sont désamorcés ; je pense par exemple à la famille d’Octavia, hostile à l’homosexualité, qui change subitement de position pour la simple raison que “c’est la famille”.
Allegrezza
Allegrezza s’en sort d’abord mieux puis trébuche. L’histoire est en deux parties. Dans la première, Vinyl et Octavia se rencontrent, et se détestent. Elles se mettent néanmoins à passer du temps ensemble. L’auteur exploite le conflit entre ses deux personnages pour créer de la comédie, ce qui pallie à la lenteur de l’intrigue. Peu importe qu’il ne se passe pas grand-chose pendant presque dix chapitres, tant qu’on se marre.
L’histoire prend une nouvelle direction quand les deux personnages réalisent enfin leurs sentiments, et décident de rester ensemble. À ce stade, l’auteur a besoin de trouver du conflit ailleurs, puisqu’il n’y a plus d’ambiguïté dans la relation. Il se trouve qu’il a à sa disposition un obstacle tout désigné pour relancer l’intrigue, déjà connu du lecteur car préparé dans la première partie, mais… l’auteur préfère désamorcer ce conflit-là. À partir de ce point, les seuls conflits sont très locaux et exploités à travers la comédie. Résultat : on commence à s’ennuyer avant la fin.
University Days
University Days est l’exemple à suivre en termes de structure. Vinyl et Octavia sont deux étudiantes que tout sépare ; il leur faut du temps pour accepter leurs sentiments, entrer dans une relation… et une fois cela fait, la relation est menacée par la mère tyrannique d’Octavia. L’auteur a eu l’intelligence de garder cet obstacle dans sa manche pour le brandir à la toute fin, ce qui lui permet de conclure en beauté avec un final digne de ce nom. J’ai été bien plus marqué par University Days que les deux histoires précédentes, bien qu’elle ne soit ni la plus originale, ni la mieux écrite des trois.
Quand on examine l’ensemble des exemples, on se rend compte que l’erreur la plus courante des auteurs est de faciliter la vie de ses personnages – ce que j’ai appelé “désamorcer le conflit” à plusieurs reprises. On a vu que le conflit est essentiel aux histoires ; quand un auteur n’exploite pas les conflits, le lecteur le perçoit comme une manipulation de sa part, une facilité. Le résultat paraît faux et artificiel.
III) L’Activité est au centre de la caractérisation
J’ai été très, très, très théorique jusque-là. Certains se demandent peut-être en quoi ces notions peuvent leur servir à créer de bons personnages. La réponse tient en un mot : activité.
Comment s’y prend la série pour nous expliquer rapidement et efficacement que Twilight n’est pas sociale ? Le temps d’une scène d’à peine dix secondes, elle lui donne un objectif (étudier), un conflit (trois de ses amies veulent la traîner à l’anniversaire de Moondancer), et la fait prendre une action qui démontre sa personnalité : “Désolée les filles, j’ai du travail”, puis de prendre la fuite au galop. La fonction de cette petite scène est rendue claire par le commentaire de Twinkle Shine : “Je pense qu’elle préfère les livres aux amies”. Mais on s’en serait très bien passé en vérité.
Le grand principe de la caractérisation, qui indique au passage quel est le piège dans lequel tombent beaucoup d’auteurs débutants, peut se résumer en une phrase, que j’ai odieusement volée à Plénitude et modifiée pour cacher les preuves :
La valeur d’un personnage ne se mesure pas à qui il est, mais à ce qu’il fait.
Inspirant, non ? La raison pour laquelle il est important d’assimiler ce principe, c’est que la majorité des auteurs pensent la caractérisation comme une accumulation de traits qui définissent le personnage.
C’est peut-être l’influence des jeux de rôle, c’est peut-être la popularité des fanarts dans notre cas. Or, on ne peut pas réduire le personnage à une liste de traits de personnalité figés, ni à une apparence originale – ce dernier élément est superficiel en fiction, l’écriture n’est pas un art visuel. Toutes ces choses sont utiles, certes, mais pas essentielles en fiction, où les personnages sont définis en action.
En fait, on pourrait résumer la caractérisation en trois questions. Je ne veux pas avoir l’air d’offrir une méthode magique de création, en fait je vous conseille de ne pas la suivre. Au lieu de ça, inspirez-en-vous. Je construis mes méthodes en piochant des bouts d’autres méthodes, mais aussi en en rejetant d’autres. Si vous ne voulez pas de méthode, contentez-vous d’assimiler la théorie, on peut très bien s’en sortir comme ça. Bref, voici les trois questions.
1) Que veut mon personnage ?
Il s’agit de définir l’objectif du personnage. La réponse peut être très simple. Mais se la poser est aussi l’occasion de penser déjà son personnage en profondeur. Mon personnage a-t-il des désirs cachés ? contradictoires ? A-t-il une motivation ? A-t-il des rêves ? De quoi a-t-il peur ?
2) Quels obstacles rencontre-t-il ?
La question est plutôt explicite, mais gardez en tête que les obstacles doivent gêner le personnage dans sa quête pour être pertinentes et créer du conflit. Là aussi, il y a moyen de fouiller le personnage : a-t-il des faiblesses ? un ou plusieurs antagonistes ? Envisagez peut-être de développer ces antagonistes à leur tour.
3) Comment les surmonte-t-il ?
C’est là qu’a lieu le gros de la caractérisation. Deux personnages différents résolvent le même problème de deux façons différentes ; si les actions du vôtre sont trop génériques, c’est qu’il est lui-même générique.
Si la question 1 est assez facile à fixer au début de la conception, tout le reste du travail de structuration consiste à alterner entre les questions 2 et 3. Pour donner une vision assez simpliste, ce qu’on appelle l’événement déclencheur est souvent le premier obstacle (2) ; pour le résoudre, le personnage est amené à prendre une première action (3), qui va déclencher un nouvel obstacle (2), et ainsi de suite. L’absence de lien entre obstacle et action est une solution de facilité ; le lecteur peut la tolérer, mais sa patience a des limites.
En conclusion, si vous parvenez à répondre aux trois questions de façon logique et originale, vous n’aurez pas seulement un bon personnage, vous aurez une histoire qui le met en valeur. (Ou l’inverse, un personnage qui met l’histoire en valeur, c’est mutuel !)
IV) Le Cas du self-insert
Pour l’anectode, j’ai commencé à m’intéresser à la structure à cause d’un film : Adaptation, sorti en 2002. Adaptation est l’histoire de Charlie Kaufman, un scénariste qui a perdu toute estime de lui-même et qui se voit confier la tâche d’adapter un roman en film. Le scénario est de… Charlie Kaufman.
Pourquoi consacrer toute une partie au self-insert ? Parce que le self-insert propose d’utiliser un personnage pré-conçu – l’auteur lui-même –, ce qui amène une question menaçant de réfuter en bloc tout ce que j’ai pu raconter au cours de cet article. À savoir : peut-on se passer de caractérisation ?
Cela dépend de quoi on parle. Qu’on le veuille ou non, les bonnes histoires contiennent du conflit, donc des personnages frustrés de ne pas obtenir ce qu’ils veulent facilement. Mais il ne s’agit pas là de caractérisation, il s’agit de structure. La question est de savoir si on peut utiliser des personnages “tout faits” pour raconter de bonnes histoires.
Il se trouve que la réponse est oui. C’est ce que fait la fanfiction à la base, puisqu’elle utilise les personnages canons pour raconter de nouvelles histoires. Où est donc le problème avec le self-insert ?
Une première chose importante à souligner, c’est que le lecteur connaît déjà les personnages canons, à la différence des self-insert. On peut en déduire que les auteurs de self-insert ont bel et bien un travail supplémentaire à fournir : communiquer au lecteur les informations sur son personnage, de préférence avec l’activité.
NB : On n’est pas dispensé de faire ce travail pour les personnages canons également. Si je n’ai pas l’impression d’avoir affaire aux personnages que je connais, je pourrai me plaindre, et j’aurai raison. Je ne fais que souligner le fait que les exigences sont différentes dans les deux cas.
Ma conclusion est donc la suivante : le self-insert n’est pas interdit, mais il ne doit pas être une excuse pour ne pas travailler son personnage.
J’ai même tendance à penser que le self-insert, s’il doit être bien fait, est plus difficile à réaliser, car il suppose que l’auteur se connaît bien lui-même. Et il est facile de croire qu’on se connaît bien soi-même !
Au-delà de ça, en aucun cas le self-insert ne doit vous dispenser de mettre du conflit dans la vie de votre personnage. Dans Adaptation, Charlie Kaufman n’est pas tendre avec lui-même. Il est lâche, dépressif, asocial, pervers, il collectionne les névroses, il ne sait pas s’exprimer… Je n’ai pas encore vu en fanfiction d’auteur de self-insert prêt à se montrer aussi faible. C’est même la tendance contraire qu’on observe : il faut que le lecteur aime mon personnage, donc il faut que ce dernier ait des valeurs positives. Or, on sait que l’empathie ne fonctionne pas comme ça.
V) Conclusion
Je n’ai pas peur de me répéter : faire des histoires et des personnages sera toujours naturel pour certains. Ces petits veinards se passeront peut-être très bien d’articles comme celui-là, et c’est tant mieux pour eux.
J’ai essayé d’aborder des notions qui mériteraient peut-être chacune un article tout entier. Comme j’ai conscience que c’est beaucoup à avaler, je vais tenter de résumer l’ensemble en un seul paragraphe.
Toute histoire est l’histoire d’un personnage auquel on a donné un objectif. Dans sa quête, ce personnage est amené à vivre des conflits, et c’est à travers le conflit que le lecteur s’intéresse et s’identifie au personnage. Pour bien représenter ce personnage, il faut le représenter en action, c’est-à-dire mettre en avant les moyens qu’il déploie pour résoudre ses problèmes.
C’est le schéma dramatique. Heureusement, il en existe une infinité de variations en pratique. À vous de voir quand il est bon de suivre les règles et quand il est possible d’innover. Questionnez ce modèle, cherchez où il s’applique, voyez dans quel mesure on peut le déformer sans se planter, mais quoi qu’il arrive posez-vous des questions, c’est le meilleur moyen de ne pas dire des bêtises.

Toropicana 8 604

Comment faire une Clopfic ?

 AVERTISSEMENT
Vu la nature du sujet qui sera abordé, et malgré la tentative de faire un article soft au possible, je conseil aux personnes qui ne sont pas à l'aise avec ce genre de littérature de vous passer de cette article.
 
Salut à tous, et voici ce qui va être l’article le plus difficile à faire. Expliquer à des gens comment écrire du porno sans être trop sale, c’est chaud. Pourquoi je fais cet article alors ? Et bien parce que trop souvent, je vois des fics NSFW très mal écrites, avec une volonté de vouloir faire quelque chose de bien, mais qui n’y parvienne pas.
Car oui, écrire des histoires de cul, c’est tout un art, si si.
 
C’est comme toute chose, on ne fait pas les choses n’importe comment. Et même si ici il s’agit juste de rentrer un machin rond dans un rond, et bien apporter quelques gravures à tout ça peut faire de votre torchon un truc qui rendra beaucoup de gens... contents :)
 
Donc, ici, nous ne parlerons pas de scénario, mais bel et bien de savoir dorer le mille-feuille comme il faut, faire pleurer Popole avec majesté, et dans certains cas, faire tondre le gazon à Ginette et Martinne comme une pelouse d’un stade de foot.
 
Il y a des règles très strictes à respecter, pas forcément applicables à la lettre, mais qui dans tous les cas, vous aideront à mieux écrire des parties de sabots ou/et de jambes en l’air.
 
1 - Si c’est la première fois que vous écrivez, ne faites pas de clopfic.
 
C’est peut-être brusque, mais c’est la vérité. Si c’est votre toute première histoire (fanfic ou non), ne commencez jamais par quelques choses de NSFW car dans pratiquement tous les cas, ce sera mauvais. Si on écrit ce genre de chose sans connaître les subtilités d’un scénario et sa forme en fonction du contexte, on risque très souvent d’avoir beaucoup de faux raccord. C’est un peu comme sa toute première fois, ça va vite, c’est maladroit, et si on ne s’est pas renseigné avant et même entraîné (pas besoin de dessin putain !), bah on se rate.
Donc si vous voulez faire une histoire d’amour, rien ne vous empêche de la faire sans la moindre partie NSFW. Plus de gens pourront la lire, et c’est même parce qu’il n’y a pas de scène de ce genre que parfois, c’est bien mieux, très souvent.
Donc avant, faites d'autres fic, plusieurs, puis lisez-en d'autres, et si possible des bonnes clopfic.
 
2 - Se mettre en tête que “Faire du porno avec un dessin animé fait à l’origine pour les gamines, c’est mal.”
 
Alors je sais que ça va à l’encontre du R34 et tout ce qui va avec, mais il faut toujours avoir un pied sur terre lorsque l’ont fait ça. C’est drôle à faire oui, ça attire beaucoup de gens, mais c’est dangereux.
 
Déjà pour votre vie sociale. Je vais faire une généralité en prenant une famille lambda avec Papa qui bosse au bureau et qui rentre pour regarder le foot, Maman qui va au travail aussi et le ou la grande soeur qui va en boîte tous les week-ends et ne va pas plus loin que Facebook une fois sur internet. À votre avis, comment ils réagiraient si jamais ils apprenaient que leur fils/fille passe son temps à écrire des histoires de cul avec des poneys colorés et tout ronds ? Bah vous n’aimeriez pas savoir, et pas la peine de me répondre sur un ton humoristique que “Yolo” parce qu’il est arrivé à des gens d’avouer leurs amours pour MLP, ils se sont retrouvés à la rue. Bref, vous pourrez me balancer tout ce que vous voulez comme excuse, c’est comme ça c’est tout. Donc, rester discret, quoi qu’il arrive.
 
(Je dis ça, mais ce n’est pas mon cas, ma Maman a lu toutes mes clopfic mais juste avant elle s’est bouffée tous les volumes de 50 nuances de Grey...)
 
Si se dire que ce n’est pas saint de faire ça, c’est une façon aussi de se protéger soit même pour ne pas, à force d’en écrire, de se dire qu’au bout d’un moment bah du porno sur des poneys c’est mieux que la vie réelle. Parce que oui, les clichés venant des USA du bronie ultra forever alone qui passe son temps à s’astiquer la nouille sur des croupes au point de se persuader que c’est mieux de copuler avec des animaux jusqu’à le prôner, ça existe.
 
Je sais que chacun fait comme il veut, liberté et toussa, mais regardez un peu par la fenêtre puis ensuite venez me dire le contraire. On vit encore dans un monde cruel ou la moindre extravagance sera très mal vue. Donc voilà, faites ça, mais avec la tête sur les épaules.
 
3 - Votre scène d’amour doit être semblable au contexte.
 
C’est comme tout, votre personnage évoluera en fonction du décor qui l’entoure, le vocabulaire aussi : un milieu luxueux ? Il n’y aura que des mots raffinés aux plus poussés que possible. Une discussion dans le quartier le plus dégueulasse de New York ? Faut que ce soit à l’image des murs qui entoure les deux personnes. Et bien ici c’est pareil, ça va se refléter sur le décor, mais avant tout sur le type de relation :
 
Passionnelle/Sulfureuse/ “Je décrocherais la lune pour toi...”
Ce seront deux personnages très amoureux l’un de l’autre, donc pas de mot sale, ni même une partie anatomique d’une partie intime ne doit être cité. L’acte ne devra être décrit en lui même que par des figures de style, des métaphores les plus belles possible, tout en décrivant avant tout ce que l’un ressent pour l’autre. La définition de s’aimer si fort qu’ils ne veulent faire plus qu’un.
 
C’est extrêmement difficile à faire.
 
Romance basique/Hasard chanceux/ “T’as de la pulpe sur le coin de la bouche...”
 
C’est à 90% le genre de clopfic que l’on retrouve dans le fandom. En gros, ça peut être deux personnages qui s’aime, mais pas autant l’exemple cité en haut, et qui “expérimente”. Là, on peut citer des mots un peu plus gras, mais sans non plus descendre trop bas. Essayez encore d’utiliser des figures de style pour les actions, les plus douces que vous pouvez. Décrivez ce que chacun ressent, essayez d’être réaliste (le “ça a duré des heures et des heures” c’est des conneries) et bref. Une scène trop longue, ça peut devenir lassant, car même bien écrite, on aura au bout d’un moment l’impression de lire l’histoire d’un bébé apprenant à différencier les formes en faisant entrer un bâton rond dans un trou à répétition. Les meilleures choses le sont encore plus quand elles sont rares.
 
Plus facile que le premier exemple, mais qui demande un minimum d’adresse et de connaissance.
 
Ivrogne/Nanardesque/ “Tu veux mon zizi ?”
 
Là, c’est quand on veut faire le genre d’histoire un peu crasseuse, mais qui aura pour but de faire rire. Pas de figure de style, décrivez les parties du corps, mais sans trop être anatomique, mais avec des expressions grasses du genre “Il continua à lui lubrifier le vérin blablabla” ou d’autre idée de ce genre. Employez des mots grossiers aussi, même celui-là :
 

 
Oui, j’ai réussi à mettre ce mot dans un article à but pédagogique, et je suis fier de moi. Faut aussi que le contexte soit approprié, par exemple que ça se passe dans un bar entre deux personnes complètement ivres ou autre. J’ai vu beaucoup de fics se voulant être simples sur le scénario, comme l’exemple cité juste avant, on a un couple assez mignon puis soudain un a une description grotesque avec une musique d’accordéon derrière. C’est juste affreux.
 
Un peu plus dur que le deuxième exemple, mais moins que le premier.
 
Viole/Brutale/”Allons derrière cette poubelle...”
 
Bon là c’est simple, votre but sera de dégoûter le lecteur. Pas de figure de style, pas de jeux de mots rigolo, pas le moindre vocabulaire mélioratif. Vous n’utiliserez que des mots anatomiques sans être grossier pour autant, mais de manière que cela soit glaçant. Une seule personne ne devra ressentir que du plaisir, pendant que l’autre ne fait que souffrir.
 
Aussi difficile à faire que le premier exemple, c’est dur de faire gerber quelqu’un juste avec des mots.
 
 
4 - L’originalité
 
Je vais parler de l’acte et pas du scénario encore une fois, et ce qui est bien avec le porno, c’est que c’est la chose la plus facile à faire. J’ai vu plein de porno, rares sont ceux qui se ressemble.
 
Et bien ici c’est pareil, mais à une exception, c’est que l’on se retrouve souvent avec le “listing”. Dans la plupart des clopfic, on a le droit au même schéma :
-Bisoux bisous
-Préliminaire buccale
-Jean Louis au chaud chez Giselle
-La scène du film “Le jour d’après” quand la vague envahit les rues de New York.
 
Bref, c’est le type base de scène que l’on retrouve pratiquement tout le temps, et ceux, même dans une histoire où deux personnages ne se connaissaient pas avant 24 heures. Rien ne vous empêche de le faire, mais dans ce cas, soyez imaginatif et si possible de faire en sorte que cela se fasse avec un couple se connaissant déjà depuis un petit temps. Essayez de faire agir votre romance déjà parce qu’elle est, puis de les faire passer à l’action en fonction du décor et des circonstances qui les ont poussés à se retrouver l’un sur l’autre. Ce n’est pas difficile à faire, et en plus, cela rendra votre texte unique.
 
Bonus : picoler
 
... Non en faite c’est pas bien. Boire c’est mal. Mais dans mon cas, je n’aurais jamais réussi à faire en sorte d’accoupler un pote humain avec une jument. L’alcool libère un peu l’esprit et peu même vous conduire à prendre des tournures auxquelles vous n’auriez jamais pensés. C’est comme ceux qui veulent écrire des trucs super badesque et violent, ils ne vont pas fermer les yeux pendant 3 jours tout en bouffant de la viande crue. Ou Rimbaud qui a bu de l’absinthe pour faire les textes que l’on connaît tous aujourd’hui.
 
 
Alors je ne vous demande pas de picoler, de vous droguer et de manger n’importe quoi, mais juste de vous mettre en condition pour oser écrire ce que vous n’auriez jamais osé imaginer, et dans le cas de faire du porno avec du poney, il faut se détendre et rester réaliste tout en prenant tout ça au second degré.
 
TL;DR
 
Pour résumer... Bah lisez mon article si vous voulez savoir faire des clopfic ou avoir deux trois conseille. Il n’y a pas de phrase magique pour apprendre à écrire du porno. Après si on me demandait IRL et à la va-vite comment faire, je dirais de prendre simplement en compte la nature de la relation et de les faire passer à l’action qui reste dans le même contexte.
 
Voilà voilà, j’espère que ça en aura aidé au moins un seul parce que je suis pas du genre à faire un article pour apprendre à quelqu’un à savoir comment pisser droit, mais en allant le frapper direct sur son texte. Mais dans ce cas de figure, c’est un peu plus délicat (pas besoin de dire pourquoi) et je n’avais pas envie de repasser sur chaque clopfic pour dire à machin comment faire.
Si y'a des question, je suis là.
 
À la prochaine :)
 
 

Sekmet999 19 839

Comment faire un bon OC Alicorne ?

Bonjour les bronies, je suis Sekmet999, celle qui n'a toujours pas postée de fic depuis des mois. Vous vous demandez pourquoi un retour si soudain pour parler d'un sujet irritant tel que ces "horribles" Oc alicornes je présume. Bah en fait, je vais vous en parlez justement. Mais avant de rager sur quoi que ce soit, asseyez-vous bien sagement et lisez cet article jusque au bout. Merci ^^
 
Tout d'abord, pourquoi haïssons nous cette pratique de créer son propre alicorne ? Pour une raison simple : c'est overcheaté, c'est grosbill (ou Mary-Suesque)... bref, ils font n'importe quoi ! Mais faut-il bannir définitivement ce genre de pratique ? En fait, oui et non car un oc alicorne est seulement conseillé dans les fanfics, mais très déconseillé dans les forums de rp sauf exceptions dans le contexte du scénario de rp (par exemple des successeurs de Celestia et Luna dont ces dernières sont décédées pour x raison).
 
Mais il est possible de faire cette espèce divine et rare de bons personnages. Mais pour cela, il faut procéder à une procédure beaucoup plus complexe et exigeant que les autres méthode de la création de OC poneys lambda. Et en plus, les tutos de créations de ce genre de perso bien argumenté sont en anglais et je pense à ceux qui ont du mal avec la langue de Shakespeare.
 
Donc commençons notre cours, les bronies.
 
Leçon n°1 : Soyez cohérent à votre théorie sur les alicorne
 
Si vous créer une fanfiction, il faut que vous ayez votre propre perception du fonctionnement de l'univers coloré de MLP. Et si vous voulez faire une alicorne qui tien la route, il faut choisir une des théories existante sur l'origine des alicornes pour justifier sa présence. Un article de Thedarkcaster réunis les théories les plus célèbres, donc vous avez l'embarras du choix.
 
Leçon n°2 : Donnez-lui une bonne backstory
 
Dans la création d'un personnage, il est important de lui donner une histoire pour rendre votre oc plus intéressant. Dans le cas de l'alicorne, il faut prendre en compte la précédente leçon et les suivantes pour plus de cohérence.
 
Leçon n°3 : Donnez-lui un rôle important dans le fonctionnement de la nature
 
Etre une alicorne signifie avoir un rôle divin. Comme nos sœurs alicornes qui contrôlent les astres solaire et lunaire, il existe des éléments de la nature qui puisse être contrôler par une alicorne (par exemple les saisons, le temps...). N'ayez pas peur d'ajouter une alicorne dans Equestria car on peut faire comme dans les religions polythéistes (à savoir plusieurs divinités) En plus qui dit nouvelle alicorne dit nouveau royaume, donc un univers plus étendue.
 
Leçon n°4 : Limitez sa puissance magique
 
Pour régler une des reproches des OCs alicornes, à savoir sa puissance, il faut lui donner des faiblesses à sa puissance qui lui caractérise et limiter ses connaissances magiques accessibles à l'apprentissage des licornes. Cela permet de ne pas le rendre surpuissant et pouvant facilement donner des situations tendues au péripéties de votre création, et donc de ne pas rendre votre fic ennuyeuse avec des combats qui de conclut en un seul coup de magie (on est pas dans One-Punch-Man quand même !)
 
Leçon n°5 : Équilibrez sa personnalité
 
Si vous voulez faire de votre alicorne un protagoniste ou un antagoniste, une chose à faire : éviter de faire un Mary-Sue, c'est à dire trop parfait en tant que gentil ou trop maléfique en tant que méchant. Et pour cela, il faut équilibrer ses qualités et ses défauts. On peut faire un protagoniste qui a provoqué accidentellement une catastrophe de grande envergure ou un antagoniste dont ses mauvaises actions étaient basés sur de bonnes intentions. Et c'est cette personnalité variée qui rend votre alicorne plus intéressante.
 
Leçon n°6 : Choisissez un nom qui correspond à sa fonction
 
Rien à dire là dessus. C'est la même règle que les OC ordinaires. Après, pour que votre alicorne soit digne de son rôle, n'ayez pas peur de vous inspirer de divinités de religions polythéistes déjà existant, du moment que ça correspond au thème abordé à votre création.
 
Leçon n°7 : Choisissez un bon jeux de couleur
 
Le jeux de couleur est important pour la conception de votre poney, alicorne ou non. Choisissez une palette de couleurs qui correspondent bien à la fonction de votre alicorne et qui doit être agréable à voir et en harmonie avec le thème abordé sur votre perso. Évitez les couleurs très sombre car cela montre un aspect abusivement maléfique à votre personnage sauf en cas de forme alternative justifié (comme Nightmare Moon, la jument noire qui est la forme corrompue de Luna). Et surtout, EVITER LES COULEURS FLASHIES ET ÉPILEPTIQUES, CA BOUSILLE LA RÉTINE, CA SAIGNE DES YEUX YEUX ET SA PERS TOUTE CRÉDIBILITÉ A VOTRE ALICORNE !!! Pitié T_T
 
Leçon n°8 : Les bases des princesses alicornes de la série, la recolorisation ou pony creator n'est pas votre bon allié
 
Bien que cette règle n'est pas à prendre en compte pour les débutants en dessins, utiliser une base ou recoloriser la princesse Luna fait perdre de l'originalité sur le physique de votre alicorne. Et pour Pony Créator, ses possibilités sont limités, donc on pers aussi l'originalité de votre personnage. Mais pour régler ce problème, c'est simple : prenez votre crayon et dessiner votre personnage ou demandez de l'aide à un bon dessinateur qui, en lui donnant la description attendue de votre OC, pourra vous le dessinez gratuitement ou non. La solidarité est important mes amis ^^
 
 
 
Voilà les 8 choses à retenir sur la conception d'une alicorne. J'espère que cela vous aura aidé dans la création de votre OC sans avoir ces défauts tant reprochés. Et surtout, si j'ai omis un point important sur cela, merci de me le précisez en commentaire.
 
Voici le lien d'une des vidéos qui m'a inspiré sur ce sujet (malgré qu'il soit en anglais) => ici
 
Merci pour votre attention et compréhension et bisou à tous !
 

Sonatwilipie 18 579

Thirst for revenge

(Attention, spoil si vous n'avez pas lu ma fic Defeat Hurts !)
 
Bonjour à tous et à toutes, ici Sonatwilipie !
 
  J'aimerais avoir votre avis sur un de mes futurs projets d'écriture : je voudrais écrire la suite de Defeat Hurts qui s'appelera Thirst for revenge (soif de vengeance pour les non-experts en anglais).
  Alors récapitulons : 
  - Les Dazzlings ont perdu la bataille de chant de CHS.
  - Elles se sont réfugiées dans une maison abandonnée et ont perdu tout espoir.
  - Aria se déchaîne sur Adagio car c'est à cause d'elle qu'elles se retrouvent dans cette situation.
  - Une nouvelle tempête magique se déclenche comme un flashback, une impression de déjà-vu.
  - Adagio trouve de nouvelles pierres magiques d'Equestria et les Dazzlings veulent prendre leur revanche !
 
  Donc dans Thirst for revenge, je voudrais rajouter plein d'OCs, grosso modo Trixie, Bon Bon, Lyra, Octavia, Vinyl, Derpy ÉVIDEMMENT et Maud Pie ! Alors au passage, vive les cailloux ! Et je mettrai la Twilight de Canterlot City aussi, pour les fans mais pas seulement, également pour moi parce-que-c'est-moi-qui-l'ai-décidé-et-c'est-tout ! ;) Et sachez que la Princesse Twilight ne pourra pas venir aider ses amies de l'autre monde, et c'est pour cela que la deuxième Twili entrera en scène ! 
 
  Et là, vous vous demandez très certainement : Mais pourquoi Twilight ne pourra-t-elle pas aider ses amies ? Aura-t-elle un empêchement ? 
 
  Eh bien... vous verrez quand je posterai ma fic ! Vous attendrez tout simplement, parce que je n'ai pas encore tous les éléments pour écrire mon histoire. Et ce ne sera pas un one-shot bien sûr, je rédigerai plusieurs chapitres !
 
  Étant donné que j'ai collège (Je suis en 3ème) et que j'ai pas mal de devoirs, je ne sais pas si je pourrai écrire le début d'ici le week-end prochain ! Je verrai !
 
  Voilà, je voudrais savoir ce que vous en pensez, si vous avez des idées pour ma fic, ou si vous voulez que je mette un personnage que vous adorez.
 
  Je vous dis à bientôt pour de nouvelles histoires et j'attends vos commentaires avec impatience !! :) 
 
  Sonatwilipie
 
  
 

Vuld 6 530

La présupposition

Hi'.
Voilà une semaine que je replanche sur Icorne, pour réécrire les passages qui me bloquaient (sans surprise, un dialogue) et à présent que c'est fait j'arrive doucement au bout du premier quintile du premier chapitre de la première partie ouais ce texte va être long.
Durant cette énième réécriture je me suis rendu compte à quel point je me reposais sur la présupposition pour produire mes effets et donc même si je sais que parler des dialogues (et comment les rendre aussi crédibles que vivants) serait la priorité, j'ai envie de discuter plutôt de ça.
En commençant en douceur par ce passage :
« Oh, Blueblood, c'est si mignon ! Mais ce sont juste des ornements. Plus aucun poney n'y prête d'attention. »« Oui. » Gronda mon neveu. « Même plus vous. »J'avais du mal à conserver mon sourire après cette gifle.
Les deux répliques ne sont là que pour le contexte. Celestia fait sa Celestia, Blueblood fait son Blueblood : c'est la dernière phrase qui m'intéresse. Et pour ça je vais devoir vous parler de pragmatique.
 
0. La partie théorie
Dans le langage, il y a ce qui est dit explicitement, noir sur blanc, genre "la pierre est bleu" signifie que la pierre est bleue.
Mais à côté de ça il y a aussi, et constamment, énormément de non-dit, d'implicite. Typiquement : "j'ai vu ton amante sur le trottoir" en dit un peu plus que juste le fait d'avoir rencontré une personne familière. On sépare cette information supplémentaire en trois catégories :
- L'implication : c'est juste une conclusion nécessaire et absolue. Impossible de la nier. L'exemple canonique est "Rarity a tué Tom" qui implique que Tom est mort. Il est mort. Il ne va pas revenir dans trois épisodes il est mort. L'implication est aussi forte que si on l'avait dite explicitement. Dans le cas de l'amante, le mot "trottoir" implique qu'ils étaient en extérieur. À moins qu'il y ait des trottoirs dans les maisons ?
- L'implicature : c'est une conclusion qui n'est pas nécessaire. C'en est une parmi une infinité, qui peut être niée. L'exemple canonique est "il pleut" qui peut signifier par exemple qu'on n'ira pas pique-niquer. Dans le cas de l'amante, "j'ai vu" peut signifier "j'ai parlé à" mais ce n'est pas nécessaire, on peut se tromper en le supposant.
- La présupposition : ce n'est pas une conclusion. C'est une information nécessaire pour que ce qui est dit soit vrai. L'exemple canonique est "tu veux prendre quel nounours pour aller chez mémé ?" pour dire à un enfant qu'il va aller chez  mémé. Dans le cas de l'amante, bêtement, pour qu'on puisse dire "j'ai vu ton amante" il faut que "tu" aie une amante. Si on nie la présupposition, on nie ce qui est dit (et on traite l'autre de menteur).
Ce sont là, normalement, les trois moyens de sous-entendre quelque chose dans un texte. Celui qui m'intéresse est la présupposition parce que, comme l'exemple le montre, elle permet de sous-entendre des choses parfois énormes et pleines de conséquences. Soyons clairs là en ce moment y a un gars qu'est en train de passer un mauvais quart d'heure (pour dire le moins).
La présupposition permet de forcer la personne en face, dans notre cas le lecteur, à accepter des choses qu'il pourrait autrement nier. On court-circuite son raisonnement parce que, pour comprendre la phrase, il doit d'abord supposer l'information vraie. L'information vraie lui permet d'interpréter la phrase et à ce stade il est mis devant le fait accompli. À noter que l'implicature, elle aussi force un peu le lecteur. Mais plutôt que de le mettre devant le fait accompli, l'implicature veut que ce soit "lui" qui en vienne à cette conclusion. Pourquoi ? Parce que si la conclusion vient de lui elle n'en sera que plus forte. "Eh, c'est toi qui l'a dit."
 
1. La partie pratique
Bon okay, la présupposition ça existe c'est génial. Pourquoi j'en parle ?
Pas vraiment pour ce qu'elle permet de faire. Il y a des tas d'effets sympas qui ne sont qu'une variation de "mettre le lecteur face au fait accompli". Cela dit, on peut regarder l'effet particulier qu'a la présupposition dans le passage cité au départ :
J'avais du mal à conserver mon sourire après cette gifle.
Quelle est la présupposition ? La gifle. Il y a des tas d'autres présuppositions (le fait qu'elle sourie, par exemple) mais celle-ci est la seule qui, littérairement, nous intéresse parce qu'elle produit un effet. Je me suis amusé à comparer avec une version où la gifle est explicitement dite :
Ce fut une gifle. J'avais du mal à conserver mon sourire.
Et une version un peu moins explicite :
Cette gifle faillit me faire perdre le sourire.
La version purement explicite est typique d'une écriture kilométrique : on réfléchit en même temps qu'on écrit et, ne serait-ce que pour faciliter l'enchaînement, on a tendance à tout mettre noir sur blanc. Le résultat est que tout est au même niveau et, du coup, le texte en devient monotone. Ici Celestia fait juste la liste de ce qui s'est passé. Il y a un effet, mais c'est plus un effet de violence : on se prend vraiment la gifle en pleine face.
La version un peu moins explicite est presque problématique parce qu'on ne comprend pas bien à quoi se rapporte la gifle. Moins qu'une présupposition ici c'est une question de référence. On a l'impression qu'il y a une vraie gifle qui vient de tomber de nulle part et on se retrouve à déduire (implicature) que non, c'est la dernière réplique de Blueblood. Bref, maladresse.
La version présupposée, elle, met en scène la réaction de Celestia. Cette dernière essaie de "garder le sourire", de cacher la gifle qu'elle vient de se prendre. Il est donc normal qu'elle mette cette information en arrière-fond, qu'elle la sous-entende. Mais elle a quand même envie qu'on sache qu'elle l'a mal pris. La présupposition incarne son état d'esprit.
Donc super, on a vu un effet possible de la présupposition. Woohoo, c'est la fête.
Plus sérieusement.
Ce qui m'intéresse est que, comme dit, la présupposition force le lecteur à admettre une information comme vraie. Ici on lui dit que la dernière réplique de Blueblood est une "gifle", et le fait que ce soit une présupposition réduit les chances que le lecteur questionne cette vérité. Or, si on regarde la réplique de Blueblood, les trois mots "même pour vous" sont plutôt innocents. On ne s'aperçoit pas, normalement, de tout ce qu'il y a de blessant là-dedans.
La vérité c'est que j'ai énormément de mal avec les dialogues. Celui entre Celestia et Blueblood a été un parcours du combattant, où je m'entêtais à faire cohabiter le caractère canonique des personnages avec les exigences de mon plan, le tout sans me perdre en des suites interminables de répliques rachitiques. Inversement, j'avais peur que les passages narratifs entre les répliques ne repoussent le lecteur (ce qui arrivera de toute manière mais ce n'est pas une raison). Bref, je bloquais. Quand je relisais le passage, j'avais juste envie de fermer le document.
Puis, à la quatrième réécriture, je sors ça, et soudain le dialogue me passionne. Pourquoi ? Parce que la présupposition révèle tout ce qui est en train de se passer derrière, tout ce qu'on aurait pu manquer.
Celestia n'est pas juste en train de dire que "quelque chose est mignon", elle est en train de se payer la tête de Blueblood, mode bien troll. C'est un peu tout ce qu'elle a fait depuis le début de la conversation et jusqu'à présent Blueblood subit, c'est un véritable punching ball. Donc Celestia continue et lui fait "l'habit n'a pas d'importance" à un gars pour qui les apparences font tout. Et là Blueblood riposte.
Les gens jugent, pour autant que j'en sache, les dialogues sur deux critères : ils doivent être "crédibles" et ils doivent être "vivants". Je ne sais pas si "ils doivent être emplis d'émotions" est inclus dans le second point ou est à part mais passons.
Crédible signifie que c'est quelque chose qu'un être vivant normalement constitué devrait pouvoir dire. C'est aussi là que les gens râlent si les personnages ne parlent pas "comme qu'ils parlent dans le show".
Mais que signifie "vivant" ? C'est pour moi la boîte noire des dialogues. Mes personnages sont des philosophes dans une expérience de pensée, quand ils parlent ils parlent de questions abstraites et assez vastes. Cela donne des dialogues assez... euh, distants, détachés, dépourvus de la moindre émotion ? Les personnages raisonnent et ne font rien d'autre.
Je pensais pendant longtemps que pour rendre un dialogue vivant, il fallait le faire porter sur des questions concrètes et de détail. C'est, bêtement, un personnage qui va se mettre à dire "vous trouvez pas qu'il fait froid ?" Préoccupation mondaine qui montre qu'il est fait de chair et de sang. Mais c'est prendre le problème à l'envers.
Ma seconde approche, développée notamment avec un texte où Twilight princesse doit gérer un cas de justice, était la motivation du personnage. Tant que Twilight ne servait qu'à poser des questions, mode "je dois comprendre pour faire mon boulot", ses répliques étaient d'une platitude effrayante. Je lui ai alors donné une motivation, en lui faisant prendre parti pour un camp, et du coup tous ses dialogues n'allaient plus viser à se renseigner mais uniquement à faire gagner ses convictions. Elle a une "arrière-pensée".
Cette seconde approche reparaît dans Icorne au travers de la présupposition. Mes dialogues ne me plaisent vraiment, et n'arrivent à m'impliquer que quand, derrière, je peux deviner les arrières-pensées des personnages. Ou essayer de les deviner. Au moins savoir qu'il y en a.
Normalement, j'aurais tendance à écrire ça :
« Oh, Blueblood, c'est si mignon ! Mais ce sont juste des ornements. Plus aucun poney n'y prête d'attention. »« Oui. » Gronda mon neveu. « Même plus vous. »J'avais du mal à conserver mon sourire.
Bon, normalement j'écrirais le récit à la troisième personne -- et donc pas question de présupposition puisque le narrateur n'est pas censé savoir comment elle le prend -- mais en me contentant de ça, plutôt que de mettre le lecteur devant un fait accompli, j'aurais cherché à le pousser à se demander "pourquoi ?" Pourquoi elle aurait du mal à conserver son sourire ? Quelque chose que Blueblood a dit, mais on ne voit pas quoi. De la gêne ? De l'impatience ? Ou bien c'est même le ton du neveu qui pose problème, elle en a juste marre de son arrogance ?
C'est au final le hasard (et les réécritures) qui m'a fait user d'une présupposition, et tout le reste du dialogue fonctionne sur le même principe.
« C'était comment ? »« J'étais libre. »Mon but était qu'il reste, mais je n'avais plus le coeur à mentir.
Quand je dis même principe ce n'est pas pour rire, ici c'est littéraire. Deux nouvelles répliques, l'air de rien, puis une phrase un peu cryptique de Celestia (faute de contexte) mais dont la présupposition est que Celestia a l'habitude de mentir. Et aussi qu'ici elle dit la vérité. Sans la phrase qui suit, on ne se rendrait pas compte de tout ce que son "j'étais libre" essaie vraiment de dire.
Et, de façon intéressante, on n'a pas ces commentaires pour Blueblood. Seulement les réactions de Celestia. Or Blueblood aussi carbure pendant qu'il parle. Il en a marre de se faire troller, donc il riposte. Plus loin il demande "c'était comment" et si le dialogue est bien fait alors il ne pose pas la question juste par curiosité, pour faire la conversation. En fait, Celestia donne l'enjeu : "qu'il reste". En supposant que Celestia ne se trompe pas, alors Blueblood pose la question pour justifier son départ... ou pour se donner une raison de rester.
 
2. En fait je parlais de dialogues
Au final je ne sais toujours pas ce qu'est un bon dialogue. Ça reste l'un de mes points faibles et une grande lacune dans mes textes. Mais je pense qu'on peut au moins détailler un peu le côté "vivant" à l'aide de la présupposition.

Les personnages ont, quand ils parlent, une arrière-pensée. La difficulté est que, justement, c'est une arrière-pensée. On peut le faire dire explicitement, comme si on s'adressait à des gamines de six ans mais ça donne des dialogues pas très crédibles. Inversement, si comme moi on cherche à cacher les intentions question de bien reproduire les défauts de communication de la vie courante, le lecteur va louper les enjeux et potentiellement ne même plus comprendre ce qui se dit.
Mon but à moi est de me reposer sur l'implicature : donner assez de contexte pour que le lecteur en vienne, de lui-même, à deviner les intentions réelles du personnage.
Mais si on est un brin plus réaliste et moins suicidaire alors la présupposition est le meilleur compromis. La présupposition est une bonne manière de laisser paraître les intentions du personnage sans avoir à les dire explicitement. Et une fois encore, le but n'est pas que le lecteur sache clairement quelles sont ces intentions. Il doit juste pouvoir faire confiance au texte pour savoir qu'il y en a.
« Les temps changent, et les goûts également. Il père de mon père aurait ri de me voir voiler le quartier. Inutile de vous montrer rustre. »Je me renfrognais.« Et toi ingrate, Honeydew. Les temps changent, c'est chose avérée, mais doivent-ils changer si vite ? »La nièce d'Appletone s'empourpra, et si je n'avais pas été sa princesse et suzeraine, j'aurais amèrement regretté mes mots.
Celestia se renfrogne parce qu'on traite quelqu'un de rustre. Elle réplique en disant "et toi ingrate", et la jument en face a le visage rouge. La réplique qui suit explique qu'Honeydew est vraiment pas contente de ce qu'a dit Celestia, et on peut deviner vaguement que ce n'est pas à propos des temps qui changent.
Tout ce qu'on sait est que Celestia, en disant "ses mots", a insulté Honeydew. Elle elle le sait. Elle vient d'envoyer une pique pour remettre la jument à sa place et on peut seulement spéculer du pourquoi. Le texte donne des indices, mais c'est tout. L'important est qu'ici on sente que quelque chose se joue.
 
3. tl;dr
Que ce soit la narration ou le dialogue, un bon texte cherchera à dire plus qu'il ne dit noir sur blanc. La présupposition fait exactement cela, en forçant le lecteur à accepter quelque chose comme vrai sans avoir eu à le dire directement.
Je n'ai jamais aimé ça, j'ai envie que mon lecteur devine par lui-même, mais force est d'admettre que la présupposition permet vraiment de donner une toute autre dimension à ce qui se dit, une dimension que le lecteur ne devinerait jamais autrement, ou trop difficilement :
« Excusez-moi, » je demandais soudain à voix haute, « voulez-vous bien nous laisser je vous prie ? »Ce n'était pas une demande.
Cela justifie également la narration autour des répliques. On dit souvent au débutant de "décrire qu'est-ce que les gens font" ou de "rappeler le décor" et parfois, en luxe, d'en "profiter pour montrer ce qu'ils ressentent". Ici, j'observe que j'utilise massivement la narration qui suit une réplique pour laisser entendre tout ce que, justement, cette réplique sous-entend. C'est ce qui, finalement, aura réussi à rendre mon dialogue un tant soit peu "vivant".
...
Bon et il y a toute la question de réagir à ce que dit l'autre mais ça ça attendra que je m'en remette à nouveau, fanficers,à vos plumes !

metabenn 11 428

Nouvelle expérience.

Bonjour/bonsoir juments, étalons, poneys et changelins (non je ne m'arrêterais pas de dire ça, cela paraîtra à chacun de mes articles)
 
Aujourd'hui, j'ai besoin de votre aide.
En effet, comme vous l'aurez vue, j'ai envie de tenter quelque chose de différent de mes fictions habituelles.
Je vais tenter l'expérience d'écrire une fiction à la deuxième personne, activité qui n'est pas facile car elle requière l'immersion du lecteur. Si cela manque, à mon sens, la fiction est raté.
Alors concrètement, qu'est ce que je demande ?
Mon appel consiste à vous demander des conseils sur l'écriture des fictions à la deuxième personne. (j'en ai vu aucun article ou alors j'ai mal cherché)
Comment doit être l'ambiance ? Comment décrire l'environnement ? Comment vous faire rentrer et rester dans le personnage de la fiction ?
Les questions sont bien plus nombreuses mais je ne vais pas toutes les énumérer.
En fait, plus généralement. Selon vous, quel sont les éléments importants qu'il faut retrouver dans une fiction à la deuxième personne ? (du singulier mais je doute vraiment de l'utilité de le préciser)
Merci d'avance pour vos réponses.

lnomsim 19 488

"Il faut tout changer !" déclare-je

Tout d'abord, la faute dans le titre est intentionnelle (et tape-à-l’œil, donc ça attire du monde.)
 
Deuxièmement, je ne me rappelle pas avoir vu cette règle expliquée ici, ou alors je vais devoir changer mes lunettes. (et au cas où elle aurait bel et bien été expliquée, je retirerai l'article.)
Bien, passons au vif du sujet, j'aime écrire à la première personne du singulier et au présent. Pour ça, une raison bien simple, j'aime quand je lis, découvrir l'histoire en même temps que le personnage, par conséquent, je veux aussi que quand le lecteur lise mes fictions, il soit au limité au champ de vision du personnage et ses connaissances.
Cela pose néanmoins un léger soucis, soucis qu'on me rappelle régulièrement et que j'ai involontairement ignoré jusqu'à maintenant, mais il est temps de changer ! déclaré-je.
Je pense, et j'espère que tout le monde le sais, après un dialogue, le verbe et le sujet sont inversés.
Si bien qu'on aura :"Il fait beau aujourd'hui." dit-il."Oui, très beau." confirma Twilght.
Maintenant, mettez vous à la place de Twilight qui répond au présent."Oui, très beau." confirme-je.
Vous voyez le problème ? La prononciation de confirme-je est difficile et pas très agréable.Pour ce que j'en ai compris, dans ce cas de figure, il suffit de remplacer le 'e' par un 'é'
Ainsi, on obtient,"Oui, très beau." confirmé-je.
Déjà plus agréable, non ?
Mais qu'en est-il des verbes qui ne sont pas du premier groupe ?
Hé bien... en toute honnêteté, je n'en ai pas la moindre idée, je n'ai pas trouvé de règle à ce sujet.
Mais prenons les exemple du verbe 'dire' et 'répondre' (oui, deux verbes du troisième groupe, je viens de me rendre compte qu'il n'y a pas des masses de verbes d'expression dans le deuxième groupe).
J'ai tendance à dire "Dis-je", et l'on m'a conseillé d'utiliser 'Répondis-je'.
Du coup, je suppose qu'il s'agit principalement de rendre la prononciation plus agréable.
Si quelqu'un a plus d'information à ce sujet, merci de le partager.
EDIT: @Littleparrot indique que l’exception n'a lieu que pour les verbes du premier groupe, et qu'en revanche les verbes du deuxième et troisième groupe doivent garder leur terminaison.
 
Source
 
PS: ça veut aussi dire qu'à partir de maintenant, je tâcherai d'éviter cette erreur, et si j'en ai le courage et la motivation, j'essaierai de corriger mes fictions, j'ai du boulot devant moi.
 
Edit : Je viens aussi de tomber sur cet article : Article
Le contenu est intéressant, mais n'éclaire en rien mes lumières...Mis à part que la narration au présent, c'est effectivement chiant et relativement mal encadré au niveau grammatical.

Vuld 7 353

Écrire un paragraphe

Hi'.
Okay, je m'avoue vaincu. Ça fait une semaine à présent que ça me travaille et qu'il me faut y revenir. Pour la faire brève, j'ai fait une présentation sur la fanfiction à la PonySouth et j'y ai rushé les exemples. Donc en attendant que je sache si, quand et où les gens auront accès aux panels, j'aimerais revenir sur les exemples que j'ai donnés et, comme le titre le dit, j'aimerais à terme réfléchir à la manière dont on écrit nos paragraphes.
Allez c'est parti.
 
0. Un peu de théorie
Je suis obligé de donner un brin de contexte. Ce qu'on va discuter se fait dans l'idée qu'on a tous dans la tête une machinerie qui nous permet d'aligner les mots. Qu'on en soit conscient ou non elle est là et c'est d'elle (et des théories linguistiques afférentes) que je tire les principes de base d'un texte.
Notamment : 1) le texte a un et un seul objet, 2) le texte n'a de valeur qu'en contexte et 3) le texte est une conversation.
Eeeeet ce sera tout pour la théorie. Les exemples qui suivent sont là pour l'illustrer de toute manière alors passons à la pratique.
 
1. Applejack
Petit test. Si j'écris :
Applejack rattrapa la mèche.
Ça vous parle ? Nope ? Normal : le texte n'a de valeur qu'en contexte. Il y a toujours un contexte mais vous voyez pas dans quelles circonstances notre fermière en sucre devrait rattraper une mèche.
Maintenant, imaginez que vous vous réveillez un jour avec l'envie d'écrire un texte : ce sera des courses de voiture avec des poneys. Discute pas. Donc c'est parti on écrit l'histoire : ce sera Applejack qui fait des courses de voiture, aidée en cela par son frère Big Mac mais les frères Flim Flam veulent lui mettre des bâtons dans les roues en s'alliant à Murielle et son armée de vaches qui veulent faire exploser les capitales d'Equestria à la dynamite pour éviter le retour prophétique d'Orion Crest l'alicorne amnésique !
Après avoir bien rigolé de mes propres foutaises, j'ai regardé ce synopsis et je me suis dit : toutes les histoires sont bonnes. C'est mon crédo. Donc cette histoire doit être bonne aussi. On doit pouvoir en faire quelque chose.
Comment faire pour rendre ça crédible ?
On va donc tenter d'écrire un paragraphe de cette histoire purement wtf, mais en la traitant sérieusement. J'ai choisi, pour ma part, d'associer "courses de voiture" et "capitales dynamitées" pour imaginer une scène où Applejack devrait empêcher Canterlot d'exploser en rattrapant, en voiture évidemment, la mèche allumée. Le paragraphe se concentrera plus précisément sur le moment où elle rattrape la mèche :
Applejack rattrapa la mèche.
Paf. Maintenant vous avez le contexte et soudainement cette phrase a du sens. Mais c'est une phrase, pas un paragraphe. Ce qu'on a là, c'est une paraphrase, un résumé, le squelette de notre futur pavé de cinq-six lignes. Et pour être honnête, formellement, un paragraphe n'est que la même phrase répétée une volée de fois :
Applejack rattrapa la mèche. Applejack rattrapa la mèche. Applejack rattrapa la mèche. Applejack rattrapa la mèche. Applejack rattrapa la mèche. Applejack rattrapa la mèche. Applejack rattrapa la mèche. Applejack rattrapa la mèche. Applejack rattrapa la mèche. Applejack rattrapa la mèche. Applejack rattrapa la mèche. Applejack rattrapa la mèche. Applejack rattrapa la mèche. Applejack rattrapa la mèche. 
Vala' ça c'est un paragraphe. Oui oui, rappelez-vous : un texte n'a qu'un seul objet. Ici notre objet sera, pour simplifier, de rattraper la mèche. Donc absolument tout ce qui va composer notre paragraphe doit servir à dire qu'on rattrape cette fichue mèche. Un peu comme ce paragraphe-ci doit vous convaincre en catimini qu'un paragraphe peut être représenté d'une manière aussi absurde. Ooooon passe à la suite.
Bien sûr, pas question de copier dix-vingt fois la même phrase. Mais pas question non plus de raconter nawak :
La fermière au crin de seigle avec ses taches de rousseur sur le haut de joues piqueté comme des pépins blanc lait et sa petite frimousse mignonne, si campagnarde, avait fini à force de gagner sur elle par arriver à proximité suffisante de la mèche élusive, aux fibres cotonneuses roulées sans fin dans des spirales affolantes dévorées par le crépitement de la flamme en son bout.
Aaaaaaaaaaaaargh ! Okay ça a vaguement la taille d'un paragraphe mais ça c'est juste du remplissage ! On a juste étalé les mots comme de la confiture et oui okay notre paragraphe ne dit qu'une seule chose mais justement pour ce qu'il dit c'était pas la peine de faire autant de lignes !
Ça c'est LE truc qui te fait haïr un texte. Quand on te fait subir dix plombes de blabla pour rien.
On est donc pris entre deux consignes contradictoires : répéter la même chose sans répéter la même chose. Avoue que c'est concept. Non mais littéralement. Et pour y parvenir, on va... utiliser le contexte.
Mon premier réflexe a été : okay, on a rattrapé la mèche... du coup elle en est où la mèche ? Elle est où, elle fait quoi ? À ce stade du récit, vu qu'Applejack la poursuit, je suppose qu'on est familier avec la mèche donc pas besoin de la décrire mais on la poursuit là, c'est comme avec un voleur : t'as envie de savoir la direction qu'il prend, s'il est en train de grimper une palissade ou de pousser un étal de pommes.
Applejack rattrapa la mèche. La mèche était sur le trottoir. Sa flamme était bien visible.
On parle toujours de la même chose. Pourtant on a donné de nouvelles informations utiles au lecteur notamment parce que le comportement de la mèche permet de réfléchir à ce qui va se passer ensuite : maintenant qu'on l'a rattrapée, est-ce qu'on va pouvoir l'éteindre ? C'est un peu le but. Je crois.
D'ailleurs parlant de ça, c'est quoi la réaction d'Applejack ?
Applejack rattrapa la mèche. La mèche était sur le trottoir. Sa flamme était bien visible. Applejack était soulagée. Elle était toujours concentrée sur sa conduite. Son véhicule allait super super super vite.
Alors oui, on l'a dit avant dans le texte (normalement) qu'elle était en voiture et qu'elle va vite, mais c'est important de le répéter -- tout comme on répète, durant tout un paragraphe, qu'elle a rattrapé la mèche -- donc oui, on va ajouter ça à la liste des informations dans ce fichu paragraphe. Et Canterlot ? À quoi ressemble la rue ? Où sont les piétons ? Et ainsi de suite... Le paragraphe, tout comme la phrase et tout comme le texte à leurs échelles, est un idée centrale autour de laquelle gravitent des tas d'informations.
Mais là bon... "son véhicule allait super super super vite" on a beau le répéter trois fois, ça ne donne pas l'impression de vitesse. C'est le fameux "ne le dis pas, montre-le". On va mettre en scène.
Là ! Entre les pavés du trottoir, parmi les piquets de réverbères qui défilaient à toute vitesse, c'était la mèche ! Un crépitement de flamme qui se faufilait follement entre les pattes des piétons surpris de la remarquer. Applejack n'eut pas le temps de se réjouir : déjà sa patte pressait l'accélérateur et dans une embardée elle s'élançait pour la dernière ligne droite. Ses yeux bondissaient de la route au trottoir et...
Voilà, on a utilisé les outils et techniques de la littérature pour rendre le paragraphe plus présentable. Par exemple : au lieu de dire "soudain elle voit la mèche" on réduit ça à un "là !" où l'auteur pointe du doigt un objet que le lecteur ne voit pas encore. Le lecteur est soudain dans la situation d'Applejack, à tenter de distinguer un truc dans la rue. Il sait déjà ce que c'est, mais sans en avoir la certitude, bref. Autre exemple ? "flamme qui se faufilait follement", répétition du son "f". Idem plus loin, "pattes des piétons surpris", répétition du son "p". Pour euh... je sais pas.
(Au passage, notez qu'on arrive à rendre crédible, par la forme, un paragraphe une une jument dans une voiture humaine poursuit une mèche longue de plusieurs kilomètres qui va à cent à l'heure dans la capitale de Canterlot. Cherchez l'erreur.)
Ce dont on va devoir se convaincre, cela dit, est une fois encore que tout ce paragraphe ne dit qu'une et une seule chose : Applejack a rattrapé la mèche. Je vous laisse analyser pour vous en persuader.
Ce dont on va devoir se convaincre aussi est que ce paragraphe pour joli qu'il soit, est incroyablement nul. Je veux dire, c'est bien écrit mais... littérairement parlant c'est l'intérêt zéro de l'écriture.
 
2. Dragterre
Ce que j'aimerais montrer avec un second exemple.
L'histoire de la prophétie d'Orion Crest est bien gentille mais on a un peu dévié de l'objet de départ, aka les courses de voiture. Après avoir retravaillé l'histoire j'en étais venu à un tout autre texte dont j'avais écrit quelques pages, et voici le paragraphe qui m'intéresse :
Son véhicule tourna sans peine, suivi à quelques mètres seulement par Gear Shift. Il observa, un peu surpris, la jument le talonner de derrière sa petite verrière.
Bon déjà on va commencer par faire une correction nécessaire si je veux conserver mon estime personnelle :
Son véhicule tourna sans peine, suivi à quelques mètres seulement par Gear Shift. Il observa, un peu surpris, la jument le talonner de si près.
Voilà donc on n'y revient pas et on regarde. Le paragraphe est simple, on a deux "phrases" et visiblement on a deux "voitures" qui se coursent. La mise en scène est là, c'est du texte classique, donc... pourquoi je vous montre ça ?
Parce que ce paragraphe illustre parfaitement la raison pour laquelle j'ai abandonné le texte. On nous dit quoi, au juste ? Que le véhicule tourne, qu'il est talonné par personnage #12... il la regarde, elle est proche, il est surpris. Okay... et ? Quoi d'autre ? Là je viens de reformuler bêtement, comme un perroquet, ce que le texte dit noir sur blanc. Ma question est : est-ce qu'il y a plus que ça ? Est-ce qu'on nous apprend autre chose ?
On va essayer... ? Alors euh... Il tourne sans peine, donc le véhicule (ou le pilote) doivent être bons. Le premier personnage a l'air surpris, donc peut-être que Gear Shift est très nulle... et euh... et c'est tout !
Je le répète, la mise en scène est là, ce n'est pas le problème. On a un paragraphe court pour illustrer la surprise (ça survient vite), on a une situation qui commence pépère puis l'info' qui doit surprendre, qui arrive là l'air de rien. On a les "s" pour la transition, "son véhicule ... sans peine, suivi..." Donc okay oui super le mec qui a écrit ça sait écrire (encore heureux, c'est moi) mais là cette phrase est incroyablement pauvre en information !
C'est juste... pas intéressant à lire. Ou en tout cas pas intéressant à écrire, ça. Y a limite... pas d'objet (façon de parler).
 
3. Icorne
Pour l'anecdote, la veille de la présentation j'ai causé de mes textes avec quelqu'un (mystèèèèère) et je me suis retrouvé à tirer quelques extraits de texte. Et c'est comme ça que m'est venue l'idée de montrer ces mêmes extraits durant la présentation.
L'un de ces extraits était le paragraphe de Dragterre ci-dessus. Un autre extrait était ceci, tiré du texte "Shadoks" :
Les princesses sont très rares, alors profitons d'avoir celle-ci. Elle est occupée, voyez-vous, à regarder le ciel avec son gros télescope.
Vous n'avez aucun contexte, aucune idée de ce qui se passe mais entre autres choses vous savez déjà de quelle princesse on parle. Non, pas Luna, arrêtez les références obscures de vieux S2 réfractaire. Princesse + télescope = Twilight Sparkle. Cet extrait me permettait de montrer comme le contexte du télescope influençait la valeur du texte "princesse". Mais bref.
 
3.1. Beaucoup de contexte
En passant en revue la liste de tous mes textes en pause ou abandonnés, j'ai fini par arriver au seul qui est vraiment encore en cours. C'est-à-dire Icorne. Et j'étais parti sur l'idée "ouaaaais, ce texte est meh". Et j'ai lu des extraits à haute voix. À commencer par les tous premiers mots du texte. Mes excuses par avance, ce n'est pas un paragraphe, c'est plus long que ça :
Je suis Celestia.
Je vis dans un monde magique dont je ne sais rien.
Je crois que si la magie permet tout à toutes, alors toutes se croient tout permis. Je crois que cela crée des monstres. Je crois que le monstre tue le monstre, que le monstre pleure, souffre et supplie. Je crois qu'un monstre asservit, qu'un monstre domine, qu'un monstre soumet et opprime, qu'un monstre règne sur les monstres et leur impose sa loi. Cela s'appellerait la loi du plus fort.
Et on pourrait croire que c'est naturel.
Mais je crois aussi n'être qu'une ponette stupide, parmi les animaux les plus doux et les plus dociles, les plus aimables, les plus serviables et les plus serviles. Et je veux croire qu'un monde de magie est un monde de merveilles, un monde de paix, d'amour et de joie. Un monde où tout est bon, où tout va bien, où le bien triomphe toujours et où les ponettes sont gentilles. Je veux croire qu'un monde magique est une utopie, loin de la cruauté et du cynisme de mes souvenirs.
Et on pourrait croire que c'est naturel.
Parce que ce monde est mon monde, ce royaume est le mien. Je suis princesse d'Equestria, souveraine d'un million d'âmes, l'héritière de cent générations. Moi, Celestia, de charité et de droit, je bannis le mal et le malheur de mes terres, et j'ordonne la loi céleste. Un monde où chacune a sa place, même les monstres, un monde où toutes seront destinées à vivre en harmonie.
Il suffit pour cela que le monstre ignore ce qu'il est.
Et là j'ai fait wow. J'ai redécouvert mon propre texte et je me suis rendu compte à quel point le fait d'avoir réécrit ce début plus d'une dizaine de fois avait permis de le ciseler mais à un point...
Je veux dire, une fois encore la mise en scène est jolie. Prenons simplement le paragraphe qui commence par "je crois que si la magie permet tout à toutes...", l'une des mises en scène notables est le "je crois" scandé tout du long et qui fait pense à un discours de politicien ("moi président" ?). On a le "asservit / soumet", on a le "domine / opprime", on a une structure ABAB qui est une chaîne ! Structurellement le texte est une chaîne alors qu'on parle d'asservir et d'opprimer ! Donc ouais la mise en scène elle est cool... mais encore ?
Là encore, je vais balancer une anecdote. Au départ, je tentais d'écrire Icorne dans le style de "Melodrama", avec une Celestia très lol, très troll et qui se moque de tout. Mais tous mes brouillons mouraient dans les cinq pages. J'ai alors fini par décider de changer le personnage, et lui donner une voix plus... impériale. Plus de grandeur, plus de noblesse.
Et soudain ça passe.
Donc le ton de ce passage n'est pas du hasard, là je suis en train de me donner le la pour le reste du texte. Mais ça ça reste de la mise en scène. Ce qui m'intéresse, c'est le contenu, c'est ce que dit le texte au-delà de la paraphrase. Et justement. Là, mine de rien, dans ce premier passage je suis en train de spoiler toute l'intrigue. Simplement cette phrase :
Je crois que si la magie permet tout à toutes, alors toutes se croient tout permis.
On a la structure enchâssée ABBA avec "tout / toutes / toutes / tout" qui met en scène l'inversion qui se produit. Quelle inversion ? Eh bien, la phrase peut sembler du verbiage, mais si on s'arrête elle dit quelque chose. En une phrase on a toute une philosophie sur l'absence de limites. C'est, secrètement, la règle avec laquelle on devra juger tout ce qui arrivera ensuite dans le texte. C'est la clé de lecture.
Autre chose ? Regardez les déterminants. "Je crois que le monstre tue le monstre..." le déterminant est défini. Mais soudain "je crois qu'un monstre asservit" le déterminant est devenu indéfini. On est passé de "le" à "un". C'est le genre de truc qu'à la lecture le lecteur ne va pas voir, parce qu'il est trop occupé à lire la suite. Mais ce détail. Juste ce détail. Quand je dis qu'ici on est en train de spoiler tout le texte, ce n'est pas une blague. 
Okay.
Maintenant que je vous ai spoilé tout un texte (dépendant du temps que vous aurez passé à relire le passage dans le détail) on va sauter un peu plus loin. Pas bien plus loin. Juste après cette introduction l'histoire démarre :
Face à moi se dressaient les hordes d'Everfall, un million de bêtes sous la bannière du chef de guerre maudit. J'amenais à ma suite huit cents poneys de la garde royale, suivis des licornes de la tour de Windscream, des volontaires de Marephis, de Bayton et Bristle Rock, des braves de Raneigh, de Snaffle Heights  et Mountgomery. J'avais sur ma gauche les lances d'Hendersalt et d'Hayzelwood avec leurs hampes entrelacées d'émeraude. Et sur ma droite s'avançaient étincelantes les trois colonnes de Grazedale, de West Muffin et de Chestnut Creek. À la tête de ces dernières je reconnaissais les plumes azur de Poppy Wreath. Avec moi quatre mille sabots foulaient ces prés.
À quoi s'ajoutaient les compagnies de tercios de l'infante Furiosa. Son étendard dominait les deux collines et le métal et l'argent de ses cuirasses formaient comme une muraille d'écailles. Nous avions aussi les deux cents ânes de la compagnie de Douncango, la compagnie de Muleón et celle de Salinas de Humpalgo. Et à la troisième heure enfin, dans le premier fracas des armes, je vis venir par les routes écrasées de chars presque quatre cents zèbres venues des côtes lointaines de Feira de Stripana.
Même à mille contre un la moitié du monde connu m'avait rejointe.
Ici, encore et toujours une anecdote. J'avais écrit un autre texte, "Légitime", où je ponifiais l'Amérique Sud, et je m'amusais comme un fou à trouver des noms sur Google Maps le long de l'Amazone. Ici, j'ai fait pareil, j'ai cherché des lieux aux États-Unis et j'ai ponifié. Honnêtement, là, je m'amusais.
Mais.
À la relecture, tu le sens l'épique ? Juste assez de détails pour que ce ne soit pas abstrait, juste assez de noms pour être étourdi, la petite référence à Hugo qui va bien et enfin la phrase qui claque, "même à mille contre un..." Donc ouais, la mise en scène est excellente, désolé de me brosser moi-même dans le sens du poil mais c'est sûr que partir à la bataille dans ces conditions moi je suis hype.
Mais, comme avant... la mise en scène ne fait pas tout. Est-ce que ce paragraphe, là, qui liste d'où viennent les poneys, nous dit plus que juste ce qui est écrit noir sur blanc ? Honnêtement... pas vraiment. Okay, ça montre un aspect intéressant de Celestia : elle s'intéresse aux autres. Elle les adore. Regarde juste : "j'amenais à ma suite" là ils sont dans l'ombre, mais ensuite "j'avais sur ma gauche" ils sont en train de la flanquer, elle se fait doucement dépasser, et ensuite tu as "à la tête de ces dernières" les autres sont passés en tête ! À la fin ce n'est plus "à ma suite" c'est "avec moi", Celestia est en train de les mettre en avant, de chanter leurs louanges !
Et rien que ça, déjà, c'est l'esprit d'Icorne. Celestia n'en a rien à fiche d'elle, elle met en avant les autres. Elle admire les autres. Donc rien que là, oui, déjà oui, ce paragraphe en dit beaucoup ! Mais... c'est pas suffisant.
Donc on va sauter quelques pages et arriver au moment où Celestia cause avec une troupe commandée par la comtesse Birdshot :
Je me détachai d'elle pour regarder la presse noire au loin.
« Vous recevrez une officière jusqu'au retour de Birdshot. »
« Princesse, on ne pense pas que la comtesse reviendra. » Dit piteusement une jument derrière moi.
Je me retournai. Ça, au moins, je savais comment y répondre.
« Ne perdez pas espoir, braves ponettes. Cette journée verra nombre de malheurs et de miracles. Le ciel m'a donné des ailes et une corne, mais le soleil m'a aussi donné un coeur et dans ce coeur brûle une flamme plus précieuse que tous ces dons. Nous partageons toutes cette flamme, une magie que notre ennemi ne connaît pas. Je vous montrerai de quoi vous êtes capables, et vous, mes admirables ponettes, vous me rendrez fière. »
Oui. C'était cela. J'avais dit ces mots exacts voilà des siècles à ces juments de la comtesse Birdshot, puis j'avais tourné la tête d'un geste glorieux et admirable, face à la presse sombre des bêtes d'Everfall, et je m'étais retrouvée à nouveau seule face à moi-même.
Non, vraiment, je me sentais seule. Je profitais que mon historienne inscrive chaque parole de mon supposé discours pour réfléchir à la suite.
Le paragraphe du "ne perdez pas espoir" est typique de la narration qui précédait. Grandeur, épique, blabla, r'garde comment qu'on poutre sa mère le chien. La mise en scène est impeccable, il ne manque plus que les trompettes et les confettis. Et une fois encore : "et vous, mes admirables ponettes", tu le sens l'esprit Celestia ?
Et soudain paf.
Soudain le texte change complètement et tout ce qui précédait se révèle n'être qu'une histoire racontée, pour la faire brève, afin de faire plaisir à l'historienne royale. Et ce n'est même pas la vraie histoire d'Equestria : Celestia invente.
Alors ouais, c'est un mécanisme franchement fait fait fait et refait, les blasés seront d'accord avec moi pour dire que c'est aussi imaginatif que le "en fait c'était un rêve ! Tadadadaaaam !" Mais regardez.
Durant toute l'histoire qu'invente Celestia, elle s'entoure de poneys dont elle chante les louanges, et soudain elle dit quoi ? "Je me sentais seule". Et elle n'est pas seule : y a son historienne. Et deux gardes. Et quatre musiciennes. Mais elle se sent seule. Ce qui apparaît comme une blague est en fait fondamental. Dans la foulée, pourquoi elle racontait toute cette histoire ? Ça va être un enjeu pour les pages qui suivent. Et c'est là, pour moi, où le texte est vraiment intéressant.
Inutile de dire qu'à ce stade je dois paraître vraiment arrogant, limite à faire la promotion d'un texte que je mettrai plus de temps à écrire que le fandom n'a de temps à vivre, mais j'étais vraiment surpris, en le lisant à haute voix, à quel point il était bien construit.
Ce n'est pas la mise en scène. Le texte a beau être épique tout ce que tu veux, c'est comme écrire le combat entre Rarity et dragon mode bourrins : je sais le faire. Mais ça a pas d'intérêt. C'est un pur exercice de style.
C'est ce que cette mise en scène exprime. Ce qu'on arrive à dire, à faire passer, sans même avoir à le mentionner.
 
3.2. Un peu de texte
Ce qui nous amène, enfin, enfin, au passage qui m'intéresse le plus. Ouais, tout ce qui précède ne servait que de mise en contexte :
« Princesse, décidément. » Me gronda Feather. « Vous avez la tête je ne sais où aujourd'hui. Je vous en prie, concentrez-vous, vous alliez me décrire Poppy Wreath. »
Je lui cachais un soupir.
Poppy Wreath avait le pelage capucine, d'un orange-rouge qui tendait à l'orgueilleux et la crinière plus noire que violette, coupée courte à la frange au point qu'une fois le heaume en place il n'en restait pas une mèche visible. On avait peint son écu des mêmes couleurs en entrelacs, ainsi que le côté des lames de son chanfrein si bien qu'elle semblait avoir plutôt une crinière en cascade que l'or effaçait pour la plus grande part. L'autre côté du heaume portait les trois plumes rémiges aux couleurs chantantes dont les pointes usées par le temps tiraient vers le blanc pur. Six alules en-dessous, petites et fauves, rajoutaient leur touche à l'orgueil de cette coiffe.
« Les rénovations. » Je me coupai à nouveau. « Je pourrais mettre Field Day en charge des rénovations. Le palais commence à montrer son âge, après tout. »
Pour le contexte, on est donc toujours avec l'historienne qui veut son histoire de bataille épique toussa, et Celestia qui pour sa part veut causer de tout autre chose. Donc Celestia soupire et reprend l'histoire.
Et là on a un paragraphe qui devrait surprendre.
Pourquoi ? Parce que ce paragraphe est une description. On décrit un personnage. Et si vous regardez bien, derrière toutes les fioritures c'est une description liste : "elle a le pelage truc, elle a la crinière truc, elle a un heaume, elle a un écu truc..." et on finit par décrire quasiment chaque plume de son casque une par une. Celestia est en train de faire l'inventaire exhaustif de Poppy Wreath et elle passe presque quatre phrases à en décrire la tête. Juste la tête. Et je dis pas, une fois encore c'est bien écrit, un peu confus (si on ne connaît pas tous les termes) mais un sacré mouvement très joli et tout. Mais c'est juste une longue description-liste.
Ceux qui lisent mes articles savent que je n'aime pas les descriptions-listes. C'est le genre de truc qui en général tue le texte, coupe l'action genre tu mets pause et tu regardes l'image fixe pendant trois secondes avant de reprendre le film. C'est quelque chose que je déteste faire, que j'évite dans mes textes comme la peste. Alors pourquoi je le fais ici ?
Parce que Celestia ne veut pas ! raconter son histoire. Et là, une fois encore, alors qu'elle chante les louanges d'une jument qui n'a probablement jamais existé, elle le fait de la manière la plus barbante possible. Il n'y a pas jusqu'au discours indirect pour souligner à quel point elle a pas envie.
Pourquoi ça importe d'insister là-dessus ? Parce que son historienne, Feather Dust, elle, ne le remarque pas. Feather est persuadée que, un, c'est la vraie histoire 100% réelle d'Equestria et que, deux, Celestia veut la lui raconter, que Celestia l'a carrément fait venir pour ça et est juste distraite. Ah oui et trois, même si ça ce n'est pas encore dit à ce stade du texte : Feather Dust écrit l'histoire d'Equestria comme une ode à Celestia, où les autres poneys sont juste des faire-valoir.
Donc quand Celestia dit "je me sentais seule" elle ne plaisantait pas. C'est le cas.
 
4. tl;dr
Ouais ce qui précède est assez pavé.
Seul le point 1 est vraiment "technique" au sens où on écrit vraiment le paragraphe, étape par étape.
Mais ensuite j'avais le besoin d'expliquer pourquoi ce genre de paragraphe, même bien écrit, ne suffisait pas, et pourquoi écrire un paragraphe demande beaucoup, beaucoup plus d'efforts. Pourquoi je ne me satisfais pas juste d'une histoire toute mignonne en surface.
 
Un paragraphe n'a qu'un et un seul objet. Mais cet objet n'est pas quelque chose d'évident genre "rattraper une mèche" ou "taper sur le méchant". Cet objet est beaucoup plus abstrait. C'est la valeur ajoutée du texte.
Donc réessayons.
Refaisons l'écriture du paragraphe où Applejack essaie de rattraper sa mèche. Mais cette fois, essayons d'exprimer quelque chose :
"Par où ?!" S'affola Applejack.
La voix à l'autre bout de la radio était bredouillante.
"Je ne sais pas...""Par où !?""À gauche !"
Elle prit à gauche, sentit l'inertie du véhicule l'écraser. La rue devant elle s'ouvrit vide et étroite, encadrée par les barres froides des lampadaires. Tout défilait trop vite, trop vite, trop tard, trop court pour pouvoir redresser. L'arrière mordit sur le trottoir, cogna le métal. Sabot sur le frein, par à coups, avec ses pattes elle tentait de contrôler le volant devenu fou, redresser, redresser à tout prix, et elle cherchait du regard un détail auquel se raccrocher. Ce fut un éclat, un petit éclat vif et brûlant parmi le flou tournoyant sur lequel elle se fixa pour, braquant les roues une dernière fois, dans une embardée en avant, se remettre droite. Cet éclat, c'était la mèche, et tous ses doutes furent balayés.
Quoi que j'ai fait ? J'ai décidé de traiter d'Applejack et sa dépendance aux autres. D'où le contexte, avant le paragraphe, qui explique que pour poursuivre la mèche elle dépend des instructions de Big Mac. Le "doute" (fin du paragraphe) est omniprésent, illustré par une rue étroite, pareille à une prison, et par l'inertie. Tout ce paragraphe illustre les sentiments d'Applejack alors qu'elle mise tout sur son frère et en subit les conséquences.
Avec cela en tête, qu'est-ce qui ne fonctionne pas ? La transition entre le frein et le volant. La dénomination du volant. Les termes "redresser" et "se remettre droite" qui ne sont pas assez liés à son état mental. Bon okay et tout le reste aussi. Si je devais continuer à bosser sur ce paragraphe je tenterais de réécrire à partir de "par à coups".
Pour ceux qui veulent, voilà quelques brouillons de ce paragraphe :
Trop vite, trop tard, tout défilait
Trop vite, trop tard, tout défilait trop vite. La rue devant elle s'ouvrit vide et étroite, encadrée par les barres froides des lampadaires. Ses freins hurlèrent pour éviter l'accident.
Puis il y eut l'éclat de flamme sur le pavé, un crépitement
Ses yeux sautaient sur la route, pour redresser, vainement, alors
La rue devant elle s'ouvrit vide et étroite, encadrée par les barres froides des lampadaires. Tout défilait trop vite. Ses yeux sautaient de détail en détail, cherchaient vain, en oubliaient le virage. Trop vite, trop tard. Le regard tourné sur le trottoir qui approchait. Une attraction mortelle. Puis son coeur fit un bond 
Mais ouais. Que la mise en scène soit bonne ou non, ici le paragraphe a un objet. Et peu importe le nombre de manière de l'écrire, c'est ce qui rend ce paragraphe intéressant. Je serais notamment intéressé de savoir de quels doutes on parle vraiment, si Applejack doutait des autres ou si, au contraire, elle se blâmait elle-même.
 
Donc au moment d'écrire un paragraphe, l'important n'est pas "comment je vais mettre ça en scène". Promis, juré, on fera des tonnes d'articles sur les outils et techniques pour ça. Mais ces outils dépendent purement de ce qu'on veut faire. Donc l'important c'est l'objet de ce paragraphe.
Et ça j'avoue que ça ouvre de sacrées perspectives sur la manière dont on les écrit.

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